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mardi 27 avril 2010

Carnets d'Ivoire : entre opérations et réflexions

J’avais en décembre 2009 salué la sortie de Carnets de d’Ivoire de François-Régis Jaminet. Ayant un peu plus de temps, j’ai décidé de le commenter. De manière générale, j’aime les carnets de guerre, de campagne ou d’opérations, d’Orages d’acier à Journal de Kaboul. En effet, les descriptions générales se mêlent aux pensées profondes et aux réflexions sur les petits détails de la vie. Le carnet reflète à la fois une époque que l’on sent bien souvent révolue mais qui ne cesse de rappeler que le passé et le présent sont rarement séparés. J’évoque en quelques lignes ces carnets, tout en ne révélant pas l’ensemble du livre qui mérite d’être lu, pour les faits et les analyses, et relu, pour les réflexions.

L’ouvrage débute par une préface du général Bentégeat, chef d’état-major des armées françaises à l’époque du récit. Il souligne l’importance de ce livre-témoignage pour la formation des officiers et la compréhension future de la crise ivoirienne. Le premier chapitre retrace quelques réflexions sur le début de carrière de l’auteur, depuis son passage à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr. C’est le passage de la Guerre froide à la Guerre au sein des populations qui est décrit. C’est un peu emblématique d’une jeune génération d’officiers supérieurs entrés dans l’armée au début des années 1990. Ensuite l’auteur entre dans le vif du sujet, du début de la crise ivoirienne au déploiement de son unité, en 2004. « L’amour » de la Côte d’ivoire, et plus largement de l’Afrique, suinte au long du texte. Les relations complexes avec la population, les bruits, les paysages, etc. ponctuent le récit. Les erreurs commises sont analysées. Les enseignements positifs aussi. Le recul du temps (parution 5 ans après) n’éclipse en rien le recul difficile de l’instant. Recul de l’instant qui a permis d’éviter de nombreux drames, j’en suis convaincu.

Trois évènements majeurs sont décrits avec précision et clarté. Une rare clarté sur ces actions que l’on ne retrouve pas toujours dans d’autres écrits d’opérations. Ces trois évènements ont lieu du 6 et 10 novembre 2004. Le premier est le bombardement perfide des forces françaises stationnées à Bouaké : 9 morts et 39 blessés. Le second est l’engagement, non voulu, des blindés du RICM dans la rue de la présidence ivoirienne. Une erreur de navigation arrive dans tous les contextes. Ce qui aurait pu être pris comme une pression militaire sur l’appareil politique ivoirien se règle par une intelligence de situation des deux parties. Le dernier évènement se déroule à l’hôtel Ivoire. Une situation d’exception, sans aucun doute. Un hôtel, quatre zones, des appels aux exactions contre les étrangers : civils ivoiriens massés à l’extérieur (Ndr l’arme de la foule), ressortissants civils de nombreux pays à l’intérieur, zone commerciale de l’hôtel (toujours en activité), les chambres (quelques dizaines de minutes de repos). Beaucoup ont parlé de l’hôtel Ivoire. Cette fois, vous avez l’occasion d’entrer, sans haine et avec respect de l’adversaire, dans le camp des soldats français.

Je n’entrerai pas plus dans les détails de cet ouvrage dont je conseille vivement la lecture. Il perdrait de son intérêt ; ce n’est pas le but de ce billet. Avec un peu plus de cents pages de lecture, vous gagnerez des heures de réflexions. Rien n’est simple en opérations. Avant de finir, j’évoque l’hommage soutenu que l’auteur rend, au fil des lignes, à ses marsouins, et plus largement aux soldats français engagés en opérations.

Voilà une belle démonstration.

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