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dimanche 14 décembre 2008

Le déni de réalité : une cause de défaite ?

Qu'est-ce que le déni ? Cet acte consiste à refuser de prendre en compte la réalité, en partie ou en totalité, en l'ignorant et en considérant que cette réalité perçue n'existe simplement pas. Le déni repose sur le plaisir et en quelque sorte l'ego. Il permet à l'être humain de supporter la réalité en la niant...
Le déni de la réalité a souvent été observé à la guerre ou en opérations. Et bien souvent, il conduit à la défaite. La cause en est souvent le mépris de l'ennemi, un Ego surdimensionné de certains responsables, la croyance dans sa propre propagande, la peur...
Quelques exemples :
  • Dien Bien Phu semble bien être un exemple de déni de réalité (ce n'est bien sur pas la seule cause). Cf. fin de ce billet.
  • Hitler, lors de la bataille de Berlin en 1945, engageait au combat face aux Soviétiques des divisions qui parfois n'existaient que sur le papier (Cf. la chute de Berlin. Anthony Beevor. 2002).
  • Le 7 avril 2003, le ministre irakien de l'information a déclaré à la télévision qu'il n'y avait aucun "soldat américain à Bagdad". Pourtant depuis 48h,les GI sont dans Bagdad, ce qui n'a pas vraiment échappé à la population et au reste du monde...
Les lecteurs de ce billet auront sans doute de nombreux exemples de ce phénomène psychologique...
Extrait d'une note du CEHD :
"Le 3 décembre 1953, le général Navarre accepte la bataille pour Diên Biên Phu. À cette date, il sait que Giap peut lui opposer au moins trois divisions complètes, plus des régiments indépendants avec toute leur logistique, soit 85 000 hommes, pendant trois mois. Malgré ces forces très supérieures aux moyens jusque-là opposés par le Viêt-minh, il reste confiant dans l’issue de la confrontation. Pourtant, moins d’un mois plus tard, il ne cache plus son pessimisme sur le résultat de la bataille. Cette opinion, qui n’est pas celle de la majeure partie des membres des différents états-majors, a été alimentée par ses services de renseignements. Ceux-ci on appris l’ordre de mobilisation générale lancé par Giap le 6 décembre. Ils savent que c’est tout le corps de bataille Viêt-minh qui se dirige vers la base aéroterrestre. Le 2ème Bureau sait aussi que Giap a décidé de faire de cette bataille l’ultime confrontation entre les deux adversaires. Le tout sur fond de négociations en cours ou annoncées à Genève.
La question n’est pas de savoir si le général Navarre connaissait les intentions Viêt-minh, mais de savoir pourquoi il n’a pas rétracté son dispositif fin décembre, alors que c’était encore possible.
De très nombreux témoins se sont montrés surpris de la violence de l’artillerie du Viêt-minh lors de l’offensive du 13 mars. Beaucoup d’éléments ont été reprochés au 2ème Bureau : la sous-estimation de la dotation des pièces en munition, leur non localisation et surtout la non détermination de leur mode d’utilisation. En fait, les capacités de la logistique du Viêt-minh étaient parfaitement suivies. Les différentes estimations du 2ème Bureau faisaient état de 15 000 obus de 105 mm en Haute région le 10 mars, dont 9000 dans la zone de la cuvette. Il connaissant aussi le nombre de pièces de 105 dont disposait la division lourde 351. Le seul point sur lequel le 2ème Bureau peut prêter le flanc aux critiques est sur le mode d’utilisation de cette artillerie. Le Viêt-minh ne s’en était encore jamais servi sur une telle échelle. Néanmoins, les SR ont su dire que la préparation avant l’assaut serait sérieuse, et que la technique de tir ferait surtout appel au tir direct. Les artilleurs Viêt-minh ne s’étant que très peu entraînés au tir indirect. Si les pièces de furent pas découvertes, c’est que les principales d’entre elles ne furent mises en position que le 9 mars, dans des abris prévus à l’avance. Sur ce point, il faut ajouter que les plans des casemates ainsi que leur localisation en contre-pente et sur les crêtes ont été annoncés par le Deuxième bureau.
Pour la campagne de Diên Biên Phu, les organes de renseignements ont donné des informations fiables au commandement. Il existe évidemment une marge d’erreur, mais qui ne peut être mise au passif des SR. Les erreurs tactiques et stratégiques furent le fait d’un commandement sans culture du renseignement qui sous-estimait chroniquement son adversaire."

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3 commentaires:

  1. Bonjour,
    Dans le cas de Diên Biên Phu, faut-il parler de déni de réalité au moment de la bataille, ou plutôt d'une mauvaise évaluation puis ensuite d'une obstination dans l'erreur (glissant vers l'incompétence), et ce dès le choix du site ?
    (aberration stratégique plusieurs fois critiquée et jamais remise en cause...)

    La question morale accompagne souvent la prise de décision influencée par un déni de réalité, pour les spectateurs/co-acteurs.

    En effet, quelle peut être, quelle doit être - ou devrait être - l'attitude/la responsabilité de ceux qui entourent un général ou un chef d'État à ce moment-là ?
    (et les réponses sont-elles différentes dans le cas d'une démocratie / d'une dictature ?)

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  2. Je suis d'accord avec vous pour la mauvaise évaluation qui est toujours possible. Néanmoins, lorsque l'on s'obstine dans l'erreur en étant parfaitement renseigné, c'est un déni de réalité. En effet, les chefs militaires en Indochine étaient de vrai combattants qui pour la plupart avait de nombreuses années de guerres conventionnelle (2°GM) et coloniales à leur actif. Je pense pas qu'ils furent incompétents pour la grande majorité d'entre eux. Mais, parfois, la passion aidant, la réalité a du mal à s'imposer...
    Merci de votre commentaire qui pose les bonnes questions.

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  3. mon père est mort le 10 avril 1954
    fauché par un obus sur éliane4
    je pense personnellement a la vue
    du monument de Fréjus que tous ces morts étaient surtout utiles aux vues US de domination du monde comme toutes les guerres depuis

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