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samedi 16 janvier 2010

Haïti : tremblement de terre ou destruction systémique ?

Les forces armées américaines s'impliquent, comme d'autres, à une très grande échelle dans la crise (destruction?) systémique haïtienne : un millier d'hommes déjà déployés (15/01), un navire hôpital (arrivée le 21/01), un pont aérien en cours de mise en place par l'Air Force, etc. D'autres pays comme la France font des efforts importants ; je laisse d'autres blogs plus spécialisés, l'évoquer mieux que moi.
USAID
Je parle bien des conséquences du tremblement de terre qui vient de frapper très durement ce pays exsangue et pauvre (PIB/ha de 660 dollars par an!). Le bilan initial pourrait être terrible 50 000 à 200 000 morts (40% son statistiquement des moins de 14 ans!) et 250 000 blessés, selon les sources. Le bilan à long terme pourrait être encore plus terrible en raison de la destruction du peu d'administration nationale qui restait dans le pays. Pour l'instant, il y aurait 1,5 million de sans-abris sur une population de 10 000 000 de personnes. Port-au-Prince qui a été "rasée" regroupe 4 millions de personnes dans sa conurbation. Il va falloir nourrir ces gens et les reloger correctement. Passé le temps de l'urgence, pour retrouver des rescapés et soigner (pratiques de médecine de guerre) les blessés, il faudra reconstruire dans un environnement non sécurisé. Comment faire mieux, après la dévastation, qu'avant ? Un impératif : éviter le chaos. Il n'y a pas de solutions "miracle" mais certaines pistes pourraient être explorées. La mise sous tutelle de l'ONU de ce pays, pour quelques années, pourrait permettre à ce pays de sortir de sa situation actuelle. Les outils existent en terme de droit et d'administration : le Conseil de tutelle, initialement prévu pour la décolonisation.
ONU (archives)
Une autre question se pose : sommes-nous capable, chez nous, individuellement et collectivement de faire face à une catastrophe qui tuerait en quelques minutes 1% de la population (600 000 à l'échelle de la France) et en déplacerait 10% (6 millions à l'échelle de la France). La réaction initiale en cas de catastrophe et la résilience de la population, c'est une affaire de plans, d'adaptation, de citoyenneté, d'effectifs nombreux et d'entraînement.
Il me semble qu'il faut conclure ce billet en pensant aux familles des 42 000 Haïtiens de France (dont la moitié vit dans les départements français d'Amérique) et à tous les survivants qui ont perdu des proches, le peu de richesse que souvent la vie leur avait laissé et l'espoir d'un avenir pour eux et leurs enfants.
Pour aller plus loin et mettre en perspective : Haïti n'existe pas : 1804-2004 : deux cents ans de solitude
Présentation de l'éditeur
Haïti, la "Perle des Antilles", fut le premier et seul Etat à naître d'une révolte des esclaves. Malgré l'armada envoyée par Napoléon Bonaparte, l'ancienne colonie française devient indépendante en 1804. Hier, première république noire du monde. Premier État indépendant d'Amérique latine et des Caraïbes. Aujourd'hui, zone grise, pauvre et corrompue. Inquiétante. En 2004, le bicentenaire de l'indépendance est célébré dans le sang. Lutte fratricide entre un libérateur devenu despote, des bandes armées... et un peuple à bout de souffle. Les anciens colonisateurs, français et américains, chassent le Président et "rétablissent l'ordre". Etonnant clin d'œil de l'histoire : Haïti a-t-elle jamais existé? Paru en 2004, Haïti n'existe pas est une synthèse unique sur Haïti. Le livre est devenu un classique! Une mise à jour s'imposait.
Haïti : la communauté internationale était-elle préparée ? sur Gestion des risques et crises

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5 commentaires:

  1. En effet, cet événement impose des solutions fortes de la part de la communauté internationale pour qu'Haiti retrouve une existence et redevienne la "Perle des Antilles". Cela prendra du temps. Merci pour ce billet prospectif sur l'action internationale. Je te signale le mien, qui, est plus rétrospectif : Haiti : la communauté internationale était-elle préparée ? (http://gestiondesrisquesetcrises.blogspot.com/)

    Bon W-E

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  2. Citoyen du monde bonjour,

    Je suis sous off sapeur pompier volontaire, professionnel en sécurité des personnes et des biens, spécialiste par passion en « bastringue » militaire !

    L’aspect secours et intervention d’urgence est un vaste sujet, une catastrophe identique en France, il nous faudrait mobiliser l’ensemble des moyens de secours Européen, avec l’espoir de sauver les blessés pas trop gravement et les personnes fragiles ou fragilisées.

    Les Unités de la sécurité civil, représente 1 500 sapeurs organisé en 3 groupements :
    USC 7 Brignoles (risques catastrophe) – USC 1 Nogent-le-Rotrou (NRBC) USC 5 Cortè (feux de forêt) , il était prévu d’avoir une USC par zone de défense, mais voilà budget oblige.
    De plus l’USC 1 est une succursale de la BSPP et l’USC 5 un détachement de l’USC 5.

    La sécurité civile en homme et femme :
    200 000 sapeurs pompiers volontaires
    35 000 sapeurs pompiers professionnels
    8 000 sapeurs pompiers de Paris militaire du génie
    1 700 marins pompiers de Marseille militaire delà marine
    1 500 sapeurs des 3 USC réserve militaire mise à disposition défense civile
    Et bien tout ce petit monde est juste suffisant pour le secours au quotidien d’un pays de 65 Millions d’habitants, une petite catastrophe et 2 000 victimes cela sera très difficile à gérer (manque de lit d'hôpital)

    Intervention d’urgence :
    Avec des plans et des réserves disponibles, cela n’est pas simple, alors sans plan et avec des groupements improvisé et international, pour une ville de 4 millions d’habitants, le processus système D sera activé.
    1/ évacuer les personnes non indispensable.
    1/ former des colonnes de pénétration depuis la République Dominicaine, la cote et les ports, et les aéroports.
    1/ construire des bases supports sécurisé inter-service avec autorité unique pour les victimes (centre médicaux et soins intensifs, logistique, centre de repos pour les équipes de secours)
    1/ construire des centres d’hébergements sécurisés pour les sans abris, avec dispensaire, école,orphelinat, culte, resto collectif, sanitaire collectif. (Idéalement vu la situation du pays il gagnerait du temps à les évacuer ? en masse genre chaque pays prend un lot en proportion de son PIB)
    1/ Chaque colonnes ou groupements de secours doit être autonome et interdicipline sous l'autorité d'un chef – équipes reconnaissance, équipes secours direct, équipes médical conditionnement des blessés, morgues, équipes ravitaillement des sans abris, équipes d'hygiène-douche, équipes sécurité...........
    L’ONU doit prendre cette catastrophe comme un avant gout des problèmes causés par le réchauffement climatique (même si ici cela n’a rien à voir)

    L’Europe et les secours
    L’Europe n’arrive pas à faire l’Europe de la défense, arrivera t’elle à faire l’Europe des secours ? Au minimum une unité de la taille d’une brigade devrait être préparée à intervenir dans le monde avec le groupe de transport Européen de A400M (zzzzzz)
    Pourquoi la force de Gendarmerie Européenne n’est pas sollicitée ?
    Pas glop !
    Skcnireud

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  3. Je fais le même constat que vous et pour les conclusions, je ne suis pas un pro de ce domaine. L'Europe se croit-elle à l'abri des risques de grande ampleur ?
    Merci de votre commentaire.

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  4. Bonjour à tous,

    au sujet des risques sur l'Europe, sans aller loin d'Haïti, les Antilles, notamment les Antilles françaises, sont soumises à un risque de séisme majeur. Même si ce n'est pas le même phénomène qu'en Haïti (glissement alors que les Antilles sont concernées plus particulièrement par la subduction), le risque est très important: pas de séisme important depuis plusieurs décennies, donc des contraintes qui s'accumulent et un jour la rupture fatale.
    Les collectivités mènent déjà des actions de préparation (élaboration des plans communaux de sauvegarde, exercices...).
    Il existe également le Plan Séisme Antilles dont l'objectif est de réduire la vulnérabilité de la population, en travaillant de façon concertée avec l'ensemble des acteurs: population, professionnels de la prévention et de la crise, associations, institutions...
    Les actions portent, en très résumé, sur:
    - l'information/sensibilisation de la population
    - la formation des professionnels du bâtiment sur les constructions parasismiques
    - la connaissance des phénomènes locaux
    - le confortement et la reconstruction des bâtiments notamment les écoles, hôpitaux...

    Côté crise, il faut noter l'exercice Richter mené à l'échelle des deux îles en 2007.

    Il y a beaucoup à faire, tant du côté de la prévention que de la préparation à la crise.
    Il n'est pas toujours facile de décloisonner tous ces domaines, malgré l'enjeu.

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  5. Au sujet de la situation catastrophique d'Haïti et sur son devenir, il est important de re-situer cette catastrophe dans le contexte historique de l'île: esclavagisme, ordonnance de Charles X qui a mis Haïti à genoux, interventionnisme américain dans les années 70 entre autres...On ne peut pas déconnecter la situation actuelle de cette histoire. Cela évite les raccourcis fâcheux qu'on a pu entendre dans les médias du style "pays pauvre, donc pas de constructions parasismiques". OK mais pourquoi ? Ça c'est intéressant mais pas de réponse dans les médias...

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