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mardi 6 avril 2010

Mission Lang en Corée du nord (suite)

L'audition de M. Jack Lang, envoyé spécial du Président de la République pour la Corée du Nord mérite d'être lue, sur le site de l'Assemblée nationale.
M. le président Guy Teissier. Nous allons parler d’un pays secret, dans lequel peu de gens peuvent se rendre. Il me tarde d’entendre notre collègue Jack Lang, envoyé spécial du Président de la République pour la Corée du Nord, tant ce pays est hermétique. On y menace de fusiller le ministre des finances, on y tire sur les bateaux louvoyant près des côtes, on y mitraille les touristes s’attardant à regarder à partir de l’autre côté de la ligne de démarcation.
M. Jack Lang. Je vous remercie pour cette invitation. Vous risquez d’être déçu car je ne serai pas en mesure de satisfaire votre attente. Il eût fallu que je restasse sur place assez longtemps pour collecter des informations de première main, échappant à la censure ou à la déformation du régime. La mission que le Président de la République m’avait confiée ne consistait au demeurant pas à enquêter sur la Corée du Nord. Son objet était beaucoup plus modeste.
La France est le seul pays de l’Union européenne, à l’exception de l’Estonie, à ne pas reconnaître l’État nord-coréen. Cette particularité est le fruit de malentendus avec nos partenaires. Lors d’un sommet Europe-Asie en 2002, nos voisins, notamment l’Allemagne et le Royaume-Uni, ont reconnu unilatéralement la Corée du Nord, alors qu’il était prévu que l’ensemble des États membres de l’Union européenne, présidée à l’époque par la France, le fasse dans le cadre d’une démarche commune. Le Président de la République, Jacques Chirac, avait pris cela comme une mauvaise manière, ce que l’on peut comprendre. La situation résulte donc pour partie d’éléments circonstanciels.
Quoi que l’on pense de ce régime et de ce système, notre tradition diplomatique consiste à reconnaître non pas les gouvernements mais les États, dès lors qu’ils exercent des pouvoirs effectifs sur un territoire donné. Cela évite d’engager des débats plus ou moins politiques, plus ou moins subjectifs, sur la nature des gouvernements. C’est dans cet esprit que le général de Gaulle puis le président Nixon reconnurent la Chine de Mao.
Alors pourquoi la France s’est-elle entêtée à ne pas reconnaître la Corée du Nord ? Après 2002, la situation s’est détériorée sur le plan militaire et nucléaire. Il devenait dès lors difficile de prendre une décision isolée, susceptible d’apparaître comme décalée. La France aurait donné le sentiment de se dissocier des pays avec lesquels elle est alliée pour tenter d’obtenir que la Corée du Nord renonce à l’arme atomique ou, pour le moins, à sa prolifération. Aujourd’hui encore, nous nous trouvons dans cette situation.
Le Président de la République souhaitait y voir plus clair, pour déterminer si, malgré cet obstacle, nous pourrions ouvrir une perspective et éventuellement tenter de jouer un rôle, même modeste, dans cette partie du monde. C’est pourquoi il m’a demandé d’accomplir cette mission, à la tête d’une délégation composée en particulier de M. Thierry Viteau, directeur adjoint d’Asie et d’Océanie au ministère des affaires étrangères, et de M. Bertrand Lortholary, conseiller technique de l’Élysée chargé de l’Asie et de l’Océanie.
Pour engager le dialogue de façon transparente et loyale, j’ai pris la précaution, avant d’aller à Pyongyang, de rendre visite au ministre des affaires étrangères japonais, au président et au ministre des affaires étrangères de la République de Corée, au ministre des affaires étrangères russe, au numéro deux du département d’État américain ainsi qu’à de nombreux dirigeants de la diplomatie chinoise. Pour mieux comprendre la situation, j’ai aussi rencontré des experts, des militaires, des responsables d’associations humanitaires et des spécialistes.
Autre billet sur la mission Lang.

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