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dimanche 30 août 2009

La vie du Diable noir

Je regardais une émission de France 5 sur le métissage en France, il y a quelques jours, et je me suis rappelé d'une émission sur la vie de Barack Obama. C'est le premier président noir des Etats-Unis. Enfin plutôt, le premier métis et c'est important d'être le premier. En fait, c'est tout simplement le 44ème président des Etats-Unis ; c'est déjà bien suffisant. Mais, je m'égare, comme lors d'une récente promenade, durant laquelle je me suis perdu près de la stèle du "Diable noir".
Le but de ce billet est de présenter le premier général de division français qui était aussi un métis (homme de couleur dans une biographie de 1822). Il s'agit d'Alexandre Dumas. De Thomas Alexandre Dumas ou Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie. Une vie à découvrir indubitablement, originale et surprenante, qui vous fera voyager entre Saint-Domingue, la Picardie, la Belgique, la Vendée, les Alpes, le Tyrol, l'Egypte ou l'Italie. Vous pourrez comparer une bio actuelle avec une bio du XIXème siècle, rédigée avant la célébrité de son fils, retranscrite ci-dessous.
DUMAS ALEXANDRE DAVY DE LA PAILLETERIE :
Homme de couleur général de division né à Jérémie Saint Domingue le 25 mars 1762, fils du marquis Alexandre Davy de la Pailleterie et d’une femme africaine.
Son père, riche colon de cette île, le fit élever avec soin ; mais entraîné par un penchant irrésistible vers le métier des armes le jeune Alexandre s’engagea à l’âge de 14 ans [plus probablement 24], dans le régiment des dragons de la Reine, et, sous le nom de Dumas mérita bientôt sur le champ de bataille, par des actes de la plus haute valeur tous les grades qu’il obtint.
Au camp de Maulde, en 1792, Dumas, brigadier de dragons, fut envoyé en reconnaissance, tomba dans une embuscade de chasseurs tyroliens, les intimida par son courage et ses menaces, ramena treize prisonniers au général Dumouriez, qui le nomma d’abord maréchal des logis, et quelques jours après lieutenant de hussards. Placé ensuite avec le titre de lieutenant colonel à la tête d’une légion franche de cavalerie américaine, composée d’hommes du Midi, il menait tous les jours ses jeunes guerriers au feu. Sans cesse employé aux avant postes, il se distingua particulièrement à Mouvian, près de Lille où à la tête d’une patrouille de 14 hommes, il fondit sur un poste de 40 soldats hollandais en tua 3 de sa main, fit 16 prisonniers et dispersa le reste.
Nommé général de brigade après cette action d’éclat le 30 juillet 1793, il fut chargé de la défense de Pont à Marque, et du maintien des communications de l’armée entre Douai et Lille. Il se signala encore pendant cette campagne, par de beaux faits d’armes, qui lui valurent le grade de général de division, au mois de septembre même année.
Dumas passa l’année suivante à l’armée des Alpes, et enleva, à la tête de sa colonne, les redoutes placées sur le mont Saint-bernard défendues, par les Piémontais. Le mont Cénis fut bientôt conquis avec la même valeur ; les ennemis y abandonnèrent aux vainqueurs leurs bagages, 38 pièces de canon et 1700 prisonniers.
En 1797, le général Dumas commanda une division de l'armée d'Italie sous les ordres du général Bonaparte. Employé au blocus de Mantoue, il fit 700 prisonniers sous cette ville, eut deux chevaux tués sous lui dans une sortie du général Wurmser, qu’il battit et força de rentrer en désordre dans la forteresse. Au combat de Tramin, la victoire étant un moment incertaine le général Dumas se précipita dans le village, enleva les canons, fit 6oo prisonniers, et décida le succès de la journée. Il passa ensuite avec sa division dans le Tyrol, sous les ordres du général Joubert. A l’affaire de Brixen, voyant l’ennemi prêt à s’emparer d’un pont qu’il était important de défendre, et la cavalerie française se trouvant plus éloignée que celle des Autrichiens, le général Dumas court à bride abattue arrive le premier sur le pont, s’y place en travers avec son cheval, barre ainsi le passage, soutient seul les efforts de la cavalerie ennemie, tue 3 hommes, en met plusieurs autres hors de combat, reçoit trois blessures graves mais donne aux siens le temps de le rejoindre sauve le pont et met l’ennemi en fuite.
C’est en rapprochant ce trait d’héroïsme moderne de l’action célèbre d’un Humain que le général Bonaparte, dit l’année suivante en présentant Dumas au directoire exécutif : « Citoyens directeurs, j ai l’honneur de vous présenter ici l’Horatius Coclès du Tyrol ». A l’attaque de la gorge d’Inspruck, Dumas, à la tête de sa division chargea une colonne ennemie, la battit complètement ; peu de fuyards s’échappèrent, le reste fut tué ou pris ainsi que l’artillerie et les bagages. Le général Joubert avait dit dans son rapport : « Le brave Dumas, la terreur de la cavalerie autrichienne, a eu son cheval tué sous lui ; il ne regrette qu’une paire de pistolets précieux que lui avait donnés le directoire ». Mais le lendemain de l’affaire, le général autrichien Kerpen renvoya ces pistolets avec une lettre où il assure son ennemi de son estime, et le félicite sur sa bravoure. Le général Dumas eut quelque temps après le commandement en chef de l’armée du Tyrol, et, après la paix de Campoformio, le gouvernement de la province du Trévisan.
Lors de l’expédition d’Egypte, il commanda la cavalerie de l’armée d’Orient. Quand l’insurrection du Caire éclata, le général Dupuy ayant été massacré par le peuple, Dumas très malade sort de son lit, monte à cheval et, à la tête de quelques braves réunis à la hâte, charge les Turcs, les disperse, et parvient à étouffer la révolte. Sa maladie continuant et le climat d’Egypte lui étant pernicieux, il obtint un congé pour revenir en France.
Il s’embarqua à Alexandrie mais son vaisseau, battu par la tempête, et faisant eau de toutes parts gagna avec peine le port de Tarente, où il espérait trouver des secours. Il n’y trouva que la captivité la plus dure. Retenu pendant vingt huit mois prisonnier de guerre avec ses compagnons d’infortune, les traitements qu’essuyèrent les malheureux Français naufragés dans le royaume de Naples, et chez un peuple qui se prétend civilisé, furent tels que la plume se refuse à les tracer comme l’esprit à y croire. Le général Dumas donna tout ce qu’il possédait et vendit ses propres effets pour soulager la misère de ses compagnons.
Enfin au commencement de la troisième année, il obtint son échange, et revint en France. Dumas avait été l’ami intime, l’ancien compagnon d’armes du général Kleber ; il avait, en Egypte, quelques altercations assez vives avec un général plus favorisé (Berthier) ; d’ailleurs, aussi mauvais courtisan que bon guerrier, il se montra peu à la cour nouvelle, où ses opinons politiques et jusqu’à la couleur de son teint étaient en défaveur ; le Coclés français frappé d’une disgrâce apparente aux Tuileries, et très réelle au ministère de la guerre, resta sans emploi, et fut bientôt entièrement oublié dans sa retraite. Il n’y reçut pas même la petite décoration de la légion d’honneur. Sa santé altérée par les fatigues de la guerre, les mauvais traitements d’une longue captivité et à ce qu’il crut lui même par le poison, qu’on lui avait donné dans le royaume de Naples, ne se rétablit jamais parfaitement.
Il mourut d’une maladie de langueur, après trois années de souffrances, à Villers-Cotterêts, le 26 février 1806, laissant une veuve estimable et deux enfants, dont un fils qui promet d'être un jour digne de son père [Alexandre Dumas]. Les services signalés du général Alexandre Dumas, et son sang prodigué en tant de combats pour sa patrie, n’ont valu à sa famille aucune marque de reconnaissance publique, ni emplois, ni secours, ni justice même, car cette famille n’a pu obtenir un arriéré encore dû à son chef ; celui-ci, généreux autant que brave, et plus avide de gloire que d’argent ne fit point la guerre pour s’enrichir par le pillage et, terrassant l’ennemi en armes, il n opprima jamais le citoyen sans défense. Aussi ne laissa t-il point de fortune et l’on voit encore aujourd’hui la veuve d’un général de division, réduite, pour subsister elle et les siens, aux faibles produits d’un des moindres bureaux de tabac d'une petite ville départementale.
Source : Biographie nouvelle des contemporains ou dictionnaire historique et raisonné historique et raisonné de tous les hommes qui depuis la révolution française ont acquis de la célébrité (1822)

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