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samedi 19 septembre 2009

L'action d'un caporal peut-elle avoir des répercussions stratégiques ?

En janvier 1999, le général Charles Krulak, ancien commandant de l'USMC écrivait un article développant la notion de caporal stratégique, dans le Marine Corps Gazette : “The Strategic Corporal: Leadership in the Three Block War”. Cette notion a été reprise dans des documents doctrinaux comme et surtout il est abondamment cité dans de nombreux articles. A son acception originelle et positive (formation, initiative, performance, responsabilité des plus bas niveaux), s'est trop souvent substitué son avatar négatif : le caporal stratégique -en raison de ses bourdes.
Bien sûr, ces bourdes auraient des conséquences stratégiques. L'exemple d'Abou Ghraïb est particulièrement prégnant. Il est vrai que cela arrive mais le dénommé "caporal stratégique" relève de l'effet papillon. Non, il ne s'agit pas exactement de la légende urbaine sur l'effet papillon selon laquelle un battement d'aile de papillon en Amazonie pourrait déclencher une tornade au Texas. Il s'agit de l'effet papillon tel que l'a décrit Edward Lorenz en 1972.
Remplaçons le papillon par le caporal stratégique et traitons le problème, par analogie avec le raisonnement de Lorentz.
Une action d'un caporal en opération peut-elle avoir une répercussion stratégique ?
Deux propositions :
  • si une action d'un caporal en opérations peut avoir une répercussion mondiale alors, il en va de même de toutes les actions de cet individu et de tous les autres caporaux stratégiques sur le terrain
  • si l'action d'un caporal stratégique peut avoir une répercussion mondiale, elle peut aussi l'empêcher
En définitive, dans l'immense majorité des cas, les conséquences stratégiques potentielles des action d'un militaire sur le terrain peuvent être et sont annulées par d'autres. Un soldat ne combat pas seul (1ère semaine de classes). Surestimer les conséquences stratégiques des actions des soldats s'apparenterait à faire la même erreur ontologique que de nier toute conséquence stratégique.
Il me semble qu'il faudrait donc garder à l'esprit de la notion de caporal stratégique originelle (Cf. général Krulak). Il est nécessaire de former les soldats et les cadres au niveaux les plus bas pour qu'ils puissent faire preuve d'initiative, de sens du commandement et, ainsi, combattre si besoin de manière très décentralisée.
Pour le reste, la notion de friction résume beaucoup de choses et il ne serait pas réaliste de demander à tous les soldats d'être parfaits, en situation opérationnelle. Ils ont beaucoup à faire, sans assumer sur leurs épaules les conséquences stratégiques potentielles (même désagréables) de leurs actes qui sont gérées, normalement, par leur commandement dont c'est la responsabilité.

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