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dimanche 24 octobre 2010

Géopolitique numérique : Omnibus viis Americam pervenitur (II)

Le monde occidental serait en déclin relatif ou absolu. Selon certains indicateurs –toujours pratiques parce qu’ils permettent de prouver pseudo-scientifiquement n’importe quoi – l’avenir serait aux puissances (ré-)émergentes du BRIC : Brésil, Russie, Inde, Chine. Dans le cyberespace, la position dominante est celle des pays de l’Alliance atlantique, avec un poids lourd : les Etats-Unis. Ceci explique en partie l’intérêt croissant pour les cyberconflits qui toucheraient en premier lieu les puissances numériques.
1. La zone Atlantique nord, cœur du cyberespace ?
Sur l’Internet, le nombre d’internautes compte évidemment pour évaluer la puissance relative des nations.
Quelques chiffres sont nécessaires pour avoir des ordres de grandeur en tête :
  • L’Europe représente 12 % de la population mondiale et 24% des internautes
  • L’Etats-Unis et le Canada représentent 7 % de la population mondiale et 13,5% des internautes
  • L’Afrique représente 14% de la population mondiale et 6% des internautes
  • L’Asie représente 55% de la population mondiale et 42% des internautes
  • L’Amérique latine représente 10% de la population mondiale et 10% des internautes
Une éventuelle prééminence de la zone Atlantique nord n’est pas évidente. C’est normal car les facteurs de pouvoir ne sont pas là.
2. Le transport des "données"
Dans une première partie, nous avons vu que les Etats-Unis étaient au cœur du réseau de transport numérique mondial, avec sa position géographique centrale due à sa maitrise de points clés. Si l’on ajoute quelques bons alliés comme l’Australie, le Japon, la Corée du sud et les pays européens de l’Union européenne et ceux de l’OTAN, l’Océanie, l’Afrique, l’Asie (le reste) et l’Amérique latine sont fortement dépendants de celle « alliance» pour les transits mondiaux. Pourtant la population cumulée de ces pays est minoritaire, au plan mondial.
Dans le domaine de la téléphonie mobile (90% de la population mondiale est sous couverture), 7 des 12 opérateurs ayant le plus d’abonnés au monde appartiennent à la ZAN. Le réseau de téléphonie s'avère extrêmement dense (plus de 95% de la population est sous couverture depuis plusieurs années) et permet des communications fixes et mobiles s'appuyant aussi sur l'Internet.
Les pays de la zone Atlantique nord (ZAN), un cinquième de l’humanité et plus de la moitié des richesses, constituent également un poids lourd de l’espace exoatmosphérique avec un peu moins de 1 450 charges utiles en orbite, comme la Russie deuxième puissance spatiale au monde. Or, cette alliance et la Russie représentent plus de 90% des charges actuellement en orbite. Celles-ci sont des supports du cyberespace, mineurs par rapport aux câbles mais très importants en termes de mobilité, d’autonomie et de souveraineté.
3. Les serveurs DNS : un talon d’Achille
Il faut ajouter quelques données sur les serveurs de routage DNS, à l’échelle mondiale. Ces serveurs qui sont au nombre de treize sont les nœuds critiques du réseau Internet. Ils tombent, tout tombe. Ils sont principalement localisés aux Etats-Unis (exclusivement naguère) et deux d’entre eux dépendent de la Défense américaine. Aujourd'hui, outre les 10 serveurs étasuniens, 2 serveurs sont en Europe et 1 au Japon. La résilience du réseau a été augmentée après une série d'attaque, d'accident et d'évaluation au début des années 2000. Il existe environ 200 serveurs "secondaires" répartis dans le monde, pour éviter d’être trop sensible aux accidents ou aux attaques. C’est sûrement un hasard mais environ les deux tiers de ces serveurs sont dans la ZAN. C’est un facteur de puissance. Cette redondance bénéficie d’abord à la ZAN et ensuite au reste du monde. Malgré les possibilités offertes de noms de domaine internationalisés (dans des alphabets différents de l’alphabet latin sans accents), cet avantage existe aussi au plan sémantique pour les URL (adresse web).
4. Les réservoirs de données et de compétences
En juin 2010, la majorité des data centers qui contiennent les unités de services et de calcul (non stockées chez l’utilisateur) est situé en Amérique du nord et en Europe. La ZAN représente plus de 90% de ces centres. L’accès à ces données pourrait être de plus en plus sensible au plan sécuritaire dans les prochaines années, avec le développement de services de type Cloud computing. Les données seront de moins en moins dans les ordinateurs et de plus en plus dans ces data centers. Ce sont les banques numériques dans lesquelles les données sont déposées, dans des coffres-forts de l’Internet. Comme toujours, les banques attirent les voleurs de banque pour un gros butin...
Le panorama ne serait pas complet (il ne le sera pas) si l’on n’ajoute pas les capacités de formations universitaires (80% de meilleures écoles de formation en technologies de l’information et des télécoms sont dans la ZAN) ou les compagnies informatiques parmi les plus grandes au monde sont dans la ZAN (Microsoft, Google, Norton, Facebook, etc.).
L’avenir ?
Dans les prochaines années, le poids des pays émergents devrait augmenter sur Internet au niveau des utilisateurs et, dans une bien moindre mesure, au niveau des secteurs clés (DNS, câbles, satellite, etc.). Ils disposent de réels atouts qu’il ne faut pas surestimer ou négliger. La remise en cause de ce rapport de force dans le cyberespace pourrait provenir du droit international avec l’établissement d’un hypothétique traité, du développement de nouveaux réseaux économiquement viable et concurrent de l’Internet (réseau efficace mais peu efficient) ou de l’usage de la force, par des cyberattaques. On comprend alors mieux pourquoi l’OTAN et de nombreux de ses membres placent le cyberespace au rend de leurs priorités sécuritaire (Cf. futur concept de l’OTAN), surtout si l’on considère les 2 milliards d’Internautes, les 4,6 milliards d'abonnés à la téléphonie mobile, le 250 milliards d'e-mails envoyés par jour et les 5 000 milliards de dollars de propriété intellectuelle sur le web dont 300 milliards sont volés chaque année.
Sources :

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