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jeudi 30 septembre 2010

Tony Curtis, la mort d'un veteran

Tony Curtis vient de mourir. Cet acteur mondialement connu, pour ses réalisations artistiques (Chevalier des Arts et Lettres) et sa présence dans les pages people, a tiré le rideau. Ce n'est pas pour rappeler ses différents films de guerre ou autres séries, que je fais ce billet mais pour faire remarquer que cet homme s'était engagé dans l'US Navy, durant la Seconde guerre mondiale.
A bord de l’USS Proteus (AS-19), il a ainsi assisté à distance à la capitulation du Japon, le 2 septembre 1945. C'est grâce à cet engagement pour son pays qu'il a obtenu une bourse pour suivre des cours d'Art dramatique. Vous connaissez mieux la suite que moi. Tout comme Bernard Giraudeau qui n’avait pas oublié ses débuts dans la marine française, il était resté sensible à ses jeunes années sous les drapeaux.
Le 11 novembre 2009, il avait notamment été l'invité d'honneur d'une parade organisé sur la 5ème avenue de New York, pour rendre hommage aux anciens combattants. Il est bien de constater que, de temps à autres, des anciens combattants célèbres se servent de leur notoriété pour faire rappeler que les anciens combattants, cela existe toujours !
Bye bye l’artiste...

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Pirates en eaux somaliennes


Jean-Jacques Cécile, ancien membre d’une unité spéciale puis des services de renseignement militaires, m'a fait part de la sortie de son nouveau livre : Pirates en eaux somaliennes. Je n'ai pas encore lu cet ouvrage mais je pense, au regard des précédents ouvrages de l'auteur et de son expérience, qu'il pourrait intéresser un certain nombre des lecteurs de ce blog. 




Quatrième de couverture :
Au large des côtes du nord-est africain, la croisière n’a plus le cœur à se distraire, pas plus que ne s’amusent les différents acteurs de la marine marchande dont les navires labourent les mers dans ces eaux infestées de forbans. Le bilan rendu public en janvier 2010 par le Bureau maritime international est éloquent. Pour la quatrième année consécutive, les chiffres totalisant les actes de piraterie sont en augmentation : 406 sur 2009. Les frères de la côte somaliens se sont adjugés une part conséquente de ce gâteau d’infamie avec, pour le même période, 217 incidents ayant entraîné le kidnapping de 47 navires ainsi que de 867 membres d’équipage. Un phénomène endémique dont les cas emblématiques ont fait les unes de nos journaux. L’affaire du Ponant (opération Thalatine), l’assaut du Tanit et la mort de Florent Lemaçon sont des événements qui ont marqué l’opinion publique. Faut-il pour autant assimiler ces « nouveaux » pirates somaliens aux forbans sans foi ni loi infestant les mers d’Extrême-Orient ? Quelles sont leurs méthodes ? Comment les services de renseignement les traquent-ils ? Utilisent-ils eux-aussi des espions pour cibler leurs victimes ? Quelle est la contribution apportée par les commandos, les forces spéciales et les militaires à l’endiguement de ce phénomène criminel ? Dans quelle mesure l’argent de la piraterie provoque-t-il une mutation en profondeur des sociétés somalienne et kenyane ? Cet ouvrage d’investigation répond à toutes ces questions et à beaucoup d’autres encore.



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lundi 27 septembre 2010

Les Cafés Stratégiques invitent le général Desportes

Nous sommes heureux de vous annoncer le dernier-né d'AGS : les cafés stratégiques. Vous connaissez les cafés philosophiques, historiques, géographiques, antiques, géopolitiques... Il manquait, à l'évidence, des cafés stratégiques. Qui d'autre qu'AGS pouvait les organiser ?En effet, notre marque de fabrique est définitivement liée au Web 2.0 : un lieu de débat ouvert où chacun a le droit de venir, de parler, de commenter.  Mais nous avions envie d'incarner ce débat virtuel.



Pour cela, nous ne voulions pas des colloques ou des conférences : ces forums sont certes utiles (n'avions-nous pas co-organisé un colloque sur la "Logistique, fonction opérationnelle oubliée", remarqué au demeurant ?) mais ils sont formels. Même s'ils laissent la place au débat, on y sent un certain protocole et un manque d'interactivité qui brident les échanges. Il fallait un nouvel espace, et c'est la vocation d'AGS de le créer.
La forme des cafés paraît la plus pertinente : un invité qui vient parler parce qu'il a des choses à dire, et qui est surtout assez proche du public pour que la notion de dialogue comporte une réelle signification... et que le débat s'engage. Une ambiance plus détendue que les costumes trois pièces d'usage dans les conférences. Et la possibilité de poursuivre tard dans la nuit, ou de faire dédicacer le dernier ouvrage de l'orateur.

Ces Cafés Stratégiques (CGS) auront lieu une fois par mois. Pour la première édition, le Général Vincent Desportes a accepté de venir inaugurer la formule : quoi de plus normal, lui qui a si souvent été un initiateur. C'est lui qui a revivifié la pensée stratégique française depuis dix ans, avec d'autres (et nous pensons d'abord à Hervé Coutau-Bégarie, bien sûr). Stratégiste et grand connaisseur de la pensée anglo-saxonne, c'est l'homme idoine pour évoquer l'actualité de la pensée stratégique française.

Car la question se pose, en effet : a-t-elle encore une particularité  par rapport à ce qu'elle a produit autrefois (et notamment la construction de la théorie de la dissuasion) ? A-t-elle été suffisamment distante et originale par rapport à la RAM autrefois, aux COIN aujourd'hui ? Pense-t-elle les guerres de demain, et trouve-t-elle les lieux de débat qui la rendent féconde?
Vous rêvez de poser directement ces questions (et d'autres) au Général Desportes ? Rendez-vous alors au Café Le Concorde. Entrée libre mais nombre de places limité ! A vous revoir...




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dimanche 26 septembre 2010

Equilibre et mouvement dans les conflits : la stratégie du mobile


Selon l’empereur byzantin Maurice (582-602), auteur du Strategikon, « à la guerre comme à la chasse, un objectif raté de peu reste un échec total ». Selon cette conception, le processus d’assessment (évaluation) des opérations est rapide à effectuer et il est facile de savoir qui a gagné ou perdu.  Cependant, si les deux camps remplissent leurs objectifs, il peut y avoir deux gagnants ou plus probablement deux perdants. De quoi mettre en perspective les conditions de succès sur les théâtres d’opération actuels...


A ce sujet, je signale l’article La représentation pour penser la complexité qui aborde les conditions de succès, les rapports de force, les centres de gravité à la fois sous un angle scientifique et artistique, dans un développement original du concept de Stratégie du mobile, développé depuis quelques années par A. Bonnemaison et inspiré de la conception des mobiles de Calder

C’est novateur et cela peut susciter quelques commentaires pour confirmer, réfuter, améliorer certains points. Ils sont ouverts sur ce blog.

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vendredi 24 septembre 2010

Doublement des dépenses militaires : 1 500 milliards de dollards


Le chiffre du jour, selon Ban Ki Moon, les dépenses militaires ont doublé en 10 ans. Et pendant ce temps là, l'Europe désarme...


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jeudi 23 septembre 2010

US Cybercom, suite


L'U.S. Cyber Command (1 000 hommes et 120 millions de dollars cette année) se tient prêt à défendre les Etats-Unis, selon le Gen. Keith B. Alexander, premier chef de ce commandement regroupant des acapacités offensives et défensives. Le cyberespace est devenu aussi important pour eux que les espaces terrestre, maritime ou aérien.





Le Cybercom a trois missions :
  • défendre l'information
  • lancer, sur ordre, la totalité du spectre des cyberopérations
  • défendre la liberté d'action des forces armées américaines dans le cyberespace



    Les menaces sont réelles contre ce domaine vital. Quelques chiffres pour mieux comprendre :
    • 1,9 milliards d'internautes
    • 4,6 milliards d'abonnés à la téléphonie mobile
    • 250 milliards d'e-mails par jours
    • 5 000 milliards de propriété intellectuelle dont 300 milliards sont volés chaque année


    Pour le général Alexander, également patron de la puissante NSA, des questions légales et opérationnelles se posent toujours :
    • Qu'est ce qu'une cyberattaque (éléments constitutifs) ?
    • Comment les lois de la guerre sont-elles applicables dans le cyberespace ?
    • Quelle forme de dissuasion dans le cyberespace ?
    D'autres lois doivent être adaptées à cette nouvelle donne. La littérature autorisée commence à se développer mais il faut constater que les modes d'actions décrits relèvent souvent plus de la criminalité que de la guerre, d'où parfois quelques biais...



    Lire aussi :
    Crédits photos : US DoD

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    mercredi 22 septembre 2010

    30ème anniversaire ensanglanté du début de la guerre Iran-Irak

    L'Iran a commémoré aujourd'hui, 22 septembre, le 30ème anniversaire du début de la guerre Iran-Irak, la défense sacrée pour les Iraniens. De nombreux défilés militaires ont été organisés dans le pays.
    A Téhéran, le défilé a eu lieu dans le quartier sud, au mausolée de l'Imam Khomeini. L'armée de terre, les pasdaran et les bassidji ont participé à cette démonstration de force iranienne, présentée comme défensive et dissuasive.
    Cette guerre est un traumatisme important pour la population et structure la politique de défense iranienne. Cette commémoration est donc un symbole de la vitalité et de la résistance de la Révolution islamique. C'est sans doute pour cela qu'une bombe a explosé, lors d’un défilé militaire dans la ville de Mahabad. Au moins 12 personnes ont été tuées (11 femmes et un enfant) et environ 80 blessés. L'Iran a accusé les Etats-Unis d'être derrière cette action, comme lors de tous les cas similaires. Ces derniers ont évidemment démenti.
    Une nouveau regain de la lutte anti-terroriste en Iran est à prévoir, comme lors de la dernière vague d'attentats de Jundallah qui s'est soldée par l'exécution de Rigi.
    (Non traduit)

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    mardi 21 septembre 2010

    A un moment, il faut arrêter : du non-usage de « nouveau »

    Il est parfois de bon ton dans la littérature (papier ou web) de clamer qu’une chose présentée comme nouvelle ne l’était pas car il existait des exemples dans le passé. Les exemples regorgent au sujet de la géopolitique, la guerre, l’histoire, la stratégie, la tactique… Parfois, il suffirait de ne donner qu’un contre-exemple pour démontrer que l’assertion sur la nouveauté n’était pas pertinente voire que l’auteur aurait pu tomber dans l’aveuglement de l’inculture… La statistique incomplète est aussi un bon moyen. Ceci mène parfois à des débats sans fins que l’on n’ose qualifier de nouveau.
    Mais que nouveau signifie-t-il ? L’Académie française, autorité linguistique francophone, nous éclaire à ce sujet.
    "NOUVEAU (ou NOUVEL, devant les mots commençant par une voyelle ou un h muet), NOUVELLE adj. XIIe siècle, novel. Issu du latin novellus, « jeune, nouveau, récent », lui-même dérivé de novus, « neuf ». Qui commence d'être ou de paraître."
    Donc, ce qui est nouveau n’existait pas avant ou au moins ne semblait pas exister. L’utilisation de la bombe atomique à Hiroshima est une nouveauté, le 6 août 1945. Néanmoins, j’accorde que dans cette acception de « nouveau », le contre-exemple historique est valide mais ce n’est pas la seule. Je cite toujours l’Académie :
    « Qui succède à un être, à une chose de même ordre, ou qui vient continuer une série. Le plus souvent, dans ce sens, Nouveau se place avant le nom. On distingue ainsi Un nouveau livre, un autre livre, un livre différent de celui qu'on lisait, qu'on écrivait auparavant, et Un livre nouveau, un livre qui vient de paraître. »
    Nouveau a aussi le sens "d’autre" et pas seulement "d’inédit". Au 16ème siècle, le Nouveau monde est bien d’abord un autre monde pour les Européens et n’a rien de nouveau pour les autochtones… Une nouvelle menace ne signifie pas qu’il n’y ait jamais eu de menace auparavant, une nouvelle forme de guerre ne signifie pas que rien ne lui a ressemblé par le passé ! Nouveau a donc un sens absolu (inédit) et un sens relatif (autre). Ce qui n’est pas nouveau est ce qui est permanent.
    Les débats sur le caractère nouveau d’une chose, d’une action ou d’un concept n’ont de sens que pour différencier le contingent, le ponctuel et l'inédit du permanent, ce qui est nouveau de ce qui ne l’est pas. L’Histoire, la culture, comme les sciences, sont inestimables dans cet exercice.
    Sinon, concluons que fondamentalement rien ne change et contentons nous strictement des recettes du passé puisque tout y est écrit… et son contraire !

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    dimanche 19 septembre 2010

    Vente de missiles russes P-800 à la Syrie

    La Russie devrait vendre des missiles de croisière antinavires P-800 Yakhont (portée 300 km et charge 200 kg) à la Syrie. Cette information provient du ministre russe de la Défense, M. Anatoli Serdioukov, en visite aux Etats-Unis (selon RIA Novosti). Ce contrat qui date de 2007 devrait être honoré. Washington a peur que cet armement ne soit transmis à des groupes terroristes ou paramilitaires, comme le Hezbollah libanais. Tout le monde se souvient de la neutralisation de la corvette furtive israélienne Hanit, touchée le 14 juillet 2006, par un missile chinois Ying-Ji C-802, fournis à l’Iran puis cédés au Hezbollah. Israël a dénoncé cette vente. Selon Le Monde, les radios publique et militaire ont indiqué qu'Israël allait "exiger des explications" de Moscou.
    Il est clair que ces missiles permettraient à la Syrie de toucher potentiellement des navires de guerre israéliens au-delà de la grande base navale d'Haïfa. Utilisés à partir de la partie sud du Liban, la côte méditerranéenne d'Israël est dans le rayon d'action.
    Cette vente est de nature à remettre en cause les équilibres stratégiques au Proche-Orient, dans un contexte de tensions potentielles autour de la découverte de gisements d'hydrocarbures. N'est-ce pas le but de la Russie qui cherche à s'implanter de plus en plus en Méditerranée ?

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    Nouvelles frontières en Europe

    Une nouvelle frontière maritime vient d'être définie en Europe. C'est dans le cercle polaire, en Arctique et en mer de Barents, entre la Norvège et la Russie. Cela constitue un nouveau motif de paix dans cette région dont les frontières sont hautement sensibles pour l'exploitation des ressources... comme partout ailleurs. Lire aussi.
    RIA NovostiFrontière russo-norvégienne en mer de BarentsFrontière russo-norvégienne en mer de Barents

    16:53 16/09/2010 Conformément à l'accord entre la Russie et la Norvège, près de 175.000 km carrés litigieux seront divisés en deux parties presque égales>>

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    samedi 18 septembre 2010

    Interview du général Desportes sur Parlons net

    Le général Desportes vient d'accorder une très intéressante interview sur Parlons net/France Info/Le monde/Rue89. Ils ont eu la bonne idée de mettre l'interview de 35 minutes environ sur Dailymotion. Il traite d'Afghanistan, d'expression militaire, de COIN, guérilla urbaine dans les banlieues, etc. Bonne écoute.
    PS : Et en plus, il cite Benoist Bihan, allié de l'AGS.

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    vendredi 17 septembre 2010

    Esprit militaire ?

    Chouette, cette semaine, je trouve une page "esprit militaire" dans Le Point, p168 (je l'achète souvent). Les goûts et les couleurs... Dans ce numéro, sac à dos, caban, ceinture, veste, bottines,... Malheureusement, ce sont les pages "mode" et cela a peu à voir avec les uniformes du XXIème siècle.
    Allez, dans le magazine, il reste 5 pages sur la Guerre d'Algérie, en raison du film très controversé "Hors-la-loi" et de l'ouverture d'archives sur le massacre de Sétif.
    Finalement, je me demande si je vais aller voir ce film (à charge ? encore ?) ou me soucier de la mode actuelle ou...
    En tout cas, je crois que la promotion de l'esprit militaire, ce n'est pas encore pour cette semaine...

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    jeudi 16 septembre 2010

    Arcadis contre les IED

    La technologie ne fait pas tout mais cela peut aider...
    Texte de la DGA :
    L'institut franco-allemand de recherches de Saint-Louis, établissement sous tutelle de la direction générale de l'armement (DGA), a développé un système embarqué pour la détection d'objets suspects. Arcadis, c'est son nom, prévient en temps réel le conducteur d'un véhicule de tout changement intervenu depuis le dernier passage sur une même route. Une démarche qui implique donc, forcément, qu'il y ait un premier passage pour filmer les images de référence. Lors du deuxième trajet, les différences sont affichées en réalité augmentée pour permettre aux équipages de réagir plus facilement à une éventuelle menace.

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    mercredi 15 septembre 2010

    Bassidji : des martyrs au contrôle social en Iran

    J’ai eu la chance d’être invité à assister à une projection presse de Bassidji, au club Publicis sur les Champs-Elysées. Ce très bon documentaire de Mehran Tamadon, instructif et original, me sert de prétexte pour aborder certains sujets sur l’Iran et nous offre un voyage au cœur du pouvoir iranien. Il ne s’agit pas vraiment du pouvoir strictement politique et institutionnel mais bien du pouvoir des idées. Celles qui mènent le monde, pour paraphraser Renan. Et, dans ce cas, elles mènent le noyau populaire de la Révolution islamique d’Iran.
    Champ de bataille Iran par Hamed Saber (crédits)
    Le synopsis du film
    « Dans un désert, sur une colline, des hommes, des femmes en tchador et des enfants déambulent dans un vaste “musée” en plein air dressé en mémoire des martyrs de la guerre Iran-Irak. C'est le nouvel an iranien, nous sommes près de la frontière irakienne. Un homme me guide. Il est grand et charismatique et s’appelle Nader Malek-Kandi. Pendant près de trois ans, j’ai choisi de pénétrer au coeur du monde des défenseurs les plus extrêmes de la République islamique d'Iran (les bassidjis), pour mieux comprendre les paradigmes qui les animent. Nous venons du même pays, et pourtant, tout nous oppose : Iranien habitant en France, athée et enfant de militants communistes sous le Shah, j’ai tout pour heurter les convictions de ceux qui respectent les dogmes du régime. Un dialogue se noue pourtant. Mais entre les jeux de séduction et de rhétorique, les moments de sincérité et la réalité du système politique et religieux qu'ils défendent, jusqu’où nos convictions respectives sont-elles prêtes à s’assouplir pour comprendre qui est l’autre ? »
    Tout en m’appuyant sur des éléments du reportage, je vais aborder quelques considérations sécuritaires et géopolitiques.
    *
    Bassidj : de quoi s’agit-il ?
    Bassidji, en persan, signifie « être mobilisé pour défendre une cause ». Les Bassidji, membres de la Force de mobilisation de la résistance, sont le socle identitaire et sécuritaire du régime chiite iranien. Cette force paramilitaire, rattachée aux Gardiens de la Révolution (pasdaran) fut fondée en 1979, par l’ayatollah Khomeini, pour fournir des volontaires (environ 500 000 pendant la guerre), souvent très jeunes (12-20 ans à l’époque), pour combattre l’ennemi irakien et consolider le régime.
    Ces jeunesses de la Révolution islamique ont été transformées, en 1988, en milice en charge du contrôle social à l’intérieur du pays, notamment de la jeunesse. Les martyrs sont devenus le ciment civil de la Révolution. Les Bassidji seraient entre 5 et 10 millions, pour une population d’environ 70 millions d’habitants. C’est la troisième force « militaire » du pays après les pasdaran et l’armée régulière.
    Le Bassidj est présent dans l’ensemble de l’Iran. Hiérarchisé et décentralisé, son organisation est zonale, de l’échelle du quartier à celle de la ville. Ses bases sont dans les mosquées ou à proximité, dans les universités, dans les administrations, etc.
    Le contrôle social comme défense culturelle
    L’Iran se considère, plutôt à juste titre, comme isolé du reste du monde. Trente ans d’embargos divers et variés ainsi qu’une marginalisation politique et diplomatique ont conduit les Iraniens vers un complexe d’encerclement. Comme le cite un personnage du documentaire, « la diplomatie, c’est la guerre avec le sourire ». Le cadre est fixé ! Le pouvoir est particulièrement vigilant dans le domaine de la culture…islamique. Les Bassidji ont un rôle clé dans ce contrôle des jeunes et des femmes. La répression de la révolution verte de juin 2009 a montré au monde leurs capacités de nuisance (le documentaire s’arrête malheureusement avant). Il faut aussi admettre que les Bassidji ont une capacité à fédérer une partie de la population, à l’aider financièrement, etc. C’est dans la gestion de ces contraires que réside la complexité du régime qui protège beaucoup et soumet énormément à la fois.
    Outre le contrôle social, il faut noter que cette milice est régulièrement mise en avant comme une force asymétrique dissuasive, en cas d’occupation du sol iranien. A l’attention des Occidentaux, le général Mohammad Rezza Naqdi, commandant des forces Bassidji, avait déclaré fin juillet 2010 : « Bien que l’arrogance du monde et les ennemis du régime Islamique aient encerclé notre pays par leur présence militaire dans les pays voisins et aient l’intention de franchir les frontières iraniennes, l’existence des braves forces bassidji les a déjà découragés, par la bravoure et la puissance qui serait nécessaire pour transgresser les frontières iraniennes ». Cette mission est également culturelle pour éviter une invasion des idées occidentales et la discorde au sein de la nation iranienne, notamment parmi la jeunesse.
    La guerre comme « véritable université »
    La guerre Iran-Irak reste pour les Iraniens la défense sacrée. Bassidji (le documentaire) revient abondamment sur les martyrs de cette guerre qui sont toujours célébrés. Pour bien comprendre, il faut considérer que le traumatisme provenant de cette guerre est équivalent à celui de la Première guerre mondiale en France. Le film nous amène sur les champs de bataille reconstitués de ce conflit armé. Le sacrifice des martyrs est mis en perspective par rapport à l’Islam chiite et la politique. Les analogies avec la Première guerre mondiale (sans la dimension religieuse) sont saisissantes : guerre de tranchée qui « charrie les longues vagues des marées d’hommes », sacrifice des combattants, mortalité élevée, utilisation massive des artilleries et des gaz de combat, etc. « C’est la guerre qui a fait les hommes et des temps ce qu’ils sont » comme le relevait Jünger dans la guerre comme expérience intérieure. Cette expérience intérieure est d’abord celle du djihad intérieur, dans la défense sacrée. Une génération s’est forgée dans le sang et les larmes (encore assumées lors des commémorations des martyrs), lors de cette guerre devenue « une véritable université ». Elle dirige aujourd’hui le pays. La capacité à mourir (martyr) était la clé du succès de l’Iran. La société iranienne a changé depuis les années 1980 et il n’est pas évident qu’il y ait autant de candidats au sacrifice. Ceci, entre autres facteurs, me semble-t-il, explique pourquoi l’Iran poursuit son programme nucléaire. Maîtriser le nucléaire civil, c’est potentiellement ou réellement être capable d’élaborer une bombe atomique et donc être en mesure de sanctuariser le pays. La poursuite du programme nucléaire serait-elle la « ligne Maginot » de l’Iran ?
    Pour dépasser le reportage, l’Iran : une puissance en reconstruction
    L’Iran offre un modèle de reconstruction d’une puissance régionale qui appuie ses actions extérieures sur la lutte contre le sionisme et surtout contre les Etats-Unis. La Révolution islamique de 1979 est d’abord une réaction à l’occidentalisation forcée du pays, sous le régime pro-américain du Chah. Malgré ses efforts, l'Iran, de population majoritairement perse et chiite, n'a jamais totalement réussi à s'imposer au Moyen-Orient, majoritairement arabe et sunnite. Deux axes actuels de la politique régionale sont de rompre l’isolement géopolitique de l’Iran et de sanctuariser le pays face aux Etats-Unis et leurs alliés.
    Depuis la marginalisation internationale du pays à la suite de la révolution de 1979 et de la guerre contre l’Iraq (1980-1988), l’Iran s’est installée dans une logique obsidionale qui a été confortée par le déploiement des États-Unis et de leurs alliés dans la région. Ces derniers ont renforcé leur dispositif, depuis 2001, à la frontière iranienne : implantation au Qatar, guerre d'Irak, guerre d'Afghanistan, « alliance stratégique » avec le Pakistan contre Al-Qaïda, renforcement de la marine américaine dans la région (5ème et 6ème flottes), bases de l'OTAN en Turquie, création d’une base française à Abu Dhabi...
    L'Iran et les Etats-Unis n'ont pas les moyens politiques et militaires de s'affronter directement, avec des chances raisonnables de succès rapide. Ces deux pays ont donc des stratégies de confrontation indirecte s’appuyant sur des facteurs géopolitiques anciens. Au XXIème siècle, les conflits d’Iraq (2003), au Yémen entre le gouvernement de Sanaa et la rébellion zaydite du nord (2004), la guerre du Liban (2006), entre Israël et le Hezbollah, l’opération de Gaza (2009), entre le Israël et le Hamas, traduisent cet affrontement. Dans un camp, les Etats-Unis comptent sur leurs alliés égyptiens, israéliens, saoudiens ou jordaniens. Dans l’autre camp, l’alliance hybride (étatique et non-étatique) entre l’Iran, la Syrie, le Hezbollah et le Hamas s’impose comme un contrepoids à la puissance américaine. L’Iran développe donc des alliances, en soutenant des résistances islamiques chiites et sunnites, pour rompre son isolement géopolitique.
    Stratégiquement encerclé et soumis à des sanctions économiques internationales, l'Iran a dû trouver des palliatifs à son déficit de puissance. Il a presque intégralement développé une industrie de défense autonome : avions de chasse, drones, missiles balistiques, satellites, frégate, radars, etc. Il est également soupçonné de vouloir se doter d’armes nucléaires. Signataire du traité de non prolifération nucléaire, l'Iran possède le droit de développer un programme nucléaire civil. Toutefois, le développement de missiles balistiques de portée de plus en plus grande laisse penser qu'un programme nucléaire civil cacherait des applications militaires. A cela s’ajoutent les déclarations régulières du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, sur la destruction d'Israël. Elles lui permettent de s'imposer comme leader de l’antisionisme dans le monde musulman et de renforcer sa position dans le dossier « nucléaire », en usant de menaces durant les phases de négociation.
    Le développement d’un programme nucléaire militaire iranien à son terme permettrait à l’Iran de peser face à deux de ses voisins dotés de la bombe atomique, le Pakistan et la Russie, et de se sanctuariser face à Israël et aux Etats-Unis, par la dissuasion. Cette situation, a priori régionalement et internationalement inacceptable, entrainerait un bouleversement géopolitique majeur du Moyen-Orient, voire une confrontation armée pour réduire la puissance iranienne. Un grand pas vers l’inconnu !
    Pour finir et revenir aux Bassidji
    Je conseille le film documentaire Bassidji (sortie dans les salles en France le 20 octobre 2010) à toutes les personnes intéressées par l’Islam, l’Iran, la condition féminine ou le phénomène « martyrs ». Malgré le manque de moyens qui n’en fait pas une production hollywoodienne, il retient l’attention pendant presque deux heures et suscite intérêt et réflexion. Encore une fois, on reste face à une des plus grandes difficultés de la vie, comprendre l’autre...
    Lire aussi :
    Crédit photo : Hamed Saberhttp://www.bassidji-lefilm.com

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    mardi 14 septembre 2010

    Incertitude et renseignement

    « L’ennemi est contingent, variable ; aucune étude, aucun raisonnement ne peuvent révéler avec certitude ce qu’il est, ce qu’il sera, ce qu’il fait et ce qu’il va faire. ».
    Le fil de l’épée. Charles de Gaulle.

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    lundi 13 septembre 2010

    Viva Mexico !

    Le Mexique va fêter cette semaine le bicentenaire de son indépendance et le centenaire de sa révolution. Un million de personnes sont attendues dès mercredi pour une fête qui s'annonce grandiose et spectaculaire.
    Selon l'AFP, 50 000 militaires seront déployés dans les rues pour prêter main forte à la police [dont les effectifs sont de 175 000 hommes pour le district de Mexico]. Un défilé militaire international avec la participation d'une quinzaine de nations dont l'Espagne, les Etats-Unis, la France et la Chine.
    Tout cela peinera à faire oublier la guerre entre l'Etat et le crime organisé, dans certaines régions du Mexique (pas toutes de ce vaste pays). Cette guerre des cartels a fait 28 000 morts, ces quatre dernières années. C'est une lutte "à mort", ou presque, contre les cartels de la drogue, menée par la police fédérale, les armées et la marine.
    Il faut noter que le Mexique est un excellent exemple de la lutte d'un Etat (12ème PIB mondial) pour sa survie contre un ennemi transnational basé en partie sur son territoire. L'engagement des forces armées est une nécessité vitale pour conserver la cohésion et la souveraineté de ce pays.
    Espérons que cette grande nation puisse fêter comme il se doit le bicentenaire du Mexique moderne, héritier de la culture espagnole et précolombienne. Viva Mexico !

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    dimanche 12 septembre 2010

    Cyberattaques assumées par l'Iran ?

    L’Iran mènerait des cyberattaques, selon l’agence FARS dont on connaît la dépendance vis-à-vis de l'Etat iranien. Un cybergroupe iranien de hackers aurait piraté (par défacement) un millier de sites gouvernementaux français, américains et anglais pour (je cite) protester contre le soutien de ces gouvernements aux groupes terroristes anti-iraniens.
    Les Gardiens de la révolution qui auraient mené des opérations contre des réseaux « d’espionnage américain », seraient en pointe de la surveillance du cyberespace. Son centre de surveillance a pour mission de lutter contre le crime organisé, l’espionnage, la corruption économique et « sociale », etc. Selon le ministre iranien de la défense, le général de brigade Ahmadi Vahidi, l’Iran développerait et installerait des matériels de télécommunications résistants à la guerre électronique.
    L’Iran semble prendre au très au sérieux la dimension conflictuelle du cyberespace. Ceci étant, ses capacités ne sont pas avérées. Avoir des hackers capables de mener quelques actions est une chose, disposer d’une capacité pour mener des opérations de guerre efficaces en est une autre. On notera que les hackers iraniens ne semblent pas avoir été arrêtés par les pasdarans…

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    samedi 11 septembre 2010

    Des Français se battent contre des militaires français ou des alliés en Afghanistan ?

    Oui, nous sommes le 11 septembre 2010. Personne ou presque ne pense à la bataille de Sterling mais bien au terrorisme. Je lisais une interview de Bernard Squarcini (DCRI) qui a été largement relayé dans les médias d'info. On le savait grâce au livre blanc du gouvernement contre le terrorisme, très clair et sans langue de bois. Des Français se battent contre des Français ou les alliés de l'OTAN en Afghanistan. Une dizaine selon le DCRI. D'autres se battraient dans la corne de l'Afrique, au Yémen, etc. De même, le 27°BCA avait été visé l'an dernier, dans sa garnison, et cet incident a été repris dans l'entretien. Un tabou est-il levé, en ces temps de débats sur la déchéance de la nationalité ? Peut-être vis-à-vis du grand public.
    En tout cas, c'est une raison de plus de soutenir les soldats français qui se battent pour le pays et de déplorer les égarements des jihadistes français.
    ISAF
    Un point n'est pas abordé dans cet article qui pourrait paraître inquiétant mais qui rappelle juste que la menace terroriste est toujours aussi élevée ; il s'agit de la résilience. Comment réagirait la population en cas d'attaque suicide ? Une inconnue qui n'a pas évolué depuis le dernier Livre blanc de la défense et de la sécurité intérieure.
    L'exemple du cas Djamel Loizeau : un reportage un complaisant mais intéressant.

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