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dimanche 21 décembre 2008

Stratagèmes de Polyen : Cesar (partie I)

Quelques stratagèmes du grand César.
LIVRE VIII - CHAPITRE XXIII CÉSAR
I. César étant sur mer, pour aller trouver Nicomède, fut pris sur la côte de Malée par des pirates de Cilicie, qui lui demandèrent une rançon considérable. César leur promit le double de ce qu'ils demandaient. Ils abordèrent à Milet, au- dehors des murs. César envoya dans la ville Épicrate, esclave milésien, qui était à son service, et pria par lui les Milésiens de lui prêter de l'argent. On lui envoya dans le moment tout ce qu'il demandait. Épicrate avait eu ordre en même temps de préparer un grand festin, avec une cruche pleine d'épées, et du vin mêlé de suc de Mandragore. César compta aux pirates la double rançon qu'il leur avait promise, et leur présenta le festin qui leur avait été préparé. Les pirates joyeux de voir une si grosse somme, acceptèrent le régal, et burent amplement. La quantité de vin qu'ils prirent, et la mixtion qu'il y avait, les livrèrent au sommeil. César les voyant endormis, les fit tuer, et rendit sur‑le‑champ aux Milésiens l'argent qu'ils lui avaient prêté.
II. César entrant dans les Gaules, eut les Alpes à traverser. On lui apprit que les troupes des Barbares montagnards gardaient les passages. Il étudia la nature du climat, et vit que du haut des montagnes, il descendait en bas beaucoup de rivières, qui formaient des lacs, d'une grande profondeur, desquels, à la pointe du jour, il s'élevait des brouillards fort épais. César prit ce temps même pour faire faire le tour des montagnes à la moitié de ses troupes. Le brouillard en déroba la vue aux Barbares, qui ne firent aucun mouvement. Mais quand César se trouva sur la tête des ennemis, ses troupes jetèrent de grands cris. L'autre moitié de son, armée, qui était en bas, répondit à ces cris par d'autres, et toutes les montagnes des environs en retentirent. Les Barbares furent épouvantés, et prirent la fuite. Ce fut ainsi que César traversa les Alpes sans combat.
III. César faisait la guerre aux Helvétiens. C'est une nation de la Gaule, et ils avaient fait une incursion sur les terres des Romains, au nombre de trois cent mille hommes, dont il y en avait deux cent mille qui portaient les armes. César faisait toujours retraite devant eux, à une journée de distance. Cette timidité apparente animait d'autant plus les Barbares à le poursuivre. Enfin ils arrivèrent au Rhône, et comme ils étaient sur le point de le passer, César campa auprès du fleuve. Le fleuve est rapide, et les Barbares eurent bien de la peine à le passer. Ils n'avaient encore mis que trente mille hommes de l'autre côté, et le reste ne devait passer que le jour suivant. Ceux, qui étaient passés, se reposaient de leur fatigue sur le bord du fleuve. César survint la nuit, et les ayant attaqués, les mit tous en déroute, à cause que le fleuve les empêchait et de se joindre et de faire retraite.
IV. Dans une incursion des Germains, César n'osait donner combat. Mais ayant appris que leurs devins les avaient avertis d'éviter d'en venir aux mains avant la nouvelle lune, il se hâta de faire avancer ses troupes, dans l'espérance que la superstition rendrait les Barbares moins ardents au combat. En effet, pour avoir bien pris son temps, il remporta une victoire éclatante sur les Germains.
V. César étant dans l'île de Bretagne, voulait passer un grand fleuve. Cassivellane, roi des Bretons, s'opposait au passage, avec une cavalerie nombreuse et beaucoup de chariots. César avait un très grand éléphant, animal que les Bretons n'avaient jamais vu. Il l'arma d'écailles de fer, lui mit sur le dos une grande tour garnie de gens de trait et de frondeurs, tous adroits, et le fit avancer dans le fleuve. Les Bretons furent frappés d'étonnement à l'aspect d'une bête si énorme qui leur était inconnue. Et qu'est‑il besoin de dire que leurs chevaux en furent effrayés, puisqu'on sait que parmi les Grecs même, la vue d'un éléphant nu fait fuir les chevaux. A plus forte raison ceux des Barbares ne purent supporter la vue d'un éléphant armé et chargé d'une tour d'où volaient des pierres et des traits. Bretons, chevaux, et chariots, tout cela prit la fuite, et les Romains, par le moyen de la terreur que donna un seul animal, passèrent le fleuve sans danger.

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