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mercredi 26 novembre 2008

La dissuasion tactique

La dissuasion tactique, je me lance à mon tour dans l’arène des blogs (cf. EGEA).
Je suis d’accord. La « définition militaire » de la dissuasion s’applique fort mal au niveau tactique. Cependant, ce n’est pas parce que le modèle (la définition) ne correspond pas à la réalité que cette réalité n’existe pas. La définition est la description de la réalité et non la réalité.
Je propose donc de revenir à une base commune qui est celle d'un dictionnaire courant. Les définitions ne sont certes pas toujours précises (j’avoue que je n’en connais pas le dixième) mais elles ont le grand mérite d’être communément admises. Selon le Robert, la dissuasion est l’action de dissuader, c’est-à-dire « d’amener quelqu’un à renoncer à faire quelque chose ». Selon cette définition, il peut y avoir une dissuasion tactique. La dissuasion tactique correspondrait à l’ensemble des actions qui permettent d’amener un ennemi ou un adversaire à restreindre lui-même sa liberté d’action pour éviter des représailles ou une défaite cuisante.
La dissuasion est relative à l’ennemi/adversaire que l’on cherche à dissuader.
  1. C’est d’abord une question de rapports de force. A titre d’exemple, une section d’infanterie ne cherchera généralement pas à attaquer la totalité d'un régiment de chars ennemi sans armes antichars et sans valorisation du terrain (même si cela fait partie de sa mission). En effet, son chef de section a intégré l’effet dissuasif des armes de l’ennemi (chars) et de son effectif (30 fois supérieur) alors que techniquement cette attaque est possible (et suicidaire). Il est fort probable qu'il renonce à son action, c’est-à-dire qu'il soit dissuadé d’attaquer. La même section contre une station ennemie de transmissions (qui n’a aucun effet dissuasif sur elle) engagera le combat à bon compte (et avec très peu de risques).
  2. C’est aussi une question d’affrontement des volontés L’utilisation des "opérations" psychologiques au niveau tactique permet de contribuer à la dissuasion tactique. Les tracts appelant des unités ennemies à se rendre les ont parfois amené à renoncer au combat prématurément ou avant leur destruction totale. Par ailleurs les remparts d’une ville avaient généralement pour but d’empêcher l’ennemi d’entrer physiquement dans la ville mais aussi de le dissuader d’attaquer (effet psychologique).
  3. L’asymétrie est également une conséquence de la dissuasion tactique. L’ennemi asymétrique est un ennemi qui a bien intégré la dissuasion tactique. Il a compris qu’il devait combattre son ennemi dans des champs d’action différents de ceux dans lesquels son ennemi est surpuissant. L’insurrection irakienne depuis 2003 a fort bien compris qu’il ne fallait pas combattre les troupes américaines sur un champ de bataille classique sous peine de destruction totale et définitive.

Un exemple historique : La bataille de Valmy (1792).

Je crois que la dissuasion tactique existe mais que c’est un effet à obtenir sur le terrain ou sur l’ennemi. Ce n'est pas une mission. L’effet à obtenir est bien « amener l’autre à renoncer à faire quelque chose ».

Finalement, je pense que la dissuasion peut être tactique, opérative et/ou stratégique et qu'il n'existe pas de dissuasion absolue (valable contre tous les ennemis). Bien évidemment, tout cela est discutable et relatif à la définition de la dissuasion qui sert de fondement à la réflexion.

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