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mardi 27 octobre 2009

La Corée du nord, un Etat d’un autre âge ?

Un billet publié hier sur http://www.alliancegeostrategique.org/
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La Corée du nord apparaît souvent comme un Etat d’un autre âge, atypique dans le monde actuel. Pourtant, au-delà de son archaïsme, ce régime autoritaire se maintient grâce une politique alliant le soft et le hard power. En quelques mots, je propose de mettre en relief certains points de la stratégie de cette Corée du nord, peu connue et souvent agressive.
U.S. Gov
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La Corée du nord, un héritage anachronique du XXème siècle
La Corée du nord est tout d’abord le dernier régime stalinien de la planète. Chose plus cocasse, le régime, sensé être une émanation du peuple, est devenu héréditaire. Pourtant, selon sa constitution, la République populaire démocratique de Corée (RPDC) est un État socialiste souverain qui représente les intérêts de tout le peuple coréen - y compris au sud. Début 2009, Kim Jong-Il, le numéro un nord-coréen qui a succédé à son père Kim Il-Sung en 1994, aurait désigné Jong-Un, son troisième fils pour prendre sa succession. Il serait sous l'influence de Jang Song-Taek, son beau-frère et responsable du parti communiste qui contrôle l’armée et la police depuis 2007. A 26 ans, Kim Jong-un, le troisième fils de Kim Jong-Il, d’ores et déjà été promu à la tête des puissants services secrets. Le hasard ou la vertu ne sont pas pour grand-chose dans cette nomination.
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Face à sa sœur ennemie du sud avec laquelle elle est toujours en guerre, la Corée du nord entretient une armée pléthorique et imposante, sur le papier. L'Armée populaire de Corée, cinquième armée du monde en effectif - et non en efficacité, disposerait de 1.100.000 militaires d'active et de 4.700.000 réservistes. Cette armée s’étend sur l’ensemble du territoire et en particulier le long de la zone démilitarisée qui la sépare de la Corée du sud. La marine alignerait 650 navires dont 3 frégates et 23 sous-marins et l’armée de l’air disposerait de 1.600 appareils, peu modernes pour la plupart. Ce pays disposerait, depuis 50 ans, d’un programme d'armes chimiques. Selon des députés sud-coréens, il aurait entre 2.500 et 5.000 tonnes d'agents chimiques militaires. En outre, il posséderait 13 sortes de virus et de bactéries, à utiliser dans le cadre d'une guerre bactériologique, dont des souches du choléra, de la fièvre jaune, du typhus ou de la dysenterie.
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Par ailleurs, la Corée du nord a oublié les droits les plus élémentaires de ses habitants. Elle entretiendrait toujours des camps de prisonniers politiques. Selon un député sud-coréen, M. Yoon Sang-Hyun, la Corée du nord détiendrait environ 154.000 prisonniers politiques, retenus dans six camps de travail, répartis sur son territoire. Ils n'auraient pas eu de procès et pour la grande majorité, ils purgeraient des peines de prison à perpétuité. Le régime de travail serait très éprouvant et la nourriture serait plus que comptée. Le crime « contre le régime » resterait donc traité dans des camps, version locale du goulag, dans lesquels la torture, le viol ou l’exécution publique ne seraient pas exceptionnels. Récemment, des soupçons d'eugénisme pesaient également sur ce pays. Selon Amnesty international, près d'un million de personnes seraient décédées des suites de graves pénuries alimentaires, depuis le milieu des années 1990. Des millions d'autres habitants souffriraient de malnutrition chronique, en raison d’une économie en faillite et de la fermeture du pays aux organisations internationales et non gouvernementales. Malgré le risque de peine capitale, par milliers, les Nord-Coréens continuent donc de gagner la Chine voisine qui fait figure d’Eldorado.
La Corée du nord apparaît comme une dictature surannée et surréaliste mais il ne faut pas s’y tromper. Les politiques nord-coréens ont une véritable stratégie, adaptée au monde actuel, à leurs objectifs et à leurs moyens.
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La Corée du nord, un Etat « voyou » qui développe une stratégie efficace (smart power)
La RPDC cherche des attributs de puissance qui lui permettent de faire perdurer le régime et surtout ses dirigeants. Le développement de l’arme nucléaire et de technologies de missiles balistiques illustrent la volonté de puissance de cet Etat. Elle a effectué de nombreux tirs de missiles au printemps 2009 et, le 25 mai, a procédé à son deuxième essai nucléaire. Condamnée par les résolutions 1718 (2006) et 1874 (2009) du Conseil de sécurité des Nations unies, la Corée du nord reste hermétique aux injonctions de la communauté internationale. Les pourparlers diplomatiques à six - Chine, Russie, Corée du sud, Corée du nord, Japon et Etats-Unis – sont presque au point mort. Cette stratégie lui permet de peser sur la sécurité de la région et d’échanger cette sécurité contre des avantages politiques ou plus prosaïquement une aide humanitaire.
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Pyongyang semble avoir investi des « nouvelles formes de guerre ». Les sites Internet de la présidence sud-coréenne, du ministère de la Défense, du ministère des Affaires étrangères, de certaines banques et de plusieurs portails ont subi le 6 juillet d’importantes perturbations simultanées. Vingt-cinq sites dont ceux de la Shinhan Bank et de la Korea Exchange Bank ont été touchés. Ils auraient subi une attaque informatique coordonnée, pendant de nombreuses heures. La KISA, l’Agence coréenne de la sécurité de l’information, a affirmé qu’il semblait s’agir d’attaques massives et ciblées de type dit de DDoS, ou « déni de service distribué ». Le NIS, le service de renseignement sud-coréen, a aussi laissé entendre que cette attaque aurait pu être orchestrée par la Corée du Nord ou certains de ses partisans, selon député sud-coréen. La cyber-attaque permet de mettre la pression sans être forcément un casus belli. La RDPC a également utilisé l’arme environnementale contre son voisin du sud. Selon le ministre de l’Unification, le 6 septembre 2009, M. Hyun In-Taek, la RDPC aurait lâché intentionnellement 40 millions de m3 d’eau et provoqué une crue sur le fleuve Imjin, en Corée du sud. Le bilan fut de six morts et de trois disparus. La Corée du nord a mis plus d’un mois pour exprimer ses « regrets ».
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Pyongyang s’appuie sur la force, plus ou moins brutale, mais aussi sur un réseau d’alliances et des actions diplomatiques. Depuis la signature du Traité d'amitié, de coopération et d'assistance mutuelle, en 1961, la Chine soutient le régime nord-coréen, au plan économique mais aussi politique. C’est un des rares pays à avoir une réelle influence sur les dirigeants de la RDPC. La Russie a également resserré ses liens avec la Corée du nord depuis 2000. Elle adopte, sur nombre de sujets, une neutralité bienveillante. La RDPC entretient des relations étroites avec des pays « marxistes » : Laos, Vietnam et Cuba. Par ailleurs, le développement du dialogue intercoréen, crée en 1972 et intensifiée depuis 2000, permet de disposer d’un levier politique envers la Corée du sud, bien plus puissante économiquement et militairement. Des officiels de haut rang des deux Corées se seraient rencontrés récemment à Singapour, dans le plus grand secret. M. Kim Yang-gon, chef du département du Front uni du Parti des travailleurs et M. Won Dong-Yeon, directeur du comité pour la paix de l’Asie-Pacifique, auraient représenté Pyongyang pour la préparation d’un sommet avec Séoul. Néanmoins, la question de la réunification demeure entière.
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En définitive, la RDPC survit grâce à une stratégie diversifiée, s’appuyant sur des facteurs de puissance et d’influence militaires, diplomatiques et politiques plutôt classiques. Elle ne semble pas négliger des formes d’actions plus asymétriques, comme les cyber-attaques ou l’utilisation de « l’arme environnementale ».
Il convient tout de même de noter que ce régime est fragile et que la succession de Kim Jong-Il pourrait être problématique, au plan sécuritaire. Vingt ans après la chute du mur de Berlin, il reste à espérer que le peuple nord-coréen puisse bientôt vivre correctement et que la réunification coréenne se déroule pacifiquement, à l’instar de l’exemple allemand.

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