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samedi 21 mars 2009

Lettre de Lin Zexu à la reine Victoria : surprise stratégique et déni de réalité pendant la première guerre de l'opium

La première guerre de l'opium fut un conflit militaire motivé par des raisons principalement commerciales, entre le Royaume-Uni de la Reine Victoria et l'empire Qing chinois, de 1839 à 1842. La Chine, dont la puissance restait importante mais déclinante, a signé le traité de Nanking le 29 août 1842, après quelques défaites militaires cuisantes. Ce fut une véritable surprise stratégique et un déni de réalité pour la Chine, grande nation, qui a mis environ un siècle et demi pour recouvrer sa puissance et ses territoires perdus (Hong-Kong).

Signature du traité de Nanking

En 1839, après de nombreux incidents concernant l'opium entre Chinois et marchands anglais, le commissaire impérial extraordinaire Lin Zexu aurait fait parvenir une lettre à la jeune reine Victoria. Le message avait pour but de l'informer que la consommation d’opium était interdite en Chine et de lui demander d'en faire cesser le trafic.
Le ton et le contenu de la lettre (surréaliste avec le recul) montrent que les Chinois n'avaient pas appréhendé l'étendue la puissance britannique et se croyaient toujours la plus grande puissance sur terre. Cela traduit un manque de renseignement stratégique et un déni de réalité sur la puissance britannique que les Chinois avaient pourtant pu observer depuis des décennies.
Voici quelques extraits de cette lettre cités par M. Sinibaldo de Mas à partir du Chinese repository. vol VIII.
  • « Notre Cour Céleste a pour famille tout ce qui est entre les quatre mers ; la divine bienveillance du Grand Empereur est si étendue qu’il n’est personne qu’elle ne couvre de son ombre. »
  • « A Kwangtung, depuis le rappel des interdits mis sur les communications maritimes, il y a eu un courant permanent d’intercourse commercial. Le peuple de ce pays et ceux qui viennent des autres contrées par navires étrangers ont joui ensemble, dans la paix, de ces avantages pendant des dizaines d’années jusqu’à ce jour. Et quant à la rhubarbe, les thés, la soie écrue, et de tels autres riches produits de la Chine, si les nations étrangères en étaient privées, elles manqueraient des moyens de continuer à vivre. De sorte que la Cour Céleste, en accordant dans la spontanéité de sa bienveillance universelle, la permission de vendre et d’exporter ces produits,- et cela sans exception ni réserve,- a, en vérité, répandu ses faveurs dans le cercle le plus étendu des nations. »
  • « Avec la vigoureuse autorité que la Cour Céleste exerce sur les civilisés aussi bien que sur les barbares, quelle difficulté pourrait-elle trouver à appliquer immédiatement même la peine de mort ? Mais comme nous donnons un être substantiel à la plénitude et à l'étendue de la sacrée intelligence, il nous convient d’adopter d’abord la voie de l’admonition. Et n’ayant jusqu’à présent envoyé aucune communication à Voire honorable Souveraineté, si les mesures d’interdiction les plus sévères étaient prises tout d’un coup, il pourrait être dit pour excuse qu’on n’avait pas eu connaissance préalable des faits. »
  • « Nous voudrions donc, maintenant, nous concerter avec Votre honorable Souveraineté sur les moyens d’en finir à jamais avec cet opium si préjudiciable à l’humanité ; nous, en en défendant l’usage dans ce pays, et vous, en en empêchant la fabrication. »
  • « Les moyens puissants par lesquels la Cour Céleste tient dans sa sujétion toutes les nations sont vraiment divins et inspirent le respect au delà de toute supputation. Qu’il ne soit pas dit qu’un avis hâtif n’ait pas été donné de ceci. »
  • « Lorsque Votre Majesté recevra ce document qu’une prompte dépêche nous soit adressée eu réponse, par laquelle il nous soit donné avis des mesures que Vous adopterez dans le but d’empêcher l’entrée de l opium dans un port quelconque. »
  • « N’allez pas, en aucune manière, par des paroles fleuries éluder ou retarder une solution. Réfléchissez-y sérieusement ; observez attentivement ces choses. »

Lire aussi : Le déni de réalité : une cause de défaite ?

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