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mercredi 24 décembre 2008

La guerre comme expérience intérieure (III) : Horreur

Horreur
Dans ce chapitre, Jünger montre comment le sentiment de l’horreur, combinaison de terreur et de dégoût, si souvent absent des esprits dans les sociétés évoluées resurgit. Selon lui, l’horreur est le « premier éclair de la raison » qui différencie l’homme de la bête, qui peut avoir peur ou être angoissée. Il rappelle également que l’homme et surtout l’enfant aime ce sentiment en écoutant « d’angoissantes histoires ». Il en vient naturellement à la vision du premier mort pour le combattant : « un instant inoubliable qui figeait les cœurs et les sangs en cristaux de glace roidies ». Elle se grave pour l’éternité dans le cerveau tel un fantôme. L’horreur est liée, entrelacée à la mort. Il décrit abondamment la pourriture des corps qui prend tous les sens. Certes, elle est vue (la croute noire des cheveux, les lèvres bleuies, etc.) et sentie (odeur douceâtre) mais aussi l’entendue (hurlement des blessés, gaz échappés des cadavres, etc.), touchée (« quand on marchait sur eux [les morts], les pas laissaient des traces phosphorescentes »). Pour l’auteur, l’horreur peut être atténuée par le rire mais il fait le constat pessimiste : « entre le rire et la folie, il n’y a jamais que le fil du rasoir ».
Face à l’horreur décrite crûment, l’auteur cherche à expliquer l’insoutenable de sa description : « A quoi bon ménager vos nerfs ? […] Qui peut parler de guerre, qui n’a point été dans nos rangs ? ».
Ce chapitre décrit avec froideur l’effroi qu’éprouve le combattant dans des guerres similaire à celle de 14-18. La mort est partout et surtout dans les têtes. Cette description me semble intéressante car elle diffère notablement d’une description héroïque de la guerre et surtout de la mort. Elle permet de mieux comprendre que beaucoup d’hommes ne se remettent jamais mentalement de ces moments.

Prochain chapitre la tranchée.

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