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dimanche 31 janvier 2010

Planifier la guerre aérienne selon Warden

La campagne aérienne, publication en vue du combat par John Warden III, est un ouvrage peu lu en France mais qui mérite d’être lu. L’auteur John Warden III est colonel en retraite de l’US Air Force. Né le 21 décembre 1943, il a écrit cet ouvrage alors qu’il était encore en activité.
Ce livre est très connu pour sa théorie des 5 cercles. Il est certes daté mais il ne faut pas pour autant tout rejeter en bloc. Cet ouvrage, simple et clair de lecture, permet de comprendre les grandes lignes de la stratégie aérienne et de sa déclinaison au niveau opératif. Ce livre ne se place résolument pas au niveau technico-tactique. Il s’appuie sur les exemples des guerres de Corée, du Vietnam et de la seconde guerre mondiale.
Le premier chapitre traite de la supériorité aérienne qui selon l’auteur fait la différence entre la victoire et la défaite. Il propose 5 cas de guerre sous l’angle de la guerre aérienne et 4 variables de la supériorité aérienne.
Cas de guerre :
  • Capacité et volonté d’attaquer les bases aériennes adverses pour les 2 adversaires
  • Capacité et volonté d’attaquer les bases aériennes adverses pour un adversaire et seulement la capacité d’attaquer la ligne de front pour l’autre
  • Un des belligérants est vulnérable aux attaques de l’autre mais n’est pas en mesure de l’atteindre
  • Aucun des protagonistes ne peut agir sur les arrières de l’ennemi
  • Pas d’utilisation de l’aviation de combat
Dans les chapitres suivants, il revient abondamment sur les notions d’offensive et de défensive aérienne. Il vient ensuite sur la notion d’interdiction : dans la profondeur, intermédiaire, rapprochée.
Si le commandement est certain que l’issue d’une guerre se décidera avant qu’un quelconque effet d’une action donnée se manifeste, alors il est inopportun de gaspiller des ressources dans cette entreprise. (À propos de l’interdiction dans la profondeur).
L’appui aérien rapproché (action dans la limite de portée d’artillerie des forces terrestres pour différencier par rapport aux interdictions) est ensuite abordé. Selon l’auteur, il est utile soit comme réserve, soit comme effet « coup de butoir ».
Le chapitre sur les réserves aériennes est très intéressant car ce concept est parfois controversé. Les réserves augmentent les facteurs d’incertitude. L’auteur est convaincant dans ses exemples et, notamment, celui de la Bataille d’Angleterre. Les anglais ont conservé des réserves stratégiques et opératives au plus fort de la bataille d’Angleterre, malgré l’étendue des destructions militaires et civiles. Une concentration opportune des réserves a permis de faire céder la Luftwaffe.
L’ouvrage se termine par des considérations permettant de combiner les actions aériennes. Il aborde la problématique des frappes contre le centre de gravité de l’ennemi.
Warden développe 5 principes sur la conduite de la guerre :
  • L’ennemi résiste jusqu’à ce qu’il considère que toute poursuite de la lutte serait futile
  • Le degré de souffrance qu’un Etat est prêt à endurer est proportionnel à ce qu’il risque de perdre
  • « Il n’y a pas de laides amours ». Ex : l’Indochine : un joyau pour le Vietminh et une jungle humide pour les américains
  • Le camp qui possède le plus d’intérêt dans le conflit détermine son intensité
  • Les objectifs militaires de la campagne doivent être liés aux buts politiques en considérant le point de vue de l’ennemi, non le sien propre
La théorie développée par Warden est intéressante mais elle est trop rigide dans la description du système ennemi (5 cercles / Direction au centre puis fonctions organiques essentielles, infrastructures, population, forces déployées). Les principes me semblent bons mais certains détails, trop peu évolutifs, sclérosent la pensée. La vision de la guerre (aérienne) par Warden reste fondée sur la guerre interétatique et l’affrontement entre blocs d’alliance.
Des passages pleins de bon sens et brillants font tout de même de ce livre une référence.
Pour terminer, je citerai :
  • Si le monde était prédictible, la guerre en serait bannie. Les belligérants en connaissant l’issue, grâce à l’analyse mathématique, signeraient les termes de l’armistice avant même que les premières balles ne soit tirées.
  • La composante terrestre doit être dominante si le temps est une donnée essentielle du conflit et s’il est acquis qu’une action terrestre permet d’atteindre le but politique de la guerre sensiblement plus vite qu’une action aérienne
  • L’aviation doit être la composante dominante lorsque les forces terrestres ou navales ne sont pas en mesure d’atteindre les objectifs, soit en raison d’effectifs insuffisants, soit en raison d’une incapacité à toucher le centre de gravité militaire de l’ennemi. […] Enfin, il peut être judicieux de retenir l’aviation comme composante dominante dans un éventail plus large de circonstances, dès lors que le temps ne constitue pas une contrainte significative.
Publié également sur Lignes stratégiques.
Crédits images : US Air force

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