jeudi 26 novembre 2009
COIN : quelques billets
mercredi 25 novembre 2009
Technocratie, histoire et géographie

- En vérité : Quid de l'histoire géographie en terminale S ?
- Electrosphère : identité nationale sans histoire-géographie
- Athéna et Moi : Comment les terminales S vont répéter les erreurs du passé
- EGEA : Pour l'histoire et la géographie obligatoire en terminale S
- La Plume et le Sabre : La suppression de l'Histoire et de la Géographie du programme des terminales S, une erreur dramatique
mardi 24 novembre 2009
La guerre du Golfe à découvrir autrement

lundi 23 novembre 2009
Quelques éléments sur l’utilisation des armes nucléaires tactiques
Déjà publié hier, sur le site de l'AGS.
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Dès son élaboration, la bombe atomique a été pensée comme pouvant être utilisée contre les villes, dans le cadre d’un bombardement stratégique, mais surtout contre des forces ennemies. Lors des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, en août 1945, la bombe atomique n’était considérée que comme une arme plus puissante, remplaçant des vagues de bombardiers. La graduation de sa puissance en équivalent TNT est particulièrement révélatrice. L’utilisation de la bombe atomique sur le champ de bataille fut au cœur de l’évolution des forces américaines et soviétiques au cours de la guerre froide.

Les milieux militaro-industriels américains, malgré la présence de penseurs de la dissuasion comme Brodie, ont très tôt développé l’arme atomique avec pour objectif une utilisation généralisée sur les champs de bataille : miniaturisation, multiplication des vecteurs, études d’impacts sur les troupes avec essais réels, etc. Pour les soviétiques, les forces conventionnelles ont même parfois été considérées comme étant la réserve des forces nucléaires. Au début des années 60, dans Stratégie militaire, le maréchal Vassili Sokolovski affirmait que la future guerre mondiale serait marquée par une utilisation massive des armes nucléaires dès sa phase initiale – voire de manière préventive, visant à obtenir « l’anéantissement ou la capitulation de l’adversaire dans les plus brefs délais ». Selon lui, les forces terrestres au contact avaient pour mission d’exploiter la destruction de l’adversaire.
Ceci n’a évidement pas exclu le développement d’une utilisation stratégique, comme l’illustre la doctrine Foster Dulles, dite des représailles massives. L’accès des soviétiques à l’arme nucléaire, en 1949, et le premier essai de bombe H, en 1952, ont quelque peu changé la donne. Confrontés au risque d’anéantissement total de leur pays, les théoriciens soviétiques et américains ont progressivement évolué vers la définition de doctrines de conflits nucléaires limités. L’adoption de la doctrine Mc Namara de frappes contre les forces est l’aboutissement occidental de ces réflexions sur la puissance démesurée de ces armes. Le débat existait également au sein de l’appareil politico-militaire soviétique. Malgré le discours officiel de Moscou qui clame que le conflit nucléaire ne peut être que mondial, progressivement l’URSS s’oriente vers la préparation d’une guerre nucléaire limitée.
Pour les puissances nucléaires, la crise de Cuba avait marqué un changement. Elles ont pris pleinement conscience que l’arme atomique était d’abord politique – comme la guerre.
L’arme nucléaire tactique comme moyen de rétablir un rapport de force (années 60 au début des années 90)
Les armes nucléaires tactiques ont progressivement changé de statut, passant d’une arme comme les autres du champ de bataille à une arme pouvant être utilisée pour rétablir un rapport de force ou asséner un ultime avertissement qui montre une volonté politique. Le colonel Andrei Alekseevich Sidorenko, un penseur soviétique réputé du champ de bataille nucléaire, faisait valoir en 1970 que l’utilisation de l’arme atomique ne faisait pas que détruire l’ennemi, elle détruisait aussi les infrastructures et contaminait le milieu. Selon lui, ceci constituait un inconvénient majeur, loin d’être insurmontable lors d’une offensive, pour faire manœuvrer des armées constituées de masses blindées.
Pourtant, au cours des années suivantes, chacun des adversaires faisant la loi de l'autre (Clausewitz), l’arme nucléaire tactique apparaît, dans les deux blocs, comme un ultime recours pour rétablir un rapport de force, dans ce cadre d’emploi. Par exemple, le missile français Pluton (1974-1993) de 15 à 25 Kt avait une portée opérationnelle de 17 à 120 km et constituait plus un avertissement préstratégique qu’une arme tactique. La prise de conscience semble claire dans les deux camps. Selon le maréchal Ogarkov, au début des années 80, « l’URSS ne peut miser sur une victoire dans la guerre nucléaire » face à une OTAN qui se veut comme purement défensive.
Néanmoins, l’arme atomique tactique, si elle n’a jamais été utilisée lors d’opérations, a contribué, avec d’autres facteurs, à faire évoluer l’organisation et les tactiques des unités conventionnelles, en raison des menaces sur les concentrations de forces. Au plan doctrinal, une division soviétique en 1945 avait une densité d’environ 500 hommes par km2 pour tomber à 20 hommes/km2 en 1985. Autre exemple, côté occidental, le combat en ambiance nucléaire a été l’objet d’entraînements par les forces terrestres au moins jusqu’au milieu des années 1990.
Par ailleurs, les traités de désarmement (SALT ou START) ont progressivement marginalisé l’emploi de l’arme atomique tactique. Bien que traitant peu d’armes tactiques, ils ont contribué à diffuser largement la pensée selon laquelle l’arme atomique était une arme de non-emploi ou l’ultima ratio regum.
Et maintenant ?
Depuis la fin de la guerre froide, l’évocation de l’arme nucléaire tactique sur un champ de bataille classique est restée limitée dans les doctrines. Avec le temps, l’utilisation théorique de l’armement nucléaire a presque exclusivement rejoint le champ stratégique mais il ne faudrait pas oublier qu’il existe toujours des armes nucléaires sub-stratégiques et que leur emploi tactique théorique pourrait revenir à la mode, à la faveur d’une rupture stratégique. Le dernier épisode fut la polémique – résultant d’un amalgame médiatique de concepts - concernant l’usage de « mininukes » contre des installations souterraines. D’autres scénarios restent envisageables comme celui d’une utilisation terroriste.
Pour terminer, je me contenterai de citer le livre blanc de la défense et de la sécurité nationale (p 89) :
La rupture du tabou nucléaire elle-même n’est plus improbable. Les circonstances ont changé depuis l’équilibre dissuasif atteint dans les années 1960. De nouvelles puissances nucléaires sont apparues, dont les doctrines, lorsqu’elles existent, sont mal connues. L’arme nucléaire est présente dans plusieurs régions sensibles où subsistent des contentieux territoriaux. Par ailleurs, il est établi que certains groupes terroristes cherchent à accéder à des matières ou à des engins radiologiques ou nucléaires.
Sources principales :
· FRS
· Livre blanc de la défense et de la sécurité nationale
· The future of land warfare par Chris Bellamy
Crédit Photo : gouvernement des Etats-Unis
dimanche 22 novembre 2009
Yémen, la guerre continue

Avoir du recul par rapport à la profusion d'informations quotidiennes

samedi 21 novembre 2009
Rapport parlementaire sur les enjeux géostratégiques de la prolifération
M. Jean-Michel Boucheron, rapporteur : Nous présentons aujourd’hui, Jacques Myard et moi-même, le résultat d’une étude à laquelle nous avons consacré près de dix huit mois.Nous avons voulu établir un état des lieux et répondre aux questions suivantes :– Vivons-nous des temps nouveaux qui appellent des réponses nouvelles en matière de prolifération ? Cela fait l’objet du chapitre I.– Pourquoi les Etats veulent-ils disposer d’armes de destruction massive. Quel est le sens de cette recherche ? Cette question est traitée dans le chapitre II.– Vivons-nous des temps plus dangereux qu’avant, avec la dissémination des technologies proliférantes, en raison de la libéralisation du commerce international ? Le risque d’un attentat terroriste nucléaire, chimique ou biologique est-il réel ou est-ce un fantasme ? Nous avons abordé cette question au chapitre III.– Enfin, la diplomatie peut-elle apporter une solution au risque de prolifération ? Le droit international peut-il prévenir ou contenir ce phénomène ? Ceci est traité au chapitre IV.*Notre rapport conclut – cela ne surprendra pas – à la validité du concept de la dissuasion, qui demeure la pierre angulaire de la défense française. Il rappelle également l’importance des armes nucléaires lorsqu’une nation veut accéder au rang de puissance globale et souligne parallèlement le déclin des armes biologiques et chimiques. En revanche, il met en lumière la montée des menaces cybernétiques, contre lesquelles notre pays a récemment réagi par la création d’une agence nationale, l’ANSI. L’effort de la France est toutefois d’une moindre ampleur que celui qu’accomplissent les Etats-Unis et la Chine dans le même domaine.*L’un des principaux points du rapport porte évidemment sur l’Iran, au cœur de l’actualité. Nous ne savons pas si l’Iran veut la bombe. Nous avons en revanche la certitude qu’il maîtrise l’ensemble du cycle qui va de l’enrichissement jusqu’à l’explosion d’un engin à fission et les moyens balistiques, avec maîtrise de la balistique. Si l’Iran a la bombe, nous considérons que cela ne change rien à la stratégie de défense des pays occidentaux qui disposent, ainsi qu’Israël, d’une capacité de dissuasion. Le langage guerrier que tient le Président Ahmadinejad à l’égard d’Israël a pour fonction de rassurer les Etats sunnites du Moyen-Orient. Bien évidemment, il faudra observer à la loupe les réactions des deux alliés des Etats-Unis, l’Arabie saoudite et la Turquie. Ryiadh et Ankara sont très discrètes sur la question. Dans les deux cas, il faudra observer l’attitude des Etats-Unis car les diplomaties de ces deux pays s’alignent de moins en moins sur Washington.*Le fait que l’Iran soit probablement en possession de tous les éléments constitutifs d’une arme nucléaire à fission n’est pas une menace sécuritaire pour l’Europe ou les Etats-Unis, ni même pour Israël. Ceux-ci disposent de moyens de rétorsion nucléaire suffisants. Aucun Etat, quel que soit son régime, n’est candidat au suicide, et l’Iran ne risquera pas sa survie.Ce que change la bombe iranienne est tout autre : en devenant une puissance globale, Téhéran accentuera la tendance de ces dernières années, à savoir contester l’hégémonie politique de Washington au Moyen-Orient.*D’une certaine manière, les Etats-Unis tirent un parti diplomatique de la menace iranienne en cherchant à persuader leurs alliés européens de recourir au bouclier antimissile. Le projet auquel le Président Obama vient de renoncer rencontrait l’hostilité de la Russie car il permettait techniquement aux radars américains de couvrir tout l’Ouest de la Russie, jusqu’à l’Oural. L’abandon de ce schéma ne signifie pas la renonciation à un projet antimissile. Les radars comme les lanceurs seront positionnés dans d’autres pays. Comme l’ont montré les propos de M. Rasmussen, secrétaire général de l’OTAN, qui appelle à une défense antimissile à l’échelle de l’Alliance atlantique (otanisation de la défense antimissile), les Etats-Unis mettent désormais en route une stratégie consistant à faire payer aux Européens un système dont ils conserveraient la clé. Outre que la fiabilité d’un système anti missile est largement sujette à caution et affaiblit le concept de dissuasion, il concentrerait les efforts de recherche et de développement des alliés européens sur ce seul système (comme dans le passé pour l’avion de combat F 35) au détriment d’autres programmes technologiques. Les pays européens trouveraient plutôt avantage à coordonner leur recherche sur les programmes de détection avancée. Derrière cette bataille doctrinale qui s’annonce, se profile un enjeu économique très important pour les principales entreprises aéronautiques et spatiales américaines.*J’en arrive à la Corée du Nord. Les moyens nucléaires militaires nord-coréens servent à prolonger la survie d’un régime prêt à toutes les provocations pour négocier en position d’égalité avec les grandes puissances. Ils ne représentent pas réellement une menace pour notre sécurité. En revanche, il s’agit du pays le plus proliférant, tant en matière nucléaire que balistique. Quant à l’Inde et au Pakistan, au cœur d’une région traversée de plusieurs conflits (Cachemire, Afghanistan), le caractère limité des conflits qui les ont mis aux prises depuis 1998, année de l’explosion de leur bombe, démontre que la détention de l’arme nucléaire évite toute escalade dans les conflits.*La menace d’un attentat utilisant des moyens de destruction massive est possible, mais il faut faire la part des choses. L’utilisation par un groupe terroriste d’une bombe nucléaire relève de l’illusion. En revanche, le recours à des armes radiologiques est possible. La surveillance des éléments de fabrication de telles armes doit être renforcée, notamment pour les éléments radioactifs présents dans des lieux civils.
jeudi 19 novembre 2009
Piraterie : tel est pris qui croyait prendre ?

- des armes circulent tous les jours sur les mers du monde et pas forcément très loin de nous
- il n'est pas possible de se désintéresser des livraisons d'armes dans les pays instables car ce n'est parfois qu'une étape
- une marine puissante, cela peut servir à contrôler les flux et à protéger les intérêts nationaux
- EUSEC Somalia risque de ne pas être au chômage avant longtemps
- les pirates semblent avoir du bon sens quand ils sentent que le rapport de force est potentiellement très défavorable
mercredi 18 novembre 2009
Sérendipité ?

mardi 17 novembre 2009
Quand les menaces extérieures s'invitent sur le territoire national : un exemple

Le clivage traditionnel entre la sécurité intérieure et la sécurité extérieure s’est encore davantage effacé.
La distinction traditionnelle entre sécurité intérieure et sécurité extérieure n’est plus pertinente. Le terrorisme agit sur les territoires des pays européens à partir d’implantations multiples, tout en cherchant à infiltrer les sociétés française et européennes.
Les centrales nucléaires indiennes en état d'alerte

lundi 16 novembre 2009
Evolution de la situation en Irak

dimanche 15 novembre 2009
Découvrir I-sources

- Actualité du renseignement,
- Privatisation du renseignement et de la sécurité,
- Forces et opérations spéciales,
- Guerre de l'information,
- Cybermenaces
- Terrorisme,
- Prolifération et trafic d'armes,
- Criminalité et mafias,
- Risques internationaux,
- Crises et conflits.
Changement climatique et géopolitique


samedi 14 novembre 2009
Internationalisation de la guerre au Yémen ?

L’évolution de ce conflit semble confirmer les hypothèses que j’avais émises, le 25 aout 2009, sur un affrontement indirect entre les Etats-Unis et l’Iran au Yémen. A suivre…
Lire aussi :
vendredi 13 novembre 2009
Vers une cyberpolice ... en Iran

Découvrir la lettre de l'IRSEM
jeudi 12 novembre 2009
Discours d'entrée en guerre de Périclès
CXL. « Athéniens, mon opinion n'a pas changé : nous ne devons pas céder aux Péloponnésiens. L'ardeur avec laquelle on se détermine à la guerre ne persiste pas, je le sais, quand il faut agir; et les pensées des hommes tournent au gré des événements. Néanmoins je sens qu'aujourd'hui encore il me faut persévérer à vous donner les mêmes conseils; je crois juste que ceux d'entre vous qui les auront adoptés soutiennent les résolutions prises en commun, même si tout ne réussit pas au gré de nos espérances ; sinon, qu'ils ne viennent point, en cas de succès, l'attribuer après coup à leur propre sagesse; — car il peut se faire qu’ïl y ait inconséquence dans la marche des événements, tout aussi bien que dans les pensées des hommes ; et c'est pour cela que nous avons coutume d'accuser la fortune, toutes les fois qu'un événement imprévu vient tromper notre attente.« Les dispositions hostiles des Lacédémoniens contre nous étaient évidentes auparavant ; elles le sont encore plus aujourd'hui. Car, bien que les traités portent que les différends réciproques seront réglés à l'amiable, chacun de nous restant provisoirement nanti de ce qu'il a entre les mains, ils n'ont jamais voulu ni réclamer l'arbitrage, ni l'accepter lorsque nous l'avons offert; ils aiment mieux dans leurs réclamations en appeler aux armes qu'à la justice ; et déjà ce sont 'des ordres, ce ne sont plus des plaintes qu'ils vous apportent. Ils nous ordonnent de lever le siège de Potidée, de rendre l'indépendance à Égine, et de rapporter le décret contre les Mégariens. Enfin voilà leurs derniers députés qui viennent nous enjoindre de laisser la liberté à tous les Grecs. Ils proclament bien haut que, le décret ' rapporté, il n'y aura pas de guerre; mais n'allez pas, pour cela, vous imaginer qu'en refusant de le rapporter nous ferions la guerre pour bien peu de chose. Il ne faut pas qu'un jour, regardant en arrière, vous trouviez en vous le regret d'avoir fait la guerre pour un motif futile : dans ce peu de chose, il y a l'affermissement de votre puissance et l'épreuve de votre fermeté. Si vous leur cédez, bientôt ils vous feront des injonctions plus rigoureuses, dans l'espoir que, par crainte, vous obéirez encore. En tenant ferme, au contraire, vous leur montrerez clairement que le mieux est d'agir avec vous sur le pied de l'égalité.CXLI. « Avisez donc, d'après cela : ou bien obéissez avant d'avoir éprouvé aucun dommage, ou bien, si nous faisons la guerre, ce qui me paraît le meilleur parti, ne cédez pour aucun motif, grave ou léger, afin de n'être pas réduits à craindre sans cesse de perdre ce que vous possédez ; car il y a toujours esclavage dans l'obéissance à un ordre, que l'objet en soit important ou non, lorsqu'il vient d'un égal et précède tout jugement.« Quant à la guerre et aux ressources des deux partis, vous vous convaincrez par les détails suivants que nous ne le céderons en rien : les Péloponnésiens vivent de leur travail; ils n'ont ni richesses privées, ni fortune publique. Ils n'ont pas davantage l'expérience des longues guerres, de celles qu'on fait au-delà des mers ; parce que, grâce à leur pauvreté, leurs lutes entre eux sont de courte durée. Dans cette situation, ils ne peuvent ni équiper des vaisseaux, ni même faire sur terre de fréquentes expéditions au dehors; car il leur faudrait tout à la fois abandonner leurs propriétés et prendre sur eux-mêmes les frais de la guerre ; d'ailleurs la mer leur est interdite. C'est avec des trésors on réserve, bien plus que par des contributions forcées, qu'on soutient la guerre; et des hommes qui vivent de leur travail sont bien plus disposés à sacrifier dans les combats leur corps que leur pécule; car ils ont l'espérance d'échapper au danger, tandis qu'ils ne sont point sûrs de n'avoir pas épuisé prématurément leurs ressources ; surtout si, contre leur attente, la guerre traîne en longueur, comme cela est ici vraisemblable.« Les Péloponnésiens et leurs alliés sont en état de tenir tête à tous les Grecs réunis, dans une affaire unique; mais ils ne peuvent faire une guerre soutenue, contre un ennemi qui a des ressources toutes différentes; car, n'ayant pas un conseil unique, ils ne peuvent exécuter sur l'heure une résolution soudaine. En regard de l'égalité du suffrage, il y a chez eux différence de race, opposition d'intérêts ; et, par suite, rien n'arrive à bonne fin. Les uns sont surtout préoccupés de telle vengeance qu'ils ont en vue, les autres ne voient que leurs intérêts privés, qu'ils craignent par-dessus tout de compromettre; on se rassemble lentement; on n'accorde que peu d'attention aux affaires publiques; on s'occupe le plus souvent des siennes propres. Chacun pense ne pas nuire, par sa négligence, à l'intérêt général, persuadé qu'un autre y pourvoira pour lui ; si bien que, tous faisant en particulier le même raisonnement, le bien public se trouve, en somme, avoir été sacrifié sans qu'on s'en doutât.CXLII. « La plus grande difficulté pour eux sera le manque d'argent : ils ne s'en procureront que lentement, perdront du temps ; et, à la guerre, les occasions n'attendent pas. « Ni.les forts qu'ils pourraient élever chez nous, ni leur marine, ne peuvent non plus nous inquiéter sérieusement : pour ce qui est des fortifications, ils n'élèveront pas sans doute une ville comme la nôtre ; c'est difficile en temps de paix, à plus forte raison en pays ennemi, en face d'une ville comme Athènes, fortifiée aussi, et de longue main. S'il ne s'agit que d'une forteresse, ils pourront nous inquiéter par des incursions sur quelques parties de notre territoire, et en donnant asile à nos transfuges; mais ils ne nous empêcheront certes pas d'aller chez eux par mer assiéger leurs places; nous les harcèlerons à notre tour avec la flotte qui fait notre force. Nous trouverons dans notre expérience de la mer plus de ressources pour la guerre continentale qu'ils n'en trouveront dans leur armée de terre pour une lutte maritime. Devenir marins habiles ne sera pas chose facile pour eux ; puisque vous-mêmes, adonnés à la pratique de cet art depuis la guerre médique, vous ne l'avez pas encore porté à la perfection; comment donc des laboureurs, des hommes étrangers à la mer, arriveraient-ils à quelque résultat, surtout lorsque vos nombreux vaisseaux, sans cesse à leur poursuite, ne leur permettront pas même de s'exercer? Ils pourraient peut-être se risquer contre quelque faible division, leur nombre les rassurant sur leur ignorance ; mais, contenus par des flottes considérables, ils seront condamnés à l'inaction; le défaut d'exercice les rendra plus ignorants, et l'ignorance plus timides. La marine est un art aussi difficile que tout autre ; on ne peut pas s'y appliquer au hasard et accessoirement; loin de là, elle n'admet pas qu'on fasse, même accessoirement, rien autre chose. CXLIII. « Supposons même qu'ils mettent la main sur les trésors d'Olympie et de Delphes, et qu'ils tentent de nous débaucher, par une solde plus élevée, nos matelots étrangers : ce serait là un danger, si nous n'étions en état de leur tenir tête à nous seuls, en nous embarquant avec les métèques ; mais, cet avantage, nous le possédons; et, ce qui est surtout décisif, nous trouvons parmi nos nationaux des pilotes et des équipages meilleurs et plus nombreux que dans tout le reste de la Grèce. D'ailleurs, aucun étranger ne voudrait, pour quelques jours de haute paie, aller au danger et s'exposer à être exilé de sa patrie, dans le seul but de combattre à leurs côtés, avec moins d'espérance de vaincre.«Telle est, ou à peu près, ce me semble, la situation des Péloponnésiens. La nôtre est toute différente : à l'abri des critiques que je viens de leur adresser, nous avons encore sur eux d'autres avantages considérables. S'ils envahissent notre pays par terre, nous attaquerons le leur par mer, et alors la dévastation d'une partie seulement du Péloponnèse ne peut plus se comparer à celle de l'Attique, même tout entière : ils n'auront pas une autre contrée à occuper sans combat; nous, au contraire, la terre ne nous manquera pas, et dans les Iles, et sur le continent ; car c'est une grande chose que l'empire de la mer. Examinez plutôt : si nous étions insulaires, quelle puissance serait plus inexpugnable? Aussi devons-nous songer à nous rapprocher le plus possible de cet état, en abandonnant nos champs, nos habitations du dehors, et en nous bornant à garder la morct notre ville. Ne nous laissons point emporter par l'indignation à combattre les Péloponnésiens, bien plus nombreux que nous : vainqueurs, nous aurions bientôt à faire face à des armées tout aussi nombreuses; vaincus, nous perdrions ce qui fait notre force, l'assistance de nos alliés; car ils ne se tiendront pas en repos du moment où nous ne serons plus en état de marcher contre eux.« Ne gémissons pas sur nos maisons et nos terres ; ne songeons qu'aux hommes ; car ce ne sont pas ces choses qui nous possèdent, mais nous qui les possédons. Si même j'espérais vous persuader, je vous engagerais à aller de vos propres mains ravager vos champs, afin de montrer par là aux Péloponnésiens qu'ils ne seront pas pour vous un motif de soumission à leurs ordres.CXLIV. « Bien d'autres motifs encore me font espérer la victoire ; pourvu cependant que vous ne prétendiez pas, tout en faisant la guerre, accroître votre domination et ajouter volontairement aux périls de l'entreprise. Car je crains plus nos propres fautes que les desseins de nos adversaires. Mais je reviendrai à ce sujet, pour le traiter plus tard, dans le cours des événements. Maintenant, renvoyons les députés avec cette réponse : Nous ouvrirons aux Mégariens notre marché et nos ports, si les Lacédémoniens, de leur côté, consentent à ne pas éloigner de chez eux, comme étrangers, nous et nos alliés. Car, de part et d'autre, nous conservons sur ce point toute liberté, les traités ne renfermant aucune prescription contraire : nous rendrons aux villes leur indépendance, si elles en jouissaient lors de la conclusion du traité, et si les Lacédémoniens permettent aux villes de leur domination d'adopter, non pas un gouvernement approprié aux intérêts de Lacédémone, mais celui qu'elles choisiront librement ; nous nous soumettons à un arbitrage, conformément au traite ; enfin nous ne commencerons pas la guerre, mais nous nous défendrons contre les agresseurs.« Voilà ce qu'il est juste de répondre, ce qui en même temps convient à la dignité de cette ville. Sachons, d'ailleurs, que la guerre est inévitable ; que si nous l'entreprenons volontairement, nos adversaires pèseront sur nous avec moins de force, enfin que des plus grands dangers naissent, pour les États et les particuliers, les plus grands honneurs. Ainsi nos pères se sont levés contre les Mèdes; ils n'avaient point, en marchant à l'ennemi, nos immenses ressources ; ils abandonnaient tout ce qu'ils possédaient; et pourtant, par la sagesse de leurs desseins bien plus que par les faveurs de la fortune, avec une ardeur supérieure à leurs forces, ils ont repoussé les barbares et sont parvenus à ce haut degré de puissance. Ne restons pas au-dessous d'eux ; mais luttons de toutes nos forces contre l'ennemi, et efforçons-nous de transmettre intacte cette puissance a nos descendants. »CXLV. Ainsi parla Périclès. Les Athéniens, persuadés qu'il leur conseillait ce qu'il y avait de mieux, rendirent un décret conforme à son avis ; et, dans leur réponse aux Lacédémoniens, ils se réglèrent pour chaque point sur son opinion. Ils disaient, en général, que jamais ils ne concéderaient rien à aucune injonction; mais qu'ils étaient prêts à traiter sur le pied de l'égalité, et à faire juger leurs contestations conformément au traité. Les députés se retirèrent, et il n'y eut plus dès lors d'ambassade.
Vers un désarmement de l'Amérique du sud ?



