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vendredi 30 juillet 2010

Wikileaks : conserver les informations cachées ?

L'affaire de Wikileaks (publication de documents classifiés sur la guerre en Afghanistan) a fait couler beaucoup d'encre numérique. Je citerais EGEA, Electrosphère, AGS et Actudéfense. Vous pouvez augmenter la liste dans les commentaires.
Je me suis souvenu à cette occasion que j'avais écrit quelques lignes (court mémoire sur la supériorité informationnelle dans les opérations de stabilisation) dans le cadre du master que j'avais suivi en 2007.
La nécessité de conserver l'information peut paraître paradoxale. Il faut tout de même se souvenir qu’historiquement l'information a plus souvent été cachée que mise à disposition de tous. Le secret était la norme en ce qui concerne les données sensibles des États. Le développement des NTIC et l'apparition d'acteurs non étatiques dans les relations internationales remet souvent en cause cette situation. Dans ces conditions, pourquoi garder un secret qui sera rendu public dans peu de temps ?
Cette question peut amener des réponses hétéroclites au niveau de la stratégie de chaque État. Pour les opérations de stabilisation, dont les objectifs stratégiques sont clairement fixés par un mandat, l'exigence de transparence semble plus importante que le principe de secret systématique, pour être efficace : dire ce qu'on va faire et faire ce qu'on a dit.
Cependant, certaines informations ne peuvent être diffusées pour des raisons de sécurité ou de légalité. C'est le cas du nom de certaines victimes ou l'image de personnes capturées. Il est donc possible d'appliquer le principe suivant : toute information, qui n'atteint ni la sécurité, ni le droit, peut être diffusée.
Ce qui atteint la sécurité atteint souvent les hommes (nécessité de protection des sources et des procédés) et reste généralement protégé par le droit. Ainsi, je considère que donner des documents classifiés à un média, c'est tout simplement de la trahison et cela met en danger des hommes. Après, on peut trouver cela très bien, si l'on n'est pas trop regardant sur les conséquences concrètes qui ne vont pas se faire attendre, dans une indifférence médiatique sûrement presque totale...

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2 commentaires:

  1. En effet, comme je l'ai mentionné dans un des mes articles que tu cites, Wikileaks et les quotidiens partenaires auraient du se donner le temps de masquer l'identité des informateurs désormais menacés... et qui perdront probablement la vie en sourdine.

    Sur un autre plan, je m'interroge : comment un gouvernement - américain notamment - peut-il exiger ce secret sur ses activités militaires et sécuritaires(à juste titre) d'une part, et dévorer la confidentialité de ses citoyens en se donnant quasiment tous les droits pour accéder en toute aisance à tous les pans de leurs vies électroniques.

    Cf ce lien dans le Monde : http://www.lemonde.fr/technologies/article/2010/07/29/le-fbi-veut-un-acces-plus-simple-aux-communications-electroniques_1393643_651865.html

    Je sais : cela peut sembler déplacé ou hors-sujet, mais n'y a-t-il pas là un "double standard" comme disent les Ricains ?

    Cordialement

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  2. Pour ton premier point, nous sommes d'accord. Wikileaks me semble avoir balancé tous ces documents sans les lire et en mesurer les conséquences qui seront dramatiques.
    Pour le gouvernement américain et plus largement tous les gouvernements, ils doivent trouver un équilibre entre liberté d'expression et sécurité (la première liberté qui justifie l'Etat). Il y a souvent des contradictions à ce sujet, notamment dans les régimes démocratiques. L'Etat reste le Leviathan d'Hobbes avant d'être l'Etat providence bienveillant. C'est une réponse partielle, qui mériterait d'être étoffée.
    Ceci étant les Etats-Unis ont failli (par l'intermédiaire de quelques uns de leurs ressortissants) dans la protection de leur données, eux qui se posent en exemple de ce côté là auprès de leurs alliés...
    Cordialement

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