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mercredi 20 août 2008

Pourquoi combattre dans une démocratie?

Deux questions que beaucoup de gens posent dans les pays riches et démocratiques : pourquoi se battent-ils et pourquoi meurent-ils ?
Je n'ai pas vraiment de réponse "toute faite" mais Périclès peut nous éclairer, sous la plume de Thucydide :
Les exploits guerriers qui nous ont permis d’acquérir ces avantages, l’ardeur avec laquelle nous mêmes ou nos pères nous avons repoussé les attaques des Barbares ou des Grecs, (...) vous les connaissez tous ( ... ). Mais la formation qui nous a permis d’arriver à ce résultat, la nature des institutions politiques et des moeurs qui nous ont valu ces avantages, voilà ce que je vous montrerai d’abord ; je continuerai par l’éloge de nos morts, car j’estime que dans les circonstances présentes un pareil sujet est d’actualité et que la foule entière des citoyens et des étrangers peut en tirer un grand profit. Notre constitution politique n’a rien à envier aux lois qui régissent nos voisins ; loin d’imiter les autres, nous donnons l’exemple à suivre. Du fait que l’État, chez nous, est administré dans l’intérêt de la masse et non d’une minorité, notre régime a pris le nom de démocratie. En ce qui concerne les différends particuliers, l’égalité est assurée à tous par les lois ; mais en ce qui concerne la participation à la vie publique, chacun obtient la considération en raison de son mérite, et la classe à laquelle il appartient importe moins que sa valeur personnelle ; enfin nul n’est gêné par la pauvreté ni par l’obscurité de sa condition sociale, s’il peut rendre des services à la cité. La liberté est notre règle dans le gouvernement de la république et, dans nos relations quotidiennes, la suspicion n’a aucune place ; nous ne nous irritons pas contre le voisin, s’il agit à sa tête ; enfin nous n’usons pas de ces humiliations qui, pour n’entraîner aucune perte matérielle, n’en sont pas moins douloureuses par le spectacle qu’elles donnent. La contrainte n’intervient pas dans nos relations particulières ; une crainte salutaire nous retient de transgresser les lois de la république ; nous obéissons toujours aux magistrats et aux lois, et, parmi cellesci, surtout à celles qui assurent la défense des opprimés et qui, tout en n’étant pas codifiées, infligent à celui qui les viole un mépris universel. En outre, pour dissiper tant de fatigues, nous avons ménagé à l’âme des délassements fort nombreux ; nous avons institué des jeux et des fêtes qui se succèdent d’un bout de l’année à l’autre, de merveilleux divertissements particuliers, dont l’agrément journalier bannit la tristesse. L’importance de la cité y fait affluer toutes les ressources de la terre, et nous jouissons aussi bien des productions de l’univers que de celles de notre pays. Nous savons concilier le goût du beau avec la simplicité, et le goût des études avec l’énergie. Nous usons de la richesse pour l’action et non pour une vaine parade en paroles. Chez nous, il n’est pas honteux d’avouer sa pauvreté ; il l’est bien davantage de ne pas chercher à l’éviter. Les mêmes hommes peuvent s’adonner à leurs affaires particulières et à celles de l’État ; les simples artisans peuvent entendre suffisamment les questions de politique. Seuls, nous considérons l’homme qui n’y participe pas comme un inutile et non comme un oisif. C’est par nous-mêmes que nous décidons des affaires, que nous nous en faisons un compte exact : pour nous la parole n’est pas nuisible à l’action ; ce qui l’est, c’est de ne pas se renseigner par la parole avant de se lancer dans l’action. Voici donc en quoi nous nous distinguons nous savons à la fois apporter de l’audace et de la réflexion dans nos entreprises. Les autres, l’ignorance les rend hardis, la réflexion indécis. Or ceux-là doivent être jugés les plus valeureux qui, tout en connaissant exactement les difficultés et les agréments de la vie, ne se détournent pas des dangers... En un mot, je l’affirme, notre cité dans son ensemble est l’école de la Grèce. Thucydide, Histoire de la Guerre du Péloponnèse, 11, 36-43.
A nos morts.

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4 commentaires:

  1. Il y a énormément à apprendre des écrits de Thucydide. Tout ça me rappelle mes cours de théories classiques des relations internationales. Nostalgie, nostalgie.

    Excellent choix de passage!

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  2. Idem, mais hélas, beaucoup de nos compatriotes ignorent les ''classiques''...

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  3. Avant de relire, il faudrait que je le lise.... je le confesse. ça viendra. Beau passage. Peut-on trouver celui où Thucydide évoque les trois causes de la guerre : la peur, l'intérêt, l'honneur ?
    OK

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  4. excellent article, mais les démocrates d'aujourtd'hui ignorent par méconnaissance historique que le citoyen Grec était avant tout un aristocrate et ne représentait qu'une infîme minorité des populations qui composaient ces differents petits états.
    Il est vrai que la majorité était en esclavage et qu'ils n'étaient de ce fait pas considérés comme des hommes.

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