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dimanche 14 décembre 2008

La guerre comme expérience intérieure (I)

La guerre en tant qu'affrontement des masses et des Etats, ou en tant que fait politique et militaire, a largement été commentée. Le combat, c'est-à dire la lutte violente entre un ou plusieurs individus, a rarement été commenté comme l'a fait Ernst Jünger dans la guerre comme expérience intérieure. Dans son ouvrage, il revient sur son expérience de la première guerre mondiale. Non, ce n'est pas un autre Orage d'acier, autre ouvrage remarquable, de Jünger mais c'est bien la vision de la guerre par l'être humain, avec ses grandeurs, ses faiblesses et ses déchéances. Ce livre, dont la description de la violence peut paraître anachronique pour les Européens qui ont majoritairement oublié la guerre ou feint de l'oublier, permet de comprendre la culture et la barbarie européenne (cf. Edgar Morin) mais au-delà la barbarie humaine qui ne peut être dissociée du contexte culturel et historique.
Pourquoi combattre ? Certes, il existe souvent une adhésion à certaines valeurs collectives mais aussi à des valeurs intimes, tapies au plus profond de soi. En occident, ce rapport intime de l'homme à la guerre fait peur. Il terrifie car il rappelle la bestialité dont nous sommes sans doute tous capable. Ce rapport intérieur à la guerre dont nous par le Jünger n'est pas sans évoquer la notion de jihad intérieur (dont je ne suis vraiment pas un adepte), dans laquelle le combat contre l'autre est aussi un combat contre soi-même.
Je compte commenter les différents chapitres de ce livre dans plusieurs billets qui correspondront globalement aux chapitres (Sang, Horreur, La tranchée, Eros, Pacifisme, Bravoure, Lansquenets, Contraste, feu, Entre soi, Angoisse, De l'ennemi, Veillée d'armes).
Extrait d'un commentaire d'André Glucksmann (1997) :
" Ce manifeste est un texte fou mais nullement le texte d'un fou. Une histoire pleine de bruit, de fureur et de sang, la nôtre, est anticipée sans qu'il convienne d'en tenir responsables ces quelques pages ivres et hagardes, possédées par une Mauvaise Nouvelle qu'elles tentent fiévreusement d'énoncer comme Bonne. Comment, demanderez-vous, lecteurs d'aujourd'hui, ne pas s'inquiéter après coup de l'éloge du brise-tout pour qui "vivre égale mourir" ? Comment ne pas frémir face à l'apologie sulfureuse des frénétiques "dont le pas de charge disperse au vent comme feuilles d'automne toutes les valeurs de ce monde" ? Vous avez raison. Même à l'orée du XXIe siècle de telles propositions donnent la chair de poule... Certes mais les commodités faciles d'une condamnation rétrospective risquent pourtant de masquer l'ampleur d'un texte où l'avenir de la planète (pas seulement de l'Allemagne) bégaie avant de passer à l'acte. "

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