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lundi 18 janvier 2010

Haïti : de l’insécurité sanitaire à la guerre sans ennemi

Billet publié simultanément sur le site de l'AGS

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L’Organisation mondiale de la santé a déjà publié un dossier préliminaire concernant la situation sanitaire en Haïti : Public health risk assessment and interventions, Earthquake: Haiti. L’aspect sanitaire de la crise cache quelque peu l’enjeu sécuritaire actuel dans ce pays qui ressemble maintenant à un pays en guerre. Après avoir exposé les grandes lignes de ce dossier, il convient d’exposer les caractéristiques sécuritaires de cette crise, avec toute l’humilité que requièrent les commentaires sur cette situation d’exception.

L’évaluation de la situation et les recommandations de l‘OMS

Le 12 janvier dernier, peu avant 17h00 (locale,), un tremblement de terre de 7.0 sur l’échelle de Richter a ravagé la région de Port-au-Prince, capitale d’Haïti. Des répliques de 6.0 ont été enregistrées peu après (niveau de celui de l’Aquila en Italie en février 2009). Environ 3,5 millions de personnes vivent dans les zones dans lesquelles les destructions sont les plus graves. Ce tremblement de terre s’ajoute à des années de crises politiques, de catastrophes naturelles (ouragans, tempêtes tropicales, etc.). La plupart des infrastructures sont détruites dans la zone critique : transport, électricité, téléphone, hôpitaux, distribution d’eau, etc. Le personnel chargé de réparer et de faire fonctionner ces services publics (internationaux, nationaux ou privés) sont également victimes de cette catastrophe. Déjà en temps normal, la moitié de la population n’a pas accès à l’eau potable et s’avère en état de malnutrition. Quatre personnes sur cinq n’ont pas les moyens d’avoir des soins corrects.

Par conséquent et comme souvent dans les catastrophes de grande ampleur, la capacité locale à répondre à la crise est presque nulle ou insuffisante. L’aide doit donc venir de l’extérieur de la zone touchée. Malheureusement, des dommages importants ont touché le port de commerce et l’aéroport, ce qui transforme la situation en casse-tête logistique.

Les premières causes d’atteinte à la santé sont les traumas physiques : fractures simples ou multiples, brûlures, etc. En raison de la destruction de moyens chirurgicaux et de produits nécessaires pour opérer, des complications pourraient apparaître parmi les blessés : gangrène et tétanos. Par ailleurs, selon l’OMS, la population sera encore plus vulnérable à l’ensemble des maladies actuellement présentes : hépatite, paludisme, tétanos, grippe, etc. Un point est rappelé par l’OMS, les cadavres dus au tremblement de terre initial ne seraient pas un problème de santé publique, contrairement à ceux des personnes qui vont mourir de maladie ultérieurement.

L’OMS définit dans son rapport les priorités sanitaires :

  • L’accès aux soins médicaux, notamment chirurgicaux et obstétriques

  • Planification de la mise en place d’abris et de camps

  • Approvisionnement suffisant en eau potable

  • Vaccination prioritaires, dont la rougeole

  • Surveillance de l’émergence d’épidémie

  • Appui à la gestion de l’enfance (40% des 1,5 millions de réfugiés auraient moins de 14 ans)

  • Poursuivre des soins pour les maladies chroniques (comme le SIDA)

  • Information de la population

En définitive, il est possible de croire, à la lecture de ce rapport et des informations initialement disponibles dans les médias, que l’urgence de cette crise est d’abord sanitaire. Dès le départ, au-delà de la compassion naturelle, cette crise apparaît pourtant comme un problème logistique et sécuritaire.

map_haiti_earthquake

La gestion de cette catastrophe naturelle ressemble à celle d’une guerre sans ennemi

Mr René Préval, président haïtien, a déclaré le 15 janvier 2010 : « Les dégâts que j’ai pu constater ici sont comparables aux dégâts que l’on aurait pu voir dans un pays qui aurait été bombardé pendant 15 ans. C’est comme dans une guerre ». Le constat pourrait paraître anodin ou convenu mais il ne l’est pas.

Cette crise a effectivement les caractéristiques d’une guerre sans ennemi :

  • Destruction de villes (jusqu’à 90% des habitations)

  • 1,5 millions de réfugiés (les combats au Pakistan au printemps 2009 ont induit un million de réfugiés)

  • 50 à 200 000 morts en quelques heures (équivalent du bilan initial d’Hiroshima)

  • Médecine de guerre avec le tri des blessés (bien trop de personnes à traiter par rapport aux moyens)

  • Déploiement d’unités militaires de la 82ème division aéroportée américaine dès les premières heures (à son actif en autres : débarquement en Italie et en Normandie, Vietnam, Irak, Nouvelle-Orléans pour Katrina)

  • Prise en compte de l’aéroport de Port-au-Prince par l’US Air Force

  • Evacuation de ressortissants par moyens militaires

  • Envoi de navires militaires d’aide (porte-avions USS Carl Vinson, logistique, hôpital, etc.)

  • Concurrence apparente, au plan politique, entre les nations contributrices d’aide

La militarisation de la réponse initiale de crise semble une bonne chose, malgré les réticences idéologiques de certains, car :

  • Les forces armées américaines, de certains pays européens et de quelques autres grandes nations militaires savent intervenir en situation très dégradée

  • Elles disposent des moyens logistiques pour amener des vivres et des matériels de première nécessité dans des zones inaccessibles et de fournir des soins d’urgence

  • Leurs moyens de génie, de renseignement (images satellites, aéronefs, etc.) et de télécommunications permettent de réduire les effets des destructions sur les infrastructures critiques

  • Les unités militaires peuvent maintenir le minimum de sécurité nécessaire aux organisations internationales ou non gouvernementales pour agir

  • Les ONG, l’ONU et les services de l’Etat haïtien ont été touchés fortement par le tremblement de terre

Une militarisation de la réponse à cette crise ne semble pas une bonne solution à plus long terme. Si elle est sans doute la plus efficace lors de l’intervention initiale, la force militaire devrait reprendre sa place dans la phase ultérieure de reconstruction. La mise en place d’une approche globale (comprehensiveapproach), associant tous les acteurs sous l’égide d’un leader, comme l’ONU ou l’Etat haïtien, est la seule méthode qui peut permettre de coordonner l’action internationale à très grande échelle et dans la durée. Ce qui est clair, c’est que rien ne se fera sans un (r)établissement préalable de la sécurité. Espérons que cela ira aussi vite que possible pour cette population en état de survie.

Sources :

  1. Haiti: Earthquakes - Jan 2010 (cartographie du séisme haïtien)
  2. Public health risk assessment and interventions, Earthquake: Haiti (OMS)
  3. Crédits photos : US GOV sauf la dernière (Ministère de la défense)

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