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mardi 21 septembre 2010

A un moment, il faut arrêter : du non-usage de « nouveau »

Il est parfois de bon ton dans la littérature (papier ou web) de clamer qu’une chose présentée comme nouvelle ne l’était pas car il existait des exemples dans le passé. Les exemples regorgent au sujet de la géopolitique, la guerre, l’histoire, la stratégie, la tactique… Parfois, il suffirait de ne donner qu’un contre-exemple pour démontrer que l’assertion sur la nouveauté n’était pas pertinente voire que l’auteur aurait pu tomber dans l’aveuglement de l’inculture… La statistique incomplète est aussi un bon moyen. Ceci mène parfois à des débats sans fins que l’on n’ose qualifier de nouveau.
Mais que nouveau signifie-t-il ? L’Académie française, autorité linguistique francophone, nous éclaire à ce sujet.
"NOUVEAU (ou NOUVEL, devant les mots commençant par une voyelle ou un h muet), NOUVELLE adj. XIIe siècle, novel. Issu du latin novellus, « jeune, nouveau, récent », lui-même dérivé de novus, « neuf ». Qui commence d'être ou de paraître."
Donc, ce qui est nouveau n’existait pas avant ou au moins ne semblait pas exister. L’utilisation de la bombe atomique à Hiroshima est une nouveauté, le 6 août 1945. Néanmoins, j’accorde que dans cette acception de « nouveau », le contre-exemple historique est valide mais ce n’est pas la seule. Je cite toujours l’Académie :
« Qui succède à un être, à une chose de même ordre, ou qui vient continuer une série. Le plus souvent, dans ce sens, Nouveau se place avant le nom. On distingue ainsi Un nouveau livre, un autre livre, un livre différent de celui qu'on lisait, qu'on écrivait auparavant, et Un livre nouveau, un livre qui vient de paraître. »
Nouveau a aussi le sens "d’autre" et pas seulement "d’inédit". Au 16ème siècle, le Nouveau monde est bien d’abord un autre monde pour les Européens et n’a rien de nouveau pour les autochtones… Une nouvelle menace ne signifie pas qu’il n’y ait jamais eu de menace auparavant, une nouvelle forme de guerre ne signifie pas que rien ne lui a ressemblé par le passé ! Nouveau a donc un sens absolu (inédit) et un sens relatif (autre). Ce qui n’est pas nouveau est ce qui est permanent.
Les débats sur le caractère nouveau d’une chose, d’une action ou d’un concept n’ont de sens que pour différencier le contingent, le ponctuel et l'inédit du permanent, ce qui est nouveau de ce qui ne l’est pas. L’Histoire, la culture, comme les sciences, sont inestimables dans cet exercice.
Sinon, concluons que fondamentalement rien ne change et contentons nous strictement des recettes du passé puisque tout y est écrit… et son contraire !

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