Pages

lundi 22 décembre 2008

Stratagèmes de Polyen : Cesar (suite)

LIVRE VIII - CHAPITRE XXIII CÉSAR (suite)
VI. César, informé que Q. Cicéro, assiégé par les Gaulois, perdait courage, envoya un soldat avec un billet qu'il lui ordonna d'attacher à un javelot, et de lancer dans la place. Le soldat le fit, et les gardes des murs ayant trouvé le billet, le portèrent à Q. Cicéro qui y lut : « César à Cicéro. Courage. Attends du secours. » Peu de temps après on vit s'élever de la fumée et de la poussière, c'était César qui ravageait le pays. Il fit lever le siège, et non seulement il délivra Cicéro, mais il châtia encore les assiégeants.
VII. César, à la tête de sept mille hommes, faisait la guerre aux Gaulois. Pour faire croire qu'il avait encore moins de troupes, il fit dresser des retranchements de peu d'étendue, et, ayant choisi un lieu couvert, qui lui parut commode, il s'y cacha avec la plus grande partie de ses soldats. Quelques cavaliers sortirent des retranchements pour escarmoucher avec les Barbares qui, voyant si peu de gens, vinrent à eux en sautant. Les Romains se mirent à couvert de leurs tranchées, et les Barbares s'attachèrent à défaire la palissade. Pendant ce temps‑là le signal fut donné par la trompette, et à l'instant les gens de pied sortirent des retranchements, et César sortant de son embuscade avec la cavalerie, vint attaquer les ennemis de l'autre côté. Les Gaulois se trouvèrent enfermés au milieu, et la plupart furent tués.
VIII. César assiégeait un fort des Gaulois. Après que les Barbares eurent fait une longue résistance, il tomba une pluie si abondante, que ceux qui gardaient les murs, abandonnèrent tous leurs postes. César fit prendre les armes au même instant, et attaquant les murs, il les trouva sans défense. Il n'eut pas de peine à monter dessus, et la place fut emportée.
IX. César avait entrepris de se rendre maître de la plus grande ville des Gaulois, nommée Gergovie. Il avait devant lui Vercingétorix, roi des Gaulois, avec une armée de sa nation. Il y avait un grand fleuve qui portait bateaux, et dont le passage paraissait impossible. Les Barbares avaient du mépris pour César, et se persuadaient qu'il n'oserait passer le fleuve. Pendant la nuit, il cacha dans une forêt épaisse deux légions, qui, pendant que les Gaulois observaient César, rétablirent un ancien pont qui était vers le haut de la rivière. On l'avait rompu, mais les piles de bois étaient encore sur pied, et les traverses qui manquaient, furent coupées dans la forêt, et mises en place avec tant de promptitude, que les Romains passèrent de l'autre côté avant que les Barbares s'en fussent aperçus. Ce passage exécuté contre toute apparence, les étonna et les obligea de prendre la fuite. César fit traverser le fleuve au reste de ses troupes sur des radeaux, et apprit aux Gaulois à le craindre.
X. César assiégeait Gergovie, qui était une ville très forte, par la bonté de ses murs, et par son assiette avantageuse. Elle était bâtie dans un lieu élevé et sûr, sans hauteurs du voisinage qui la dominassent. À gauche il y avait des taillis bas et épais, qui joignaient la colline sur laquelle était la ville, à droite, c'était un précipice où il n'y avait qu'un petit sentier que les Gergoviens gardaient avec beaucoup de soin et de troupes. César prit les plus dispos de ses soldats et les plus endurcis à la fatigue, et les envoya la nuit dans les taillis. Il ne leur donna que des javelots très courts, et des dagues de peu de longueur, à cause de l'embarras des broussailles, et leur ordonna de se couler doucement dans ces taillis, non pas tout debout, mais couchés et en se traînant sur les genoux. Ces gens se traînèrent ainsi jusqu'au point du jour, au côté gauche de la colline. Au côté droit, César présenta son armée, pour y attirer les Barbares. En effet, ils s'opposèrent fortement à l'ennemi qu'ils voyaient, pendant que ceux qu'ils ne voyaient pas gagnaient la hauteur.
XI. César assiégeait Alésia, ville dès Gaules. Les Gaulois avaient rassemblé contre lui, jusqu'à deux cent mille hommes. La nuit, César fit un détachement de trois mille soldats bien armés, et de toute la cavalerie, et leur ayant fait faire le tour du camp des ennemis à droite et à gauche, leur ordonna de se montrer le lendemain à la seconde heure du jour, d'attaquer les derrières des ennemis, et de combattre vigoureusement. Au point du jour il mena le reste de ses troupes au combat. Les Barbares, fiers de leur multitude, reçurent les Romains comme en badinant. Mais quand ceux qui étaient derrière, se furent montrés, en poussant de grands cris, les Barbares environnés n'espérèrent plus de pouvoir s'échapper. Ils se troublèrent, et l'on convient qu'il y eut un très grand carnage de Gaulois.
XII. César voulant s'emparer de Dyrrachium, dont Pompée était le maître, avait peu de cavaliers, au lieu que la cavalerie des ennemis était nombreuse. Voici l'artifice dont il usa, pour donner à croire qu'il avait beaucoup de chevaux. Ayant fait monter à cheval quelque peu de cavaliers, il les fit précéder par trois compagnies d’infanterie, qui n'avaient d'autre ordre, sinon d'exciter, en traînant les pieds, le plus de poussière qu'ils pourraient. Les nuages qui s'en élevèrent, firent croire aux ennemis que César avait un corps considérable de cavalerie. La peur les saisit, et ils prirent la fuite.
XIII. César se retirait avec son armée par un chemin étroit. Il avait à sa gauche un marais, la mer à sa droite, et les ennemis en queue. Il contenait ceux‑ci par de vigoureuses attaques et par des haltes fréquentes. La flotte de Pompée, qui le côtoyait, l'incommodait fort, en tirant sur ses troupes. Pour rendre inutiles tous les traits qu'on lançait du côté de la mer, il ordonna à ses soldats de passer leur bouclier de la main gauche à la main droite, et par ce moyen ils se trouvèrent à couvert du côté de la flotte ennemie.
XIV. Pendant que César et Pompée étaient en Thessalie, celui‑ci, qui était dans l'abondance de toutes choses, évitait de combattre tandis que César avait impatience d'en venir à une action décisive. Pour exciter les ennemis à se déterminer au combat, César fit semblant de décamper, comme pour aller aux vivres, et mit ses troupes en marche. Celles de Pompée prenant cela pour une fuite, méprisèrent l'armée de César, et ne pouvant plus se modérer, elles s'avancèrent et forcèrent Pompée à les emmener au combat. Quand César les vit en mouvement, il les attira dans une plaine, et ayant fait volte‑face, en ce lieu, il donna une bataille fameuse, dont le succès lui fut glorieux, par une victoire complète.
XV. Les soldats de César, ennuyés de porter les armes, se soulevèrent, et demandèrent leur congé avec grand bruit. César s'avança au milieu de la multitude, avec un visage gai et une contenance assurée. Il dit : « Camarades, que demandez‑vous ? » Ils crièrent tous : « D'être congédiés. » Il répondit : « À la bonne heure, citoyens, demeurez en repos, et ne faites point de tumulte. » Ce terme de citoyens, employé par César, au lieu de celui de camarades, piqua les soldats. Ils changèrent de sentiment à l'heure même, et crièrent : « Nous aimons mieux être appelés camarades que citoyens. » César répondit en riant : « Pour redevenir camarades, faisons donc de nouveau la guerre ensemble. »
XVI. Dans une bataille contre le jeune Pompée, César voyant les soldats prendre la fuite, descendit de cheval, et s'écria : « Camarades, n'avez‑vous point de honte de m'abandonner au pouvoir des ennemis, et fuyant lâchement ? » Ce discours donna de la confusion aux fuyards ils firent volte-face, et revinrent au combat.
XVII. César voulait que ses soldats se tinssent toujours prêts à marcher, les fêtes, pendant la pluie, la nuit, le jour, à toute heure, et c'est pour cela qu'il ne marquait jamais d'avance ni le jour ni le moment.
XVIII. César faisait toujours ses irruptions à la course, afin que lés traîneurs ne pussent l'atteindre.
XIX. Quand César voyait ses soldats troublés par le bruit qui se répandait que les ennemis attendaient de nombreuses troupes, loin de le nier, il faisait encore le renfort plus considérable qu'il n'était, et disait à ses troupes, pour les animer que plus on avait d'ennemis, plus il fallait apporter de courage à les combattre.
XX. César voulait que les armes de ses soldats fussent enrichies d'or et d'argent, non seulement parce qu'elles en étaient plus belles, mais aussi parce que les voyant d'un grand prix, ils combattraient d'autant plus vivement pour ne les pas perdre.
XXI. César ne faisait pas d'attention à toutes les fautes des soldats, et les coupables, il ne les punissait pas toujours selon la rigueur des lois. Il estimait que l'indulgence dont il usait en ces rencontres, rendait les soldats plus courageux. Mais il ne pardonnait jamais de s'être révolté ni d'avoir quitté son poste.
XXII. César appelait ses soldats camarades, dans le dessein de les rendre plus courageux dans les combats, par l'honneur qu'il leur faisait de les égaler à lui.
XXIII. César ayant appris que des légions avaient été défaites dans les Gaules, jura de ne se point faire couper les cheveux, qu'il n'eût vengé la mort des Romains. Cela lui causa l'affection de tout le monde.
XXIV. César, dans une disette de grains, fit faire du pain pour ses soldats, avec une certaine plante. On donna un de ces pains à Pompée, pendant la guerre qui se faisait entre César et lui. Pompée fit cacher ce pain, pour ne pas apprendre à ses soldats jusqu'où les ennemis pouvaient pousser l'abstinence.
XXV. César étant près de donner bataille à Pompée, vers Pharsale, observa que la plupart des ennemis étaient de jeunes gens que leur beauté rendait vains. Il ordonna à ses soldats de pousser la pointe de leurs lances et de leurs javelots, non pas contre le corps des ennemis, mais contre leurs visages. Ces beaux garçons craignant d'être défigurés, prirent honteusement la fuite.
XXVI. Les soldats de César ayant reçu un échec aux environs de Dyrrachium, s'offrirent d'eux‑mêmes à être décimés. Non seulement César ne voulut point les punir, mais il les consola, et les exhorta à réparer le malheur par de nouvelles tentatives. Cela fit que dans les combats suivants, le grand nombre des ennemis ne les empêcha point de remporter la victoire.
XXVII. Pompée avait fait dénoncer comme ennemis tous ceux qui se tiendraient neutres entre César et lui. César, au contraire, déclara qu'il regarderait comme amis ceux qui ne se porteraient ni pour l'un ni pour l'autre.
XXVIII. César était en Ibérie auprès d'Ilerda. II s'était fait une trêve et pendant qu'elle durait encore, les ennemis ayant fait irruption dans ses quartiers, y tuèrent beaucoup de ses soldats, qui ne s'attendaient point à une pareille surprise. César fit renvoyer sains et saufs tous ceux qui se trouvèrent dans son camp, et cela lui fit gagner l'estime et la bienveillance des ennemis.
XXIX. César ayant vaincu Pompée à Pharsale, vit que ses troupes n'usaient pas de la victoire avec modération. Il s'écriait « Épargnez les ennemis. »
XXX. César ayant heureusement terminé toutes ses guerres, permit à chacun de ses soldats de sauver celui des ennemis qu'il voudrait. Par cette humanité il rappela tous les Romains qui lui avaient été opposés et la ville se remplit de gens qui lui devinrent affectionnés.
XXXI. César fit redresser les statues de Pompée et de Sylla, ses ennemis, que la multitude avait renversées. Cela plut extrêmement aux Romains, et lui en attira la bienveillance.
XXXII. Un Aruspice dit une fois que le sacrifice n'était pas de bon augure. César répondit : « Il le sera, quand je voudrai. » Par ce discours il rassura les soldats.
XXXIII. Une victime fut trouvée sans cœur. « Quelle merveille, dit César, qu'une bête manque de cœur ! » Ces paroles donnèrent du courage aux soldats.

Partager ce billet:

Facebook Twitter Technorati

Blogger

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire