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mercredi 30 juin 2010

Des armes chimiques contre l'Iran

Des armes chimiques ont été utilisées contre l'Iran, par l'Irak durant la guerre entre ces deux pays (1980-88). Ce n'est pas un scoop. Néanmoins, les Iraniens disent s'être procuré un document irakien secret qui contient les ordres d'utilisation d'armes chimiques donnés par Saddam Hussein. Cette affirmation provient du général Davood Qiathi-Raad, second de la fondation du souvenir et de la promotion des valeurs de la sainte défense, lors de la commémoration des victimes de l'attaque chimique de la ville frontalière de Sardasht (28 juin 1987).
Wiki
Les armes chimiques ont disparu en apparence de l'utilisation militaire. La Convention sur l'interdiction des armes chimiques n'y est pas totalement étrangère. La plupart des Etats sont parties mais, par définition, les forces armées irrégulières ne sont pas parties prenantes. Ceci implique donc de rester vigilant et prêt psychologiquement à y faire face. Les attentats au Sarin de la secte Aum au Japon (94-95) ou au chlore en Irak, à la fin des années 2000, me laissent penser que ce n'est pas un cas d'école théorique.

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mardi 29 juin 2010

Certificat en relations internationales et analyse des conflits à l'UCL

L'an dernier, j'avais eu l'info sur cette formation à distance de qualité. Ce certificat est reconduit l'an prochain. Avis aux amateurs et visitez le site : http://www.criac.be.

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dimanche 27 juin 2010

Colloque Logistique le 29 juin à l'Ecole Militaire : il reste quelques places !

Il reste encore des places pour (re)découvrir cette fonction opérationnelle trop souvent négligée. Pour s'inscrire au colloque organisé par Participation & Progrès et parrainé par AGS, vous pouvez envoyer un mail avec nom/prénom à alliancegeostrategique@gmail.com. Venez nombreux !

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100 000 visites

La cent millième visite a eu lieu hier, sur le blog. Il ne s'agit que des visites directes sur le blog. Actuellement, le trafic sur paperblog a dépassé celui sur le site. La diversification du blog sur Twitter et sur Facebook (ajoutez Pour convaincre à vos amis) a permis d'augmenter la diffusion des billets. Par ailleurs, une à deux fois par mois je publie des billets sur l'AGS que vous êtes plusieurs milliers a avoir lu.
NASA
Un grand merci à tous les lecteurs !

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samedi 26 juin 2010

La Nouvelle-Calédonie s'éloigne-t-elle de la France ?

Je recommande la lecture de l'audition à la commission de la défense de l'Assemblée nationale, de M. Pierre Frogier, député. Il s'agissait de la situation en Nouvelle-Calédonie. Il détaille la situation stratégique de cette communauté d'outre-mer, en liant les problématiques stratégiques à la baisse relative de la présence française et aux transferts de compétence pour 2014-2018.
Wiki
Un extrait :
M. Pierre Frogier. Nous vivons dans un monde dont le centre de gravité stratégique se déplace vers l’Asie et, dans ce contexte, le Pacifique insulaire représente pour la France un espace à ne pas laisser sans surveillance. La Nouvelle-Calédonie constitue un atout essentiel pour sa politique de coopération et d’influence en matière de défense, de sécurité globale, mais aussi d’attractivité économique, pour elle et l’Union européenne.
Ce territoire dispose en effet d’atouts considérables. Il constitue, tout d’abord, une zone économique exclusive (ZEE) de 1 364 000 km², soit 13 % de la ZEE de la France, la deuxième mondiale. Il dispose de ressources en nickel qui lui permettront, d’ici 2015, d’en devenir le troisième producteur mondial. Il comprend également une bio-diversité exceptionnelle et un lagon inscrit par l’UNESCO au patrimoine de l’humanité. À ces atouts naturels s’ajoute un système institutionnel novateur, construit sur un projet de société intimement lié tant à ses diversités humaine et culturelle qu’à son histoire singulière. Enfin, son insertion régionale peut également être une chance pour la France.
Le Livre blanc le souligne, peut–être encore insuffisamment, l’aire du Pacifique, composée de l’océan et des pays riverains que sont les États-Unis, la Chine, l’Inde, le Japon, l’Indonésie, l’Australie et les pays insulaires, présente pour la France et l’Union européenne un enjeu stratégique direct.
La Nouvelle–Calédonie se trouve à la frontière de l’Australie et l’arc mélanésien du Pacifique insulaire, d’une part, sur les axes Los Angeles-Sydney et Japon-Australie, d’autre part. Cela explique pourquoi les Américains y ont implanté une base militaire pendant la Seconde Guerre mondiale, base d’où partiront les grandes offensives vers les îles Salomon.
À l’heure de l’océanisation de l’économie, quand 80 % des approvisionnements transitent par voie maritime, ressources naturelles, biens énergétiques et produits manufacturés circulent dans le théâtre indopacifique.
Le Pacifique insulaire, très majoritairement anglophone, est une immense étendue d’eau, avec des superficies terrestres réduites et des populations peu nombreuses : il compte 22 États et territoires et 500 îles peuplées par 6,5 millions d’habitants. Il souffre de risques naturels majeurs comme les séismes et les cyclones, mais aussi d’isolement, d’instabilité politique, de tensions ethniques et de blanchiment de capitaux, maux communs à toutes les « zones grises » de la planète.
Mais le Pacifique insulaire dispose aussi de nombreux d’atouts. Sa zone économique exclusive comprend ainsi des ressources halieutiques gigantesques et d’immenses champs de nodules poly-métalliques. On y trouve aussi des ressources infinies en énergies renouvelables, considérables en nickel, et des réserves d’uranium et de charbon en Australie.
Fort de ces atouts, le Pacifique Sud suscite à nouveau l’attention des puissances mondiales. La Chine y accroît sa présence et son influence en s’assurant du soutien des petits pays. Les États-Unis manifestent un intérêt renouvelé pour cette aire, comme en atteste leur décision de déclarer l’année 2007 « Année du Pacifique ». Enfin, l’Union européenne a adopté en 2006 une « Stratégie pour le Pacifique », établissant un partenariat renforcé qui se déploie depuis.
Quelle est la place de la France dans cette Océanie lointaine ? Notre pays y est présent par trois de ses collectivités territoriales d’outre-mer, la Nouvelle-Calédonie, mais aussi la Polynésie française et Wallis et Futuna. Il est le seul État de l’Union européenne à conserver un réseau diplomatique étendu dans la région et, de ce fait, identifiée comme le relais de l’Union dans le Pacifique.
Depuis la fin des essais nucléaires et la signature des accords de Matignon, la présence de la France, qui contribue au maintien de la sécurité dans la zone, est particulièrement appréciée par ses voisins. Ses démarches de coopération et d’entraide avec les pays de la région font en outre d’elle un partenaire crédible.
Ma conviction est que la Nouvelle-Calédonie, terre française de 245 000 ressortissants, mérite amplement l’implication et la protection directe que lui assure la France.
Habitée 1 000 ans avant notre ère, terre française depuis 1853, elle a été soumise aux confrontations de ses deux principales communautés jusqu’à leur paroxysme dans les années 1980. Depuis, elle a trouvé un équilibre politique grâce à la signature des accords de Matignon, en juin 1988. Dix ans plus tard, en 1998, un nouvel accord, dit de Nouméa, a mis en place pour vingt ans un système institutionnel original.
L’accord prévoit en effet un transfert progressif de compétences d’ici 2014-2018, l’État ne conservant que les compétences dites « régaliennes » et la Nouvelle-Calédonie se dotant de signes identitaires comme un drapeau, un hymne et même un nom. A été également mis en place un partage du pouvoir législatif, le congrès de la Nouvelle-Calédonie étant doté du pouvoir de voter des « lois du pays ». L’importance de la collégialité et du consensus au sein de l’exécutif est aussi institutionnalisée. Sont par ailleurs reconnues l’identité et la culture kanake par l’instauration d’un statut civil coutumier et d’un régime des terres coutumières. Une citoyenneté calédonienne conditionnant l’exercice du droit de vote aux élections provinciales est aussi reconnue. Enfin, une clé de répartition volontariste des ressources fiscales a été instituée au profit des provinces du Nord et des îles Loyauté.
La Nouvelle-Calédonie est aujourd’hui une collectivité territoriale à statut particulier au sein de la République française, une collectivité sui generis. Le Franc CFP y a cours, la question de l’introduction de l’euro dans les trois collectivités françaises du Pacifique étant un sujet de débat.
Elle dispose, grâce aux réseaux scientifiques français, de réelles capacités en recherche et développement avec l’Institut de recherche et développement et le Centre national de recherche technologique, capacités peu présentes par ailleurs dans le Pacifique insulaire. Le système institutionnel et de gouvernance novateur est regardé avec beaucoup d’intérêt par les pays voisins, qui sont demandeurs de partage d’expériences. Nouméa, enfin, est le premier port de l’outre-mer français et le dixième français.
Ses ressources en minéraux stratégiques, nickel, cobalt et autres minéraux constituent la véritable spécificité de la Nouvelle-Calédonie. Elle détient ainsi 30% des réserves mondiales de nickel, ce qui la place au tout premier plan mondial dans ce domaine. L’opérateur historique, la Société Le Nickel (SLN), qui vient de fêter son centenaire, produit 55 000 tonnes de nickel métal par an.
Dans la province Sud, le groupe brésilien Vale, deuxième groupe minier au monde, a investi plus de 4,5 milliards de dollars dans une usine hydrométallurgique qui permet de valoriser les minerais à faible teneur et augmente d’autant le potentiel d’exploitation des réserves. Cette usine, qui entrera en exploitation en fin d’année, a pour objectif de produire 60 000 tonnes de nickel métal et 5 000 tonnes de cobalt par an.
Dans la province Nord, un projet mené par le groupe suisse XSTRATA doit produire 60 000 tonnes de nickel métal à la mise en service de l’usine, en 2013-2014. Cette usine a pour particularité d’être construite « clé en main » en Chine.
Je voudrais enfin vous parler de la défense. Les forces armées de Nouvelle-Calédonie (FANC) contribuent, par leurs missions de coopération, à la stabilisation de la zone et au rayonnement de la France. Sans la France, l’Australie et la Nouvelle-Zélande seraient seules pour assurer la protection de cette « zone grise » qu’est le Pacifique insulaire, animé par des crises multiples, alors que les pressions venant de l’océan indien, de l’Indonésie et de la Chine sont nombreuses. La zone sous responsabilité permanente du COMSUP Nouméa est immense et on peut souligner l’éloignement de la métropole ou des autres bases de défense française en cas de problème. La France a en outre conclu de nombreux engagements internationaux dans la zone, avec les accords FRANZ de protection civile du Pacifique insulaire, et elle remplit des missions de secours en mer, de secours aériens et de surveillance des pêches.
Le Livre blanc a prévu de recentrer en Nouvelle-Calédonie les moyens lourds de la France dans le Pacifique, celle-ci devenant ainsi son point d’appui pour l’ensemble de ce théâtre.
Certes, il est avancé qu’il n’y aurait en Nouvelle-Calédonie que des baisses d’effectifs, moins 19 % d’ici à 2020, compensées par la mutualisation des moyens communs et qu’une capacité de projection significative serait maintenue.
Certes, il est indiqué qu’à l’horizon 2020 la réorganisation prévue serait terminée et les matériels aériens et maritimes obsolètes remplacés.
Certes, il est supposé que les moyens locaux pourraient recevoir des renforts en cas de besoin, permettant ainsi d’assurer aux ressortissants français protection et sécurité, ainsi que le suivi de nos engagements internationaux.
Mais il est de mon devoir de vous faire part de mon sentiment, voire mon inquiétude, notamment pour la période charnière que constituent les années 2013 à 2020, moment où la Nouvelle-Calédonie décidera de son avenir par les référendums d’auto détermination.
Il me semble que le format futur des FANC tel qu’il résulte du Livre blanc, mais surtout l’impasse qui est faite sur le vieillissement des matériels, ne tient pas compte des enjeux et pressions que je viens d’évoquer.
Pour ne parler que de l’action de l’État en mer, ses moyens vont être sensiblement amoindris dans les prochaines années puisque les deux patrouilleurs P400 seront remplacés, en 2010 et 2012, par des patrouilleurs moins performants et moins adaptés. Dans le même temps, on peut regretter le vieillissement des hélicoptères Gardians et la baisse du nombre de Puma.
Or nous devons être attentifs à l’image que nous donnons : les Australiens sont sensibles au maintien de nos capacités puisque, alliées aux leurs, elles permettent d’optimiser les opérations de secours et de surveillance.
La France ne peut donc se désengager du Pacifique Sud au moment où l’Union européenne consacre de plus en plus de moyens financiers à cette partie du monde et développe une stratégie de coopération dont la France peut largement profiter.
Pour assurer la protection de ses ressortissants et de ses intérêts, tenir son rang de puissance et de membre du conseil de sécurité de l’ONU, il importe que la France conserve les moyens de peser dans le Pacifique Sud, notamment dans le domaine militaire.
En conclusion je voudrais vous citer cet extrait du Livre blanc : « La construction de la paix ne doit pas être laissée aux seuls rapports de forces entre grandes puissances. La stratégie de la France et de l’Europe a tout à gagner du développement de rapports étroits avec les nombreux États qui bénéficient de plus en plus, désormais, d’un poids dans la géopolitique mondiale. Sa politique de sécurité doit rechercher avec eux des liens substantiels et nouveaux. »
Chers collègues, il faut penser à appliquer cela au Pacifique Sud, et à la Nouvelle-Calédonie en particulier.
Billets sur les travaux du parlement

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vendredi 25 juin 2010

La flotte de la mer Noire se modernise

Novosti nous apprenait le 23 juin dernier que la Russie allait construire 15 frégates et sous-marins diesel d'ici 2020 pour la flotte de la mer Noire. Cette flotte a également vocation à poursuivre ses opérations en Méditerranée et dispose d'une base à Tartous, en Syrie.
Après les BPC, il y a un an, les annonces russes se succèdent, comme celles d'autres puissances de la planète. Et pendant se temps là, l'Europe qui a déjà beaucoup désarmé compte continuer à la faveur de la crise. Clairvoyance ou inconscience ?

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jeudi 24 juin 2010

Découvrir Cidris-Cyberwarfare

Le blog Cidris-Cyberwarfare est un observatoire de la cyberguerre. Ce n'est pas un site technique et il mérite franchement des visites pour avoir des infos précises : cyberattaques, interview, organisation des structures cyber, etc. Il est maintenant dans mon blogroll.
NASA

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mercredi 23 juin 2010

Rigi (jundallah) a été exécuté par l'Iran

Le dimanche 20 juin, l'Iran a exécuté Abdulmalik Rigi, chef de Jundallah, groupe terroriste sunnite Jundallah (soldats de Dieu), à l'origine d'attaques régulières contre des cibles chiites et les Gardiens de la révolution. Il a été arrêté le 23 février 2010, dans une opération du renseignement iranien à bord d'un vol Dubaï-Kyrgyzstan. Rigi s'était caché au Pakistan pendant longtemps et aurait concentré les efforts des Pasdaran, après l'attentat du 18 octobre 2009.
Après avoir été forcé de faire son autocritique à la télévision et d'accuser les Etats-Unis de l'avoir soutenu, il a été exécuté devant les familles de ses victimes. Son frère Abdulhamid avait été exécuté par les Iraniens, le 24 mai dernier.
Je remarque que trois mois suffisent en Iran pour condamner à mort et exécuter un suspect. Cela laisse rêveur sur le niveau d'équité du procès. Par ailleurs, les médias qui ont condamné la situation à Guantanamo, sont restés relativement silencieux dans une situation similaire face à des terroristes. Étonnant ?

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mardi 22 juin 2010

La diffusion de l’information en opérations

L’information reste au coeur des opérations actuelles. La diffusion des informations est devenu un enjeu pour les forces en présence, dans le cadre d’une approche globale de la confrontation.

petraeus_pressconf

La nécessité de traiter l’information de manière globale permet d’introduire la notion de médiologie. C’est une méthode d’analyse dont le but est de comprendre le transfert dans la durée d’une information en étudiant les interactions entre les techniques et la culture. Elle traite l’information selon le prisme du support de communication, des croyances et des comportements.

*

L’importance culturelle : croyances, idéologies et comportements

Les croyances, aux premiers rangs desquels les religions s’imposent, sont un facteur déterminant de la manière dont une opération de stabilisation sera menée. L’idéologie, en théorie seulement plus rationnelle, ne doit pas être négligée car elle s’associe de plus en plus aux croyances : « Les idéologies et la culture sont un facteur très complexe et permanent des relations internationales. Il en va de même des religions, qui peuvent devenir idéologies de groupe ou même d’État. », selon J.F Guilhaudis. Ceci est valable pour la population mais aussi pour les membres de la force de stabilisation. La gestion du différentiel culturel doit être intégrée dans tous les travaux de planification, de conduite et de retour d’expérience, sous peine d’évaluations de situation systématiquement erronées.

Autre volet de la culture , les comportements innés ou acquis sont fondamentaux dans la manière d’appréhender une situation, donc de donner du sens à une information. Les comportements acquis évoluent au cours du temps en fonction des technologies disponibles, des croyances, des idées, de la satisfaction des besoins vitaux de l’individu…

Par ailleurs, l’individu au sein d’un groupe hiérarchisé perd une partie plus ou moins grande de son autonomie de penser. Il se rallie alors souvent à la pensée et au comportement du groupe. Ceci implique que la « conquête des cœurs et des esprits » n’est pas qu’une simple assertion galvaudée mais reste une nécessité opérationnelle, tout comme « la contrainte des corps et des âmes ». La maîtrise de l’information peut le permettre.

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Principes de la diffusion de l’information en opération

L’information peut être définie comme « une donnée ou un ensemble de données de toute nature, utilisable à des fins particulières ». Aujourd’hui, le pouvoir n’appartient plus à celui qui possède l’information mais à celui qui contrôle sa diffusion. L’information est un élément clé dont il s’agit de s’assurer la maîtrise pour stabiliser efficacement une crise.

Les explications néo-darwiniennes de la diffusion des idées et les théories de l’information et de la communication permettent de dégager des principes. D’autres proviennent, des théories de l’information et de la communication. Malgré la diversité de ces théories, il est possible de décrire la propagation des idées et des comportements, avec une précision suffisante pour en tirer des conséquences opérationnelles.

Les principes de diffusion de l’information décrits ci-dessous sont l’incertitude, la reproduction informationnelle, la sélection culturelle, la régulation a posteriori, la valeur de l’exception, la non proportionnalité des effets.

Incertitude

L’information ne permet pas de caractériser la totalité d’une réalité. Le principe d’incertitude s’applique. La situation d’incertitude peut être résumée à « la difficulté de prévoir l’issue de cette situation » (source 2) . Ceci est inhérent à toute situation de choix.

Il est donc délicat d’apprécier précisément une situation et son évolution en raison : du recueil forcément partiel des informations potentiellement disponibles, de l’erreur systématique engendrée par les différences culturelles, des difficultés induites par la détermination des acteurs ayant réellement besoin de l’évaluation d’une situation. Ce principe s’applique pleinement aux opérations militaires qui doivent «se résigner à se concevoir et à se développer dans un champ d’incertitudes» (Desportes) . Par ailleurs, il convient d’ajouter à ce constat la dualité de la nature du hasard qui peut être sage et prévisible ou sauvage et imprévisible.

Reproduction informationnelle

Une information peut potentiellement être dupliquée indéfiniment. Les moyens de diffusion modernes alliés à la mondialisation actuelle permettent de transmettre de l’information presque instantanément partout dans le monde. Par exemple, les images concernant les attentats du World Trade Center, le 11 septembre 2001 ont été copiées et diffusées « en boucle ». Ainsi, « L’effondrement des tours du World Trade Center de New York a pu être suivi en direct de tous les points du globe ; nous étions à New York et New York était partout dans le monde.»(La Maisonneuve) .

Par ailleurs, les idées et les comportements se reproduisent par transmission d’informations entre les individus pour lesquelles ils ont du sens. Ce peut être par le biais de l’éducation, des phénomènes de mimétisme ou en raison de la trop grande hétérogénéité culturelle de la population. La duplication n’étant pas toujours parfaite, l’information peut se transformer graduellement au sein d’une même population. Toutefois, les apports exogènes, comme les migrations ou les forces militaires en campagne, peuvent amener des ruptures culturelles d’autant plus brutales que les populations concernées ont été peu en contact. A ce titre, les colonisations ou les invasions ont provoqué de nombreuses ruptures culturelles au cours de l’histoire.

La sélection culturelle

Les idées et les comportements qui ont cours au sein d’une population sont soumis au principe de sélection culturelle. Ceux qui semblent les plus intéressants pour la population se propagent. Les plus utiles pour un individu sont mémorisés. Les idées mémorisées ont vocation à disparaître lorsqu’elles ne sont plus utilisées. Il faut noter que l’exactitude de l’information n’est pas un paramètre primordial ; la vérité n’est pas un critère. La rumeur, dont par définition on ne connaît pas l’exactitude, peut persister en raison d’un intérêt particulier de la population. Jean-Noël Jeanneney, président de la Bibliothèque nationale de France, écrivait en 2002 à ce sujet « Qu’une fausse nouvelle heurte par trop les préjugés et les expériences antérieurs, elle se fane vite. Qu’au contraire elle aille dans leur sens, tout invraisemblable qu’en soit le contenu précis, alors gageons qu’elle fleurira et prospérera. » . Le champ des idées rejoint celui de la croyance.

Régulation a posteriori

La régulation a posteriori permet de ne conserver dans la culture d’une population que ce qui lui paraît utile. C’est le mécanisme d’évolution de la morale d’une population . Le monde de l’information est le monde de la connaissance indirecte des choses. Le pouvoir de régulation culturelle d’une population vient de sa capacité à contrôler la reproduction informationnelle. Les idées et les comportements manifestement non conformes sont marginalisés, voire éradiqués, par la population. Une force de stabilisation multinationale représente souvent une rupture culturelle importante, une « immigration » provisoire et imposée. Plus elle disposera d’effectifs importants et issus de nations culturellement variées, plus elle sera potentiellement rejetée avec le temps, sauf à ne rien faire. La réaction peut rapidement être violente et brutale de la part d’une population qui se sent menacée, à tort ou à raison. Des forces militaires étrangères, par leur simple présence et sans consentement de la population, peuvent alors aggraver la situation. A l’époque, le chef d’état-major anglais, le général Richard Dannat a estimé le 13 octobre 2006, dans le Daily Mail, que la présence britannique en Irak exacerbait les problèmes de sécurité et a souhaité que les soldats britanniques se retirent rapidement.

Valeur de l’exception

La valeur d’une information n’est pas dans sa répétition et sa prévisibilité mais dans son caractère exceptionnel. Plus une information est improbable ou impensable, plus elle va acquérir de la valeur. Si elle est fortement prévisible, elle intéresse peu et donc il est possible de s’en passer. C’est le cas bien connu des trains qui arrivent à l’heure. Ils n’intéressent personne sauf lorsqu’ils sont systématiquement en retard. L’information doit avoir du sens pour son capteur. La connaissance de la norme est donc indispensable pour distinguer ce qui n’est pas normal. La normalité d’une situation n’est pas universelle ce qui rend difficile l’appréciation de la situation pour une force de stabilisation.

Non proportionnalité avec les effets.

Il n’existe pas de proportionnalité entre une information et l’effet qu’elle va engendrer. C’est la conséquence directe des principes précédents. Ainsi, une information qui peut paraître d’importance locale et anodine mais se propager dans le monde entier car elle a suscité un intérêt insoupçonné. Les photos « souvenir » prises par des soldats américains ayant commis des exactions à la prison d’Abou Ghraib en sont un exemple. A l’inverse, l’annonce de la fin des « opérations de combats majeures » en Irak par le président George W. Bush, le 1er mai 2003, a plus contribué au succès de médias satiriques ou de mouvements anti-guerre qu’à la reconnaissance mondiale d’une victoire américaine.

*

Qu’en conclure ?

En définitive, la diffusion information, même si elle s’avère souvent difficilement maîtrisable, obéit à quelques règles qui permettent de la maîtriser. Des stratégies et des tactiques s’agissant de l’information existent et ont été exposées avec brio. Le guide de l’influence de Vincent Ducrey en est une illustration. Il faudrait encore dépasser la peur de la guerre par et pour l’information pour s’en servir comme une arme, bien souvent mieux maîtrisée par les adversaires asymétriques.

S.D., Pour Convaincre

Publié le 21 juin 2010 sur AGS

Sources :

  1. GUILLO Dominique, Les théories Darwiniennes de la diffusion des idées, conférence du 15/07/2003.

  2. RIC François, DROZA-SENKOWSKA Ewa, MULLER Dominique, Décider et agir en situation d’exception, à risque et extrêmes, La documentation française, avril-septembre 2006, Inflexions n°3.

  3. DESPORTES Vincent, Décider dans l’incertitude, Economica, 2004.

  4. LA MAISONNEUVE Eric, De la Stratégie Crise et Chaos, Economica, 2005.

  5. L’Histoire numéro spécial n°267, « Les hommes et la guerre, Héroïsme et barbarie », Société d’éditions scientifiques, juillet-août 2002.

  6. GUILHAUDIS Jean-François, Relations internationales contemporaines, 2ème édition, LITEC, 2005

  7. DUCREY Vincent. Le guide de l’influence.

  8. Billets de Pour convaincre sur l’information.

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dimanche 20 juin 2010

La Corée du nord, des failles dans le contrôle du régime ?

La Corée du nord a-t-elle passé les bornes avec la Chine ? Sûrement ! Le torpillage d'un navire sud-coréen, le Cheonan, a entrainé une escalade verbale dans le conflit inter-coréen. Le 4 juin, les gardes frontières de la RDPC ont tué 3 Chinois et blessé un autre, aux alentours de la ville frontalière de Dandong. Ceci ne peut qu'isoler encore plus le régime de Kiml Jong-Il qui a déclaré vouloir punir sévèrement les auteurs des tirs.
Ces deux affaires me laissent penser que le régime de Pyongyang ne contrôle plus totalement ses forces de sécurité. Au mieux, la discipline de commandement peut s'avérer plus lâche, au pire, il existe des dissensions inquiétantes dans ces forces. Si cette hypothèse s'avérait vraie, ce ne serait pas une bonne nouvelle pour la stabilité de la région.

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samedi 19 juin 2010

La Turquie est-elle en guerre ?

Je suis surpris de la sélectivité des guerres couvertes, "à la une", par les plus grands médias occidentaux. La guerre du Yémen, il y a quelques mois, a été largement occultée. Les combats entre kurdes et turcs sont aussi peu médiatisés.
Le bilan humain dépasse largement l'Afghanistan :
  • plus d'une centaine de rebelles kurdes tués en mai, dans des frappes aériennes au-dessus du nord de l'Irak et une vingtaine cette semaine...
  • plus de 40 membres des forces de sécurité turques ont été tués depuis 4 mois. Hier, 7 soldats turcs ont été tués et 8 blessés, lors de l'attaque de leur poste par le PKK...
  • des postes turcs, une base navale turc, des camps kurdes attaqués...
Press TV
Un pays de l'OTAN, candidat à l'Union européenne, mène en toute discrétion ce qui ressemble à des opérations de guerre (ce n'est pas nouveau). Un silence qui renforce grandement la position turque sur la Palestine... et permet de donner médiatiquement des leçons à Israël.
Lire aussi les billets sur le Yemen, sur le PKK et sur le PJAK.

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vendredi 18 juin 2010

Les appels des 18 et 22 juin 1940

Hier, le discours du 17 juin, aujourd'hui l'appel du 18 juin et en prime celui du 22 juin qui est un peu différent...
Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat.
Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l’ennemi.
Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui.
Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !
Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.
Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limites l’immense industrie des États-Unis.
Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n’empêchent pas qu’il y a, dans l’univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.
Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi.
Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.
Demain, comme aujourd’hui, je parlerai à la Radio de Londres.
*
Appel du 22 juin (un peu différent de celui du 18 juin) :
Le gouvernement français, après avoir demandé l’armistice, connaît maintenant les conditions dictées par l’ennemi.
Il résulte de ces conditions que les forces françaises de terre, de mer et de l’air seraient entièrement démobilisées, que nos armes seraient livrées, que le territoire français serait totalement occupé et que le Gouvernement français tomberait sous la dépendance de l’Allemagne et de l’Italie.
On peut donc dire que cet armistice serait, non seulement une capitulation, mais encore un asservissement.
Or, beaucoup de Français n’acceptent pas la capitulation ni la servitude, pour des raisons qui s’appellent l’honneur, le bon sens, l’intérêt supérieur de la Patrie.
Je dis l’honneur ! Car la France s’est engagée à ne déposer les armes que d’accord avec ses Alliés. Tant que ses Alliés continuent la guerre, son gouvernement n’a pas le droit de se rendre à l’ennemi. Le Gouvernement polonais, le Gouvernement norvégien, le Gouvernement hollandais, le Gouvernement belge, le Gouvernement luxembourgeois, quoique chassés de leur territoire, ont compris ainsi leur devoir.
Je dis le bon sens ! Car il est absurde de considérer la lutte comme perdue. Oui, nous avons subi une grande défaite. Un système militaire mauvais, les fautes commises dans la conduite des opérations, l’esprit d’abandon du Gouvernement pendant ces derniers combats, nous ont fait perdre la bataille de France. Mais il nous reste un vaste Empire, une flotte intacte, beaucoup d’or. Il nous reste des alliés, dont les ressources sont immenses et qui dominent les mers. Il nous reste les gigantesques possibilités de l’industrie américaine. Les mêmes conditions de la guerre qui nous ont fait battre par 5 000 avions et 6 000 chars peuvent nous donner, demain, la victoire par 20 000 chars et 20 000 avions.
Je dis l’intérêt supérieur de la Patrie ! Car cette guerre n’est pas une guerre franco-allemande qu’une bataille puisse décider. Cette guerre est une guerre mondiale. Nul ne peut prévoir si les peuples qui sont neutres aujourd’hui le resteront demain, ni si les alliés de l’Allemagne resteront toujours ses alliés. Si les forces de la liberté triomphaient finalement de celles de la servitude, quel serait le destin d’une France qui se serait soumise à l’ennemi ?
L’honneur, le bon sens, l’intérêt de la Patrie, commandent à tous les Français libres de continuer le combat, là où ils seront et comme ils pourront.
Il est, par conséquent, nécessaire de grouper partout où cela se peut une force française aussi grande que possible. Tout ce qui peut être réuni, en fait d’éléments militaires français et de capacités françaises de production d’armement, doit être organisé partout où il y en a.
Moi, Général de Gaulle, j’entreprends ici, en Angleterre, cette tâche nationale.
J’invite tous les militaires français des armées de terre, de mer et de l’air, j’invite les ingénieurs et les ouvriers français spécialistes de l’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui pourraient y parvenir, à se réunir à moi.
J’invite les chefs et les soldats, les marins, les aviateurs des forces françaises de terre, de mer, de l’air, où qu’ils se trouvent actuellement, à se mettre en rapport avec moi.
J’invite tous les Français qui veulent rester libres à m’écouter et à me suivre.
Vive la France libre dans l’honneur et dans l’indépendance !
Le discours du 17 juin

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