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jeudi 26 août 2010

Perdre rapidement ou gagner lentement ?

Le Chef des Marines américains, le général James Conway, a déclaré le 25 août que la décision de la "Maison Blanche de retirer ses troupes en juillet 2011 constitue un appui moral pour les taliban". Il aurait ajouté que la coalition internationale pouvait choisir entre « perdre rapidement ou gagner lentement ». Tel est l'enjeu des conflits limités, avec des moyens limités : jeter l'éponge (perdre rapidement) ou mener des opérations dans la durée (des décennies pour gagner lentement).
C'est un peu une des idées fortes du président Sarkozy, lors de la XVIIIème conférence des ambassadeurs. Les situations stratégiques sont incertaines et il faut de la pugnacité pour faire pencher la balance. Ce discours représente les grandes lignes de la politique stratégique française pour l'année à venir. Fait notable, il a au moins été diffusé sur une chaîne d'info française en direct. Tout le monde peut donc se forger un avis en connaissance de cause sur les objectifs poursuivis d'autant plus que le site internet de l'Elysée a mis en ligne des versions arabes, anglaises, espagnoles et allemandes du discours.
US Gov
Il est des moments de l'Histoire où le sort hésite entre le meilleur et le pire. Des moments où tous les efforts accomplis peuvent être perdus ou, au contraire, déboucher sur des progrès durables. Nous sommes aujourd'hui dans l'un de ces moments.
Ce discours d'une grande clarté aborde la lutte contre le terrorisme en Afghanistan, au Pakistan mais aussi en Somalie, au Yémen et au Sahel. Cet axe de crise correspond à des priorités données par le président Obama le 2 décembre 2009, à West point. A ceux qui peuvent crier à l'alignement, force est de constater que les menaces sont situées dans ces régions et les intérêts communs.
La situation en Iran a été abordée sous l'angle de "oui au nucléaire civil et non au nucléaire militaire". Un axe donné est celui de la promotion de la paix en Afghanistan. Des avancées de la défense européennes, sous impulsion franco-britannique, ont été annoncées pour l'automne. Le poids économique de l'Europe a été mis en avant pour sortir de la crise et montrer les dents sur les marchés internationaux, en toute équité. Les priorités de la présidence française du G20 ont largement été détaillées.
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Extrait du DISCOURS DE M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE Palais de l'Élysée -- mercredi 25 août 2010 Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Président du Sénat, Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale, Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères et Européennes, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
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Il est des moments de l'Histoire où le sort hésite entre le meilleur et le pire. Des moments où tous les efforts accomplis peuvent être perdus ou, au contraire, déboucher sur des progrès durables. Nous sommes aujourd'hui dans l'un de ces moments. C'est vrai pour l'action de la communauté internationale dans cet arc de crise qui s'étend des frontières du Pakistan aux confins du Sahel, en passant par l'Iran et le Proche-Orient. C'est vrai pour l'Europe, où le traité de Lisbonne et les décisions prises face à la crise financière ouvrent des perspectives qui restent à développer pour faire de l'Union un acteur global. C'est vrai pour l'économie mondiale qui n'a pas encore retrouvé le chemin d'une croissance solide et durable, alors que le G20 doit convaincre qu'il a la volonté de poursuivre les réformes nécessaires. A la grande table où se prennent les décisions, de nouveaux acteurs ont rejoint les puissances reconnues. A juste titre, ils réclament la reconnaissance de leurs droits. Mais il leur faut aussi accepter qu'avec ces droits viennent des devoirs, des responsabilités à assumer. Il leur faut reconnaître que leur réussite éclatante leur impose de dépasser la stricte défense de leurs intérêts nationaux pour apporter leur contribution au règlement des problèmes du monde. Ce mouvement est engagé et je m'en réjouis. Dans ce moment de l'Histoire où le sort hésite, pour faire pencher la balance du bon côté, nous avons en effet besoin de volonté et d'unité. Si nous sommes divisés et hésitants, si nous ne parvenons pas à nous entendre sur les objectifs à atteindre et sur les moyens pour y parvenir, entre puissances reconnues et grands pays émergents, si nous ne sommes pas capables de jouer collectif face aux défis du terrorisme et de la prolifération, des déséquilibres économiques et du réchauffement climatique, alors nous aurons failli à notre devoir. Dans ce moment de l'Histoire où le sort hésite, la France doit affirmer sa vision, sa détermination. Mais elle doit tout autant chercher à rassembler, aider à trouver pour chacun des grands défis que nous devons affronter, le chemin qui rapproche, celui du progrès et de l'ambition. J'attends de chacune et de chacun d'entre vous qu'il porte la voix de la France, mais aussi qu'il sache être à l'écoute des attentes du monde.
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Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, La lutte contre le terrorisme demeure une priorité majeure. Toutes les analyses confirment certes que, depuis 2001, sous les coups qui lui ont été portés, la capacité d'Al Qaïda de lancer des attaques dévastatrices contre des pays occidentaux a été fortement réduite. En revanche, Al Qaïda et ceux qui s'en réclament ont accru leur emprise et leur violence meurtrière dans certains Etats, du Pakistan au Mali. Chaque pays fait face à une situation spécifique qui doit recevoir une réponse adaptée des gouvernements en charge, avec le soutien de la communauté internationale. Il n'y a pas aujourd'hui de coordination opérationnelle entre les groupes qui agissent d'un bout à l'autre de cet arc de crise. Mais si la situation devait se dégrader, le risque serait grand de voir apparaître une chaîne continue liant les bases terroristes de Quetta et du Sud-afghan à celles du Yémen, de la Somalie et du Sahel. Sur l'Afghanistan, la mode du moment, chez les commentateurs, est au catastrophisme. Chaque jour on nous annonce le retour des Talibans, comme si les jeux étaient faits, comme si nous allions abandonner le peuple afghan. La réalité est que les Talibans restent forts, malgré des pertes importantes, dans le Sud et l'Est. En revanche, le reste du pays ne connaît pas de violences majeures. La coalition et le gouvernement afghan ont su adapter leur stratégie et continuent de le faire. Ma conviction est que nous réussirons en poursuivant notre action avec détermination. Chacun doit assumer pleinement ses responsabilités, clairement établies lors des conférences de Londres et de Kaboul. Celles des alliés, les nôtres, sont de défendre les Afghans dans les régions où les Talibans menacent ; de former des forces de sécurité afghanes aptes à combattre par elles-mêmes ; et enfin d'apporter à la population une aide civile adaptée à ses véritables besoins. C'est ce que la France fait dans sa zone de responsabilité, Kapisa et Surobi. Le prix humain est lourd. Et c'est encore alourdi cette semaine. Mais imaginons ce qu'il en serait si nous n'étions pas là ? Souvenons-nous de ce que les Talibans ont fait dans le passé et des milliers de victimes afghanes qu'ils continuent de faire. Le gouvernement afghan, pour sa part, doit impérativement améliorer la gouvernance du pays, combattre la corruption et la drogue. Il doit aussi, et c'est sa mission centrale, proposer la réconciliation à ceux qui renoncent à la violence, coupent tout lien avec Al Qaïda et respectent les institutions afghanes. Enfin, il faut que le gouvernement afghan se prépare sérieusement à prendre en charge la sécurité des provinces et districts qui seront jugés assez stables pour lui être transférés. Notre action au service de la paix ne doit pas être soumise à des calendriers artificiels ou aux humeurs médiatiques. Nous avons des objectifs politiques réalistes, passant par une transition progressive et ordonnée. Nous avons une stratégie claire : mettons-la en œuvre jusqu'au bout ! La France restera engagée en Afghanistan, avec ses alliés, aussi longtemps que nécessaire et aussi longtemps que le souhaitera le peuple afghan.
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Mais aucune victoire ne sera possible et durable sans le concours du Pakistan. Ce pays fait face courageusement, et avec l'aide du monde entier, aux conséquences d'inondations sans précédent. Il est confronté à des défis économiques et sociaux immenses. Il doit vaincre le terrorisme chez lui. Mais il doit aussi agir contre les sanctuaires où les terroristes afghans trouvent refuge. C'est ce que j'ai dit au Président Zardari le 2 août. La France sera aux côtés du Pakistan dans ce combat contre toutes les formes de terrorisme. Il doit être mené sans ambigüité. Moins il y aura d'ambigüité, plus la communauté internationale sera convaincue qu'il est utile d'aider son gouvernement.
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Au Yémen, c'est la stabilité de toute la péninsule arabique qui est en cause. Il y a un an, alors qu'un mouvement armé s'étendait et menaçait de déborder sur l'Arabie Saoudite voisine, plusieurs pays, dont la France, ont assumé leurs responsabilités. Une trêve fragile a succédé aux affrontements violents. Mais le problème demeure. Il ne pourra être réglé que par le dialogue et des réformes.
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De l'autre côté du Golfe d'Aden, en Somalie, l'enjeu est clair : les attentats meurtriers de Kampala, en juillet, ont montré que les milices islamistes des Shebab ont désormais la capacité d'étendre leurs combats bien au-delà des frontières. Leur victoire à Mogadiscio transformerait la Somalie en base de départ d'Al Qaïda. Elle achèverait de déstabiliser toute une région déjà fragilisée par les déchirements du Soudan.
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La France contribue par sa présence militaire à Djibouti, au Tchad et en RCA, à la stabilité régionale. Elle va accentuer son effort en Somalie, en réponse aux demandes de l'Union africaine et avec ses partenaires européens. Après les 500 formés à Djibouti, ce sont 2.000 soldats somaliens qui sont actuellement entraînés en Ouganda, tandis que la force africaine AMISOM dont nous avons déjà formé 5.600 hommes, va être renforcée.
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Bien sûr, il n'y aura pas de solution purement militaire. L'Union européenne, premier donateur d'aide, doit maintenir son effort et, avec tous les autres soutiens extérieurs, aider le gouvernement à élargir son assise politique, préalable nécessaire à la reconstruction de structures étatiques. C'est ce chemin aussi qui permettra de régler dans la durée le problème de la piraterie.
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Enfin, au Sahel, la barbarie de la branche maghrébine d'Al Qaïda s'est à nouveau illustrée avec le refus de toute négociation et l'assassinat de Michel Germaneau. Ces terroristes cherchent à étendre leur emprise sur des immensités désertiques où les Etats peinent à affirmer leur présence. Pour la première fois, en juillet, un coup sévère a été porté aux terroristes grâce à une attaque menée par des forces mauritaniennes avec le soutien de la France. Je vous le dis : ce jour-là marque un tournant majeur. La France aide sans réserve les gouvernements qui lui en font la demande à former, équiper, renseigner les forces mobiles dont ils ont besoin pour éliminer des groupes qui menacent de déstabilisation tout le Sahel. Parallèlement, notre coopération civile aide les Etats à renforcer leur soutien aux populations et je souhaite que l'Union européenne s'implique davantage dans ce domaine. La France se tient aussi aux côtés de l'Algérie, du Maroc, de la Tunisie et de la Libye : leur combat contre le terrorisme est le nôtre, car leur sécurité ne peut être séparée de la nôtre.
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Au cœur de cet arc de crise, il y a l'Iran. Le régime exerce son contrôle par la répression et recourt massivement aux exécutions capitales, y compris sous la forme la plus odieuse : la lapidation, dont est menacée Mme Mohammadi. Il alimente la violence et l'extrémisme dans la région. Mais surtout, il représente aujourd'hui la principale menace à la sécurité internationale dans un domaine majeur : la prolifération. Qu'on me comprenne bien : la France est favorable au développement, dans le strict respect des normes internationales, de l'électricité d'origine nucléaire. C'est pourquoi elle salue le démarrage de la centrale de Buscher dont le combustible est et sera en totalité fourni par la Russie. Le problème est naturellement ailleurs. Il y aura bientôt un an, à Pittsburgh, avec Barack Obama et Gordon Brown, nous avions révélé l'existence du site nucléaire clandestin que l'Iran construisait pour ses activités proliférantes. J'avais alors dit qu'il faudrait imposer à l'Iran des sanctions s'il ne changeait pas de politique. Nous y sommes. Le Conseil de sécurité, les Etats-Unis, l'Union européenne, d'autres encore, ont pris des mesures robustes, et même sans précédent s'agissant des Européens. Il était grand temps. Car chacun connaît les conséquences graves d'une politique qui laisserait l'Iran poursuivre sa course nucléaire : ce serait la prolifération généralisée dans la région, ou l'intervention militaire ; en tous cas une crise majeure. Nous allons donc mettre en œuvre ces sanctions avec détermination et j'appelle tous les pays à faire de même. On dit parfois que les sanctions ne marchent pas, voire qu'elles mènent à la guerre. C'est faux. Elles échouent quand elles sont trop faibles ou n'ont pas d'objectif clair. Le nôtre est simple : faire comprendre à l'Iran que ses choix ont un coût élevé et croissant, et qu'il existe une alternative : l'engagement de négociations ; mais des négociations sérieuses, concrètes, allant au cœur du sujet. L'Iran y est-il prêt ? Nous verrons en septembre, quand Mme Ashton et les Six rencontreront les négociateurs iraniens et que le dialogue s'engagera à Vienne sur la fourniture d'uranium pour le réacteur civil de Téhéran. Je souhaite qu'un bon accord soit trouvé dans les mois qui viennent, que l'Iran respecte le droit, que les préoccupations internationales soient levées. Celles des voisins de l'Iran doivent être prises en compte et ils devront être consultés sur tout accord. Mais si un accord crédible ne pouvait être conclu, alors l'isolement de l'Iran s'accroîtrait inexorablement. Face à une menace qui se préciserait, il faudrait aussi nous organiser pour protéger et défendre les Etats qui se sentiraient menacés.
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Certains affirment que les violences d'un bout à l'autre de l'arc de crise ont une cause unique : l'absence de solution au conflit israélo-palestinien. C'est évidemment faux. Ceux qui tuent à Bagdad ou à Kandahar veulent éliminer leurs ennemis en Irak ou en Afghanistan. En revanche, qui ne comprend qu'un règlement de paix entre Israéliens et Palestiniens transformerait la donne politique dans le Proche-Orient tout entier ? Là encore, le sort hésite. Là encore, c'est une question de volonté et de détermination. Je vous l'affirme : un accord de paix, dont tout le monde connaît les paramètres, peut être signé dans le délai d'un an. La relance des négociations directes le 2 septembre, crée une immense attente, un immense espoir. Ils ne devront pas être déçus. Un Etat palestinien viable et démocratique, établi sur la base des frontières de 1967, est à la fois un droit pour les Palestiniens et la meilleure garantie, pour Israël, de sa sécurité et de sa pleine intégration dans la région, conformément à l'Initiative arabe de paix. C'est aussi la seule voie, dans l'intérêt des deux peuples, pour réduire les extrémismes et pour redonner confiance en l'avenir. La communauté internationale tout entière devra accompagner le processus désormais relancé. C'est pourquoi la France propose d'accueillir la deuxième conférence de Paris d'aide au peuple palestinien pour financer l'achèvement de la construction de l'économie et des structures du futur Etat. Au-delà des engagements financiers qui en résulteront, il s'agira d'une manifestation concrète et forte de la volonté de la communauté internationale de voir aboutir la solution des deux Etats. Dans le même esprit, la France souhaite, avec la co-présidence égyptienne, que le deuxième sommet de l'Union pour la Méditerranée se tienne à Barcelone fin novembre. Ce sera l'occasion d'adopter plusieurs grands projets économiques qui témoigneront de la capacité de tous les pays participants à bâtir ensemble un avenir meilleur pour tous les peuples de la Méditerranée.
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La paix entre la Syrie et Israël est tout aussi possible. La France, qui a renoué avec Damas un dialogue régulier et utile pour toute la région, s'implique, notamment aux côtés de la Turquie, dans la recherche d'un accord. J'ai confié une mission dans ce sens à l'Ambassadeur Jean-Claude Cousseran, qui a toute ma confiance. Au moment où l'espoir renaît dans la région, il serait inacceptable que le Liban sombre à nouveau dans la violence. La France s'est félicitée de la visite conjointe à Beyrouth du Roi Abdallah d'Arabie Saoudite et du Président Bachar Al Assad. Elle apporte tout son soutien à ses institutions démocratiques, au Président Sleimane et au Premier Ministre Hariri. Profondément attachée à ce pays, la France est l'amie de tous les Libanais. Elle œuvre en faveur de la stabilité d'un Liban divers, où toutes les communautés doivent pouvoir cohabiter dans la tolérance et le respect mutuels. L'action de la communauté internationale au Liban n'a pas d'autre raison d'être que cette stabilité. Et c'est bien tout le sens de la mission de la FINUL au service de la paix et de la souveraineté du Liban, que tous ses voisins doivent respecter.
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