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vendredi 9 janvier 2009

La guerre comme expérience intérieure (IV) : La tranchée

La tranchée
L'univers de la tranchée a été présenté dans de nombreux ouvrages. Jünger, une fois de plus, décrit crûment ses réflexions de "blasé du sang". Il remet en perspective les jours passés dans la tranchée, cette "alerte éternelle", par rapport aux heures de la bataille. "La guerre se couronnait jadis de journées où la guerre était joie [...] Mais la tranchée faisait de la guerre un travail de manoeuvre, des guerriers les journaliers de la mort, usés jusqu'à la corde par un quotidien sanglant." La description de la tranchée revient également sur l'horreur et l'exacerbation des sens (cf. chapitres précédents).
La tranchée est présentée comme l'environnement du combattant mais plus encore, le combattant est lié, jusque dans la mort, à sa tranchée. Paradoxalement, l'homme créé la tranchée mais il devient la créature de la tranchée, une partie constituante d'un corps dont l'être humain n'est, au mieux, qu'une cellule. La tranchée est vivante, elle fait du bruit, elle vomit "dans des longues vagues des marées d'hommes".
Les dernières phrases du chapitre montre cette symbiose effroyable entre l'homme et la tranchée. "La pourriture couvait sur tout le paysage. Lentement les morts se défaisaient, se conjoignaient à la terre, à la tranchée pour laquelle ils avaient combattu."
Prochain chapitre Eros.

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1 commentaire:

  1. Bonjour,
    Coincidence de votre article sur l'expérience de l'homme dans la guerre à travers Jünger et de celle que j'ai commentée à travers "Apocalypse Now" et le Colonel Kurtz de "Au coeur des Ténèbres" de Conrad et surtout du livre de Michaël Herr sur le Vietnam : "Putain de Mort". A cinquante ans de distance il y a des similitudes troublantes entre les descriptions du sang, de la peur, de l'Horreur...
    Bonne continuation pour vos excellents Posts.

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