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- grandes manœuvres iraniennes
mardi 30 juin 2009
L'Iran montre sa force militaire
Une nouvelle campagne pour la défense
lundi 29 juin 2009
Un nouveau blog à signaler
dimanche 28 juin 2009
Coup d'Etat au Honduras
Le président du Honduras Manuel Zelaya a été arrêté le 28 juin, peu avant l'aube, par des militaires qui l'ont conduit sur une base de l'armée de l'air à la périphérie de la capitale Tegucigalpa. Elu en novembre 2005 pour quatre ans, le président Zelaya avait décidé de maintenir aujourd'hui un référendum, organisé malgré l'opposition de l'armée, du Congrès et de la Cour Suprême, qui l'a déclaré illégal. La population devait se prononcer sur une éventuelle révision de la Constitution, afin de permettre au président de briguer un nouveau mandat, en novembre. Il serait en exil au Costa Rica voire au Venezuela.
Le président vénézuélien Hugo Chavez et l'ancien leader cubain Fidel Castro lui ont exprimé leur soutien. Hugo chavez a qualifié cette action de "coup d'Etat troglodyte" et "d'outrage contre le peuple du Honduras et l'Amérique latine." Il a ajouté qu'il ferait tout son possible pour annuler le coup d'Etat et a mobilisé son armée.
Mme Hillary Clinton, Secrétaire d'État des États-Unis, a déclaré que l'action militaire contre Zelaya violait les préceptes de la démocratie et devait être condamné par tous". Le président des Etats-Unis, Barack Obama, s'est déclaré "profondément préoccupé" par la situation et a demandé "le respect des normes démocratiques, la primauté du droit et les fondements de la Charte démocratique interaméricaine ".
Le secrétaire général de l'Organisation des États américains (OEA) José Miguel Insulza, qui a convoqué une réunion d'urgence de son Conseil permanent pour débattre de la crise, a également condamné le coup d'état.
Ce coup d'Etat fait désordre dans une amérique latine qui semblait avoir vaincu certains de ses vieux démons. Force est de constater qu'il s'agit du premier coup d'état réussi dans cette région depuis la fin de la Guerre froide. Ce dérapage pourrait dégénérer en conflit interétatique (peu probable mais possible) si personne n'y prend garde.
Sans préjuger des évolutions, ceci pourrait constituer un bon nouveau chapitre dans Coup d'Etat, mode d'emploi d'Edward Luttwak.
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Bonaparte et opérations d'information
"De la part de la nation française, fondée sur la liberté et l'égalité, Bonaparte, le grand général et le chef de l'armée française, fait savoir à tous les habitants de l'Egypte que depuis trop longtemps les sandjaks qui gouvernent le pays insultent à la nation française et couvrent ses négociants de toutes sortes d'avanies; l'heure de leur châtiment est arrivée.
Mais Dieu, maître de l'univers et Tout-puissant, a ordonné que leur empire finît. Peuple de l'Egypte, on vous a dit que je ne suis venu ici que pour détruire votre religion; cela est mensonge; ne le croyez pas; dites à ces diffamateurs que je ne suis venu chez vous que pour arracher vos droits des mains des tyrans et vous les restituer, et que, plus que les mamelouks, j'adore Dieu et respecte Son Prophète et le Coran.
Dites-leur aussi que tous les hommes sont égaux devant Dieu: la sagesse, les vertus et les talents mettent seuls de la différence entre eux. Or, entre les mamelouks, la sagesse et les vertus, il y a une grande distance; qu'est-ce donc qui les distingue des autres pour s'approprier l'Egypte et avoir exclusivement tout ce qui se trouve de mieux parmi les belles esclaves, les beaux chevaux, les maisons somptueuses?
Si la terre d'Egypte est une ferme des mamelouks, qu'ils nous montrent le bail que Dieu leur en a fait. Mais le Maître de l'univers est clément, juste et miséricordieux, et avec Son aide puissante, tous les Egyptiens pourront occuper les plus hautes positions et obtenir les grades les plus élevés. Les plus sages, les plus instruits, les plus vertueux gouverneront et le peuple sera heureux.
Il y avait jadis en Egypte de grandes villes, de larges canaux, un grand commerce. Qui a tout détruit si ce n'est la tyrannie et l'avidité des mamelouks?
Cheikhs, cadis, imams, chorbadjis et notable de la nation, dites au peuple que les Français sont aussi de vrais musulmans. La preuve en est qu'ils sont allés à Rome et ont renversé le gouvernement du pape, qui poussait toujours les chrétiens à faire la guerre aux musulmans.
Ils ont ensuite été à Malte et ont détruit les chevaliers qui prétendaient que Dieu leur ordonnait de faire la guerre aux musulmans.
De tout temps, les Français sont les vrais amis du sultan ottoman (que Dieu éternise son empire!) et les ennemis de ses ennemis.
Les mamelouks au contraire ne sont point soumis au Sultan et se sont révoltés contre son autorité. ils ne suivent que leurs caprices.
Heureux! heureux ceux des habitants de l'Egypte qui se joindront à nous sans retard. Il prospéreront dans leur fortune et leur rang. Heureux encore ceux qui resteront dans leur maisons et seront neutres. Ceux-ci, quand ils nous connaîtront, s'empresseront de s'unir à nous de tout cœur.
Mais malheur! malheur à ceux qui s'armeront pour les mamelouks et combattront contre nous ! Il n'y aura pas de porte de salut pour eux, ils périront et leurs traces disparaîtront.
Article 1er
Tout village situé à trois heures de distance des lieux du passage de l'armée française doit envoyer au général une délégation pour l'informer que les habitants se sont soumis et ont arboré le drapeau français bleu, blanc et rouge.
Article 2
Tout village qui se révoltera sera brûlé.
Article 3
Tout village qui se soumettra à l'armée française devra également arborer le drapeau du sultan ottoman (que Dieu éternise sa vie).
Article 4
Les cheiks de tous les villages doivent apposer les scellés sur tous les biens de mamelouks et veiller à ce que rien n'en soit perdu.
Article 5
Les cheiks, les ulémas, les cadis, les imams conserveront leurs fonctions; chaque habitant restera tranquille chez lui, et les prières continueront dans les mosquées comme à l'ordinaire. Tous les Egyptiens remercieront Dieu de la destruction des mamelouks en criant : Gloire au Sultan ottoman, gloire à l'armée française ! Malédiction aux mamelouks et bonheur au peuple de l'Egypte !
Fait au quartier général à Alexandrie le 13 messidor (6 avril 1798) an VI de la République française, ou fin Moharran, an 1213 de l'Hégire.
Signé Bonaparte.
samedi 27 juin 2009
Culture et soft power : l'approche française
- clarifier le pilotage stratégique de l’agence, tant au niveau politique qu’administratif
- dynamiser la concertation interministérielle et consulter l’ensemble de nos partenaires
- s’appuyer sur un label unique pour conférer lisibilité et cohérence à notre présence culturelle à l’étranger
- consacrer le rôle de l’ambassadeur dans le contrôle des activités de l’agence sur le terrain
- coordonner autant que faire se peut les activités de l’agence et celles du réseau des Alliances françaises
Une synthèse complète est disponible, ce qui pourrait ravir le lecteur pressé ou le préparant de l'oral du Collège interarmées de défense (CID) ou de concours de culture générale.
Voir aussi :
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vendredi 26 juin 2009
Un commentaire sur La bombe : l'univers opaque du nucléaire
Afghanistan, un chemin pour la paix (suite)
Un lien vers le rapport "Afghanistan, un chemin pour la paix". Il devrait intéresser les amateurs et les professionnels de stratégie, de géopolitique et de défense. Il est ponctué de propositions plus ou moins concrètes pour améliorer la situation. Il traite donc des objectifs stratégiques de la coalition, du processus d'Afghanisation, de la construction d'un nouvel État, de l'opération "Afghano-française" Dinner out (pas celle de Spygame), des droits de l'homme, des voisins pakistanais, indiens et iraniens, etc.
C'est un résumé complet. Un véritable point de situation qui montre l'intérêt de la représentation nationale pour ce conflit.
Bloggerjeudi 25 juin 2009
Rapport : Afghanistan, un chemin pour la paix
M. Jean Glavany, Rapporteur. Le contexte dans lequel nous avons travaillé depuis 6 mois, lorsque nous a été confiée la présente mission, a profondément évolué. C’est pour cette raison que nous présentons notre rapport avec une grande humilité, car nous sommes devant une situation complexe. L’Afghanistan est un Etat tampon, qui subit les influences de ses voisins, influences qui ne sont pas toutes pacifiques et stabilisatrices. Il constitue un pays multiethnique, ce qui a généré, tout au long de son histoire une instabilité chronique. Nous avons retrouvé des propos qui, tenus à un siècle d’intervalle par Winston Churchill et des officiers soviétiques, conservaient une actualité surprenante. Enfin, la situation politique de ce pays et de son voisin pakistanais évolue très rapidement. Nous avons ainsi conduit nos travaux alors que les Etats-Unis mettaient en œuvre leur nouvelle stratégie à l’égard de l’Afghanistan et du Pakistan. Nous les achevons alors que le résultat des élections présidentielles en Iran risque d’altérer le processus de paix dans la région.
Humilité ne signifie ni résignation, ni renonciation à toute ambition. Notre rapport s’intitule « Afghanistan, un chemin pour la paix », car nous considérons que nous avons un impérieux devoir de prospection pour sortir d’un conflit douloureux pour la population afghane, et important pour la crédibilité de notre engagement politique.
La recherche de la paix nous semble fondamentale car si nous avons constaté une nette inflexion de la situation militaire, il est important que le consensus politique sur la base duquel notre pays s’est engagé en 2001 soit rétabli. En 2001, M. Jacques Chirac, Président de la République et M. Lionel Jospin, Premier ministre, étaient d’accord sur les objectifs de guerre et la nécessité de respecter le pacte atlantique de solidarité avec les Etats-Unis.Ce consensus s’est délité, pour aboutir à une division de la classe politique lors du vote au Parlement en 2008 sur notre présence en Afghanistan. Il nous apparaît primordial de le rétablir, mais cela ne peut être assuré que sur un seul fondement : une perspective de paix.
L’intervention militaire de 2001 a atteint ses objectifs initiaux : renverser les taliban et les empêcher de reprendre le pouvoir. Mais rien n’est réglé. La coalition n’a pas mis assez de moyens pour tenir le terrain, notamment parce que les Etats-Unis faisaient de l’Irak leur priorité, et la nature du conflit – un conflit asymétrique, fait de guérillas et contre guérillas, d’attentats suicide – rend difficile la sécurisation totale du territoire afghan. Néanmoins, la situation militaire évolue favorablement, avec, côté français, des forces qui ont pris la mesure de leur adversaire et qui sont repassées à l’offensive.
Comme la guérilla risque de se poursuivre encore longtemps notre conviction est que ce conflit ne peut être gagné sur le seul plan militaire. Il est indispensable que les forces de la coalition disposent d’un rapport de force militairement favorable pour rechercher une solution politique.
Au plan intérieur, l’année 2009 est dominée par l’élection présidentielle du mois d’août. Outre le Président Karzaï, 44 candidats sont en lice, témoignant ainsi de la vitalité de la vie politique afghane. Mais les conditions de l’élection seront nettement différentes de celles de 2004. L’opposition est plus virulente et la conduite de la campagne électorale sera plus difficile en raison du manque de sécurité dans le pays. Il est impératif que la FIAS permette le bon déroulement du processus électoral. Le récent exemple iranien montre l’importance d’un scrutin sincère et régulier. Dans le cadre de l’Afghanistan, c’est un préalable indispensable au processus de paix.
L’autre problème de politique intérieure concerne la réconciliation nationale, que le Président Karzaï souhaiterait mener à son terme avant l’élection présidentielle pour faire de celle-ci un plébiscite sur le retour à la paix civile. Il n’est pas certains que ses adversaires lui fassent ce cadeau… Il reste que ce processus est indispensable, notamment avec les insurgés, pour rétablir la paix entre les forces politiques et entre les ethnies.
L’objectif de notre présence, en sus de la lutte contre le terrorisme, est de construire l’Etat afghan et d’assurer l’aide à son développement. Il est important de poursuivre la restructuration de l’Etat, qui dispose d’un pouvoir exécutif avec son Président, d’un Parlement qui mène de nombreux débats, et d’une armée nationale en constant progrès. La police, en revanche, doit être mieux soutenue, car elle mène de véritables opérations de guerre alors que ses agents, mal rémunérés, sont sensibles à la corruption.
Le montant de l’aide internationale est loin d’être conforme aux engagements annoncés. L’écart peut aller jusqu’au double… Pour la France, il faut souligner l’efficacité du travail de notre collègue, Pierre Lellouche, Représentant spécial pour l’Afghanistan et le Pakistan, qui a permis à l’aide française de retrouver le niveau auquel notre pays s’était engagé. Mais l’ensemble de l’aide internationale est sujet aux pertes en ligne, car un pays en guerre génère une économie de guerre. Les grandes institutions civiles et militaires sont les premières bénéficiaires des investissements tandis que la population afghane en ressent peu les bénéfices. Par ailleurs, cette aide souffre d’un tel manque de coordination qu’il est actuellement impossible de la mesurer avec exactitude. Ainsi, l’Union européenne n’a toujours pas achevé le Livre bleu sensé retracer toutes les contributions européennes.
Les 25 propositions que nous faisons ont pour objectif de dégager les logiques qui peuvent conduire vers la paix. Elles partent d’une analyse de la situation existante pour s’efforcer d’en dégager les éléments qui favorisent, à tous les niveaux, la recherche d’une solution négociée.

M. Henri Plagnol, Rapporteur. L’approche régionale est indispensable pour sortir de l’imbroglio afghan. Le contexte régional est un élément de la complexité du dossier afghan. Chaque pays y a des ethnies, donc des clans que l’on peut considérer comme ses relais, ou ses vassaux. Ainsi, le Président Karzaï a salué le résultat des dernières élections en Iran car il a besoin des voix des chiites pour sa réélection.
L’Afghanistan est géographiquement au carrefour de plusieurs mondes et civilisations – perse, asiatique, indienne –. Il est aussi entouré de quatre puissances nucléaires, peut-être d’une cinquième prochainement, et sa frontière n’est pas stabilisée avec son voisin pakistanais. La question du Cachemire entre l’Inde et le Pakistan est l’une des raisons de la persistance du conflit en Afghanistan, car le Pakistan préfère aider le mouvement taliban plutôt qu’avoir un régime pro-indien à Kaboul.
Le contexte économique et social est également très trouble, et la crise sociale favorise la montée d’un Islam radical, qui se forge dans des madrasahs (écoles coraniques) qui diffusent un message simpliste.
Pour autant, aucun voisin de l’Afghanistan ne souhaite le retour des taliban. Il est donc possible de parier sur une nouvelle donne régionale en pariant sur l’intérêt de chaque pays limitrophe à un Afghanistan pacifié, qui retrouverait son rôle d’espace de transit commercial. C’est ce processus que la diplomatie française a encouragé au mois de décembre 2008, de même que l’administration américaine du Président Barack Obama, qui, en déclarant rompre avec le concept d’axe du mal, se tient prête à dialoguer avec toutes les puissances d’Asie centrale et du Sud. Ainsi les Etats-Unis souhaitent-ils dialoguer avec l’Iran et contribuer à la stabilisation du Pakistan, sous réserve que plusieurs conditions soient remplies. En tant que Rapporteurs, nous ne pouvons qu’approuver cette stratégie, ne serait-ce que pour convaincre le Pakistan d’abandonner son obsession d’axe de profondeur stratégique lorsqu’il envisage ses rapports avec Kaboul. Le double jeu des services pakistanais, avec un soutien occulte aux taliban, enfants de la guerre froide, n’a en effet jamais cessé. Même si l’armée pakistanaise semble avoir la volonté d’éradiquer le talibanisme au Pakistan, elle ne semble toujours pas vouloir cesser son aide aux insurgés afghans.
La communauté internationale n’a pas d’autre choix que d’aider l’armée pakistanaise à mener un combat difficile qui a le caractère d’une guerre civile, qui provoque une catastrophe humanitaire ayant conduit au déplacement de centaines de milliers de personnes. S’agissant de l’aide, il paraît opportun de ne pas la soumettre à des exigences de conditionnalité si celle-ci a effectivement une destination civile.
L’Union européenne, qui doit améliorer l’efficacité et la visibilité de son aide, comme la France peuvent jouer un rôle dans la stabilisation du Pakistan dans de nombreux domaines : formation, investissements, coopération militaire, sécurisation des installations nucléaires… Il reste que l’apaisement du conflit régional ne se fera pas rapidement, car l’Inde, hostile aux taliban d’un côté, n’est pas prête à la moindre concession sur le Cachemire.
L’Iran, qui a de nombreux intérêts à voir un Afghanistan stable, s’est montré disposé à contribuer au processus de paix, tout en souhaitant à l’évidence un départ de la FIAS.
L’ensemble des efforts diplomatiques des Etats intéressés par un règlement pourrait déboucher sur une conférence régionale parrainée par les Etats-Unis et l’Union européenne, ou par l’ONU, afin de garantir à l’Afghanistan une paix durable, un statut de neutralité et l’engagement de ses voisins à ne pas s’ingérer dans ses affaires. Cette conférence pourrait être préparée par un groupe de contact regroupant les pays frontaliers de l’Afghanistan, plus l’Inde.
M. Jacques Myard. Je remercie les rapporteurs pour leur travail très intéressant. Concernant la première partie du rapport, il me paraît primordial de se demander pour qui et contre qui nous, Occidentaux, nous battons sur place. La reconquête du terrain offre un succès de durée forcément limitée puisque nos troupes n’ont pas vocation à rester. Quant à la nouvelle stratégie développée par l’administration Obama, elle pose la question inquiétante de l’engrenage : porter la guerre au Pakistan et y multiplier les frappes comporte un réel danger de ce point de vue. En définitive, on voit mal comment sortir de la situation par des moyens militaires.
Sur la partie du rapport consacrée au contexte régional, n’oublions pas que le Pakistan a triplé sa population en peu d’années pour parvenir à 180 millions d’habitants. L’Inde compte 1,3 milliard d’habitants. Dès lors, la vision occidentale, qui culmine dans l’attitude de l’OTAN, et qu’incarne également M. Pierre Lellouche, n’est pas tenable : on ne peut prétendre mettre de l’ordre dans un tel contexte, qui dépasse largement les capacités militaires pouvant être déployées sur le terrain. Le risque est fort que, victimes de la dialectique des sectes islamistes, les Occidentaux ne voient se former une coalition contre eux. Je préconiserais donc une proposition supplémentaire pour le rapport : « allons-nous en ! ». Enfin, l’absence des États membres principaux contributeurs de troupes lors du sommet UE-Pakistan du 17 juin dernier à Bruxelles ne doit pas surprendre : ce n’est que l’application des traités…
M. Jean-Michel Boucheron. Je salue le travail clair et juste des rapporteurs. L’enjeu fondamental du moment se situe dans la vallée de Swat car la preuve est faite là-bas qu’il est possible d’inverser le cours des choses, en l’occurrence contre Al-Qaïda et contre les taliban les plus guerriers, affidés au mollah Omar.
Les Rapporteurs ont-ils ressenti, depuis l’élection de Barack Obama, un changement concernant l’opération américaine « Enduring Freedom » menée dans le sud de l’Afghanistan ? Les relations entre cette opération et la force internationale d’assistance à la sécurité, commandée par l’OTAN, ont-elles également évolué depuis l’arrivée de la nouvelle administration américaine ?
M. Loïc Bouvard. Je partage l’avis de mon collègue Jacques Myard sur l’extrême difficulté qu’il y a à pacifier l’Afghanistan. Bien que la bonne tenue des élections présidentielles soit évidemment nécessaire au maintien de la crédibilité de l’OTAN, croyez-vous réellement que celles-ci puissent avoir lieu dans des conditions transparentes et loyales ?
J’ai été surpris de ne pas vous entendre sur le rôle des anciennes Républiques soviétiques d’Asie centrale en Afghanistan. L’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Turkménistan sont voisins de l’Afghanistan et ont sans doute des liens importants avec ce pays.
M. Jean-Michel Ferrand. Je salue le remarquable travail de mes collègues et je souhaiterais savoir comment se financent les taliban : via les wahhabites ? grâce à l’Arabie saoudite ? au moyen du trafic de drogue ? Par ailleurs, quelle intervention de l’Iran peut-on attendre ? Enfin, l’armée afghane a-t-elle, à court ou moyen terme, les moyens de contenir seule les taliban ?
M. Jean-Louis Bianco. Merci pour la clarté du propos et l’audace modeste des propositions. Il est vrai que la paix ne se gagnera pas par la guerre mais l’action des Occidentaux en Afghanistan répond tout de même à une stratégie : le général Petraeus ambitionne de « gagner les cœurs » dans la population. Toutes proportions gardées, nous avons connu l’échec des sections administratives spéciales en Algérie…
Concernant le processus de réconciliation nationale, s’il n’y a pas de taliban modérés et seulement des insurgés, sur quels critères choisir les interlocuteurs d’un tel processus politique ? L’approbation de la Constitution paraît un préalable, mais quelles autres conditions peut-on fixer ?

Enfin, le fait que l’armée nationale afghane soit, comme vous l’avez mentionné, construite sur une base pluriethnique, doit être salué comme il se doit. Au vu de l’histoire de l’Afghanistan, il s’agit même d’un accomplissement miraculeux.
M. Axel Poniatowski, Président. J’adresse également mes félicitations aux Rapporteurs. Les taliban semblent être à la fois des islamistes radicaux, des trafiquants en tout genre, des terroristes…Y a-t-il, derrière le terme de taliban, une grande variété d’intérêts divergents ? Si tel était le cas, comment peut-on faire la paix avec ce mouvement ?
Enfin, serait-il possible qu’émerge, au sein des communautés pachtounes afghane et pakistanaise, une revendication visant à l’édification d’un Etat pachtoune, parfois désigné par le terme de « Pachtounistan » ?
M. Jean Glavany, Rapporteur. Les taliban comprennent plusieurs cercles. Le « noyau dur » est constitué de la mouvance appartenant à Al-Qaïda et rassemble quelques centaines de personnes au maximum, installées à cheval sur la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan. On les dénomme aussi parfois « les Arabes », car ils viennent des pays arabes. Le deuxième cercle regroupe des groupes taliban de caractère tribal. Divers, ils poursuivent des objectifs tout aussi divers, mais peuvent se coaliser contre l’Occident. Le troisième cercle est celui des « unhappy brothers », c’est-à-dire des mercenaires prêts à prendre les armes contre quelques dollars, ou à cultiver le pavot parce que cette activité est plus lucrative que l’agriculture irriguée. Quant à savoir qui les finance, les trois sources citées par M. Ferrand y contribuent. On peut mutatis mutandis comparer cette situation à celle des FARC, les Forces armées révolutionnaires de Colombie, qui mêlent revendications politiques et activités de narcotrafic. Ce « troisième cercle » représente une mouvance de la population que les experts des services de renseignements, comme les diplomates et les militaires, nous incitent à regarder comme des insurgés bien plutôt que des taliban.
Nous n’avons pas entendu, au cours de nos déplacements et auditions, de revendication tendant à former un Pachtounistan. Nous avons en revanche posé la question au Président Karzaï, qui nous a répondu que cette aspiration existait mais qu’elle n’était pas envisageable spontanément… à moins que le Pakistan ne continue à se désagréger jusqu’à un point tel que cette éventualité devienne plausible.
Jacques Myard pose la bonne question : pour qui et contre qui se bat-on ? Ce qui était clair au début tend à se brouiller. Néanmoins, il est patent que la lutte contre les taliban au pouvoir à Kaboul et contre Al-Qaïda a été un double succès, même si les coups portés n’ont pas été suffisamment décisifs. Aujourd’hui, devant le risque d’enlisement, affrontés à des intérêts divergents, aux prises avec une frontière très poreuse, les Occidentaux se trouvent dans une situation de plus en plus difficile. Il est vrai que l’anti-occidentalisme existe, au Pakistan peut-être plus que partout ailleurs, en raison des frappes aériennes aveugles. Et pourtant, on sait que dans d’autres circonstances des frappes précisément guidées ont permis d’atteindre efficacement certains chefs terroristes.
Le discours de Barack Obama est important car nous devons des explications aux opinions publiques. Il faut proclamer que nous n’avons pas vocation à maintenir une présence qui serait celle de troupes d’occupation. Certes, plus vite ces troupes seront retirées et mieux cela vaudra. Il ne s’agit pas d’une croisade contre l’islam, dont je rappelle qu’il est la deuxième religion de France, République laïque qui protège son libre exercice. Il s’agit d’une lutte contre des forces terroristes dont l’Afghanistan et le Pakistan ne doit pas devenir un sanctuaire. Il serait parfaitement irresponsable pour quelque gouvernement que ce soit de se retirer du jour au lendemain ; pour autant, c’est bien à la perspective d’un retrait qu’il faut travailler.
Sur les élections, nous avons dit ce que nous en pensons. Ce ne sera pas un processus parfait ni une consultation parfaitement libre et loyale ; ce sera plus contraint, pour des raisons de sécurité évidente. Néanmoins, des éléments positifs sont à souligner, qui semblent montrer une attente de la part de la population : par exemple, dans le cadre de la nouvelle stratégie du général Petraeus, de recherche de la confiance des populations, de contact avec les chefs de village, les militaires français travaillent à la reconstruction, développent des relations avec les populations, les incitent à aller voter et les gens leur montrent leurs cartes d’électeurs avec enthousiasme. Encore une fois, ce ne sera pas un processus parfaitement rigoureux au sens des démocraties sophistiquées, mais il doit en tout cas y avoir un effort important de la communauté internationale et du pays lui-même pour surveiller les opérations car beaucoup de choses fondamentales pour la poursuite du processus de paix en découleront.
M. Henri Plagnol. Il est difficile de garantir que la campagne électorale soit équilibrée, mais il est possible de garantir la sincérité du vote ; il faut notamment souligner que la Fondation afghane a réalisé un travail considérable de formation de milliers d’observateurs qui seront répartis dans tout le pays pour observer le déroulement des opérations électorales. Il y a une société civile à soutenir.
Quant à l’Asie centrale, nous avons fait une escale à Douchanbe, brève mais instructive. Ces petits Etats jouent à la fois un double jeu et un rôle important. La corruption y est importante, au moins aussi forte qu’en Afghanistan ; il est par ailleurs clair que rien ne s’y décide sans le feu vert russe. La frontière reste une véritable passoire pour les contrebandes de drogues et d’armes, malgré tous les efforts de la communauté internationale, et l’approche régionale, bien évidemment indispensable, ne se fera pas sans les Russes, notamment en ce qui concerne les questions douanières et la sécurisation des frontières.
La nomination du nouveau patron de la FIAS est un signe de la part de l’administration Obama de l’évolution de l’approche vers un commandement intégré, qui se dessinait déjà à la fin de l’ère Bush. Il faut éviter les frappes aveugles des drones qui suscite des réactions dans la population. Je suis d’accord avec Jacques Myard : Le scénario cauchemar est celui où le Pakistan échapperait à tout contrôle, mais une intervention directe est exclue ; il faut réussir à éviter l’engrenage et repartir la tête haute, tout en restant entre temps lucide sur les difficultés de la tâche. C’est le sens du rapport. L’hostilité est vive au Pakistan où le moindre prétexte est mis à profit pour raviver les accusations d’ingérence dans les affaires intérieures : c’est le dilemme auquel Obama et l’Occident sont confrontés, chaque fois qu’ils demandent quelque chose, cela déchaîne l’hostilité de la presse talibane très puissante. Il faut à la fois les aider sans trop assortir d’exigences.
Pour répondre à Jean-Michel Ferrand, ce sont évidemment les wahhabites qui financent les taliban. Nous consacrons un long développement sur le rôle de l’Iran dans notre rapport. Si l’Iran ne peut être un acteur militaire, il reste un acteur clef qui pourrait encore troubler la donne. La région ouest est à peu près stable grâce à leur présence. On ne pourra pas sécuriser la frontière en ce qui concerne le trafic de drogue sans l’Iran.
M. Jean Glavany. L’attitude des Iraniens lorsque nous sommes allés à Téhéran a été très positive dès lors qu’il s’est agi d’évoquer le rôle que l’Iran pouvait jouer pour aider à la résolution de la crise afghane. Sur la question de la réconciliation nationale, il faut privilégier ceux qui jouent le jeu, que ce soit au plan institutionnel, en faveur de ceux qui soutiennent le processus constitutionnel, ou vis-à-vis des agriculteurs, par exemple, qui sont prêts à sortir de la culture du pavot. Mais cela a un coût. Le reste, c’est par la négociation qu’on l’obtiendra. Deux anciens ministres taliban, qui l’un avait fait un séjour de plusieurs années à Guantanamo, l’autre à Paghram, nous ont fait clairement part des tendances au sein de leur mouvance, qui montrent que dans le monde taliban, certains sont conscients que les liens avec Al-Qaïda avaient causé leur perte et sont prêts à entrer dans des négociations.
La commission autorise, à l’unanimité, la publication du rapport d’information
Lire la suite et accéder au document
http://www.assemblee-nationale.fr/13/cr-cafe/08-09/c0809066.asp#P13_261
mercredi 24 juin 2009
Un commandement américain pour le cyberespace
Le problème des réfugiés va s'accroitre en 2009
mardi 23 juin 2009
L'apprentissage des langues chez les paras russes
Source : Novosti
Un blog à découvrir
lundi 22 juin 2009
Relations internationales et analyse des conflits à l'UCL
Une formation qui me semble intéressante pour certains lecteurs ou un de leurs proches m'a été signalée.
Il s'agit du Certificat en relations internationales et analyse des conflits (CRI@C). Cette formation s’adresse à toute personne qui souhaite suivre une formation certifiante en relations internationales et résolution de conflits et qui ne peut suivre les cours de manière classique en raison de contraintes horaires (activités professionnelles) ou d’éloignement géographique. Voir la plaquette et la présentation.
Elle est dispensée, via Internet, par le Centre d’étude des crises et des conflits internationaux (CECRI) de l'Université catholique de Louvain. L'UCL est l'une des meilleurs universités européennes.
Cette formation, en enseignement à distance, me semble une bonne opportunité pour reprendre ou poursuivre des études, tout en travaillant. Cela demande un investissement personnel qui est enrichissant et qui peut permettre d'étoffer un CV par un diplôme reconnu. A découvrir...
Par ailleurs, je souhaite rappeler que la Bibliotheca Classica Selecta de l’Université Catholique de Louvain (http://bcs.fltr.ucl.ac.be/ ) met à disposition des internautes des textes de l’antiquité qui peuvent intéresser les amateurs d'histoire (souvent militaire)
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Et la grippe aviaire H5N1 ?

- Mexique : 5029 cas, dont 97 décès (1.92%) ;
- États-Unis : 8975 cas, dont 15 décès (0.15%) ;
- Canada : 1336 cas, dont 2 décès (0.15%) ;
- Japon : 370 cas, dont 0 décès (0%).
- Chine : 38 cas, dont 25 décès (65.8%) ;
- Egypte : 77 cas, dont 27 décès (35.0%) ;
- Indonésie : 141 cas, dont 115 décès (81.5%) ;
- Vietnam : 111 cas, dont 56 décès (50.5%).
- site officiel (FR) : http://www.grippe-aviaire.gouv.fr/
- niveau 6 : une pandémie imminente en France ?
- blog spécialisé dans la gestion des risques et des crises : http://gestiondesrisquesetcrises.blogspot.com/
- Quelques réflexions sécuritaires sur la grippe aviaire
- Pandémie de grippe aviaire, le plan français
- Risques sanitaires : un OPLAN du Centers for Disease Control and Prevention sur la grippe aviaire





